album·Fable

Les Fabuleuses Fables du Bois de Burrow (2021)

Auteur : Thibault Guichon

Illustrateur : Frédéric Pillot

Editeur : Little Urban

Collection : Albums grand format

Pages : 50

Au Bois de Burrow, les animaux mènent une vie mondaine à laquelle on ne participe pleinement que si l’on montre patte blanche. La Gazette Mondaine a vite fait de vous ridiculiser en dénonçant le moindre de vos petits travers ou vos secrets les mieux gardés.

Thibault Guichon utilise la fable animalière pour dénoncer les travers de notre société moderne, comme Jean de La Fontaine l’utilisait pour se moquer de ses contemporains. Cinq fables se suivent et s’articulent entre-elles par l’introduction du personnage qui sera le héros de l’histoire suivante. De sa plume poétique et caustique, l’auteur invite son lecteur à réfléchir à la surconsommation, aux médias qui n’hésitent pas à vilipender pour vendre – un extrait de la gazette du bois, placé en fin d’ouvrage, vient d’ailleurs appuyer ce propos -, à l’utilisation des réseaux sociaux ou encore à notre rapport à la mode et aux autres.

Album grand format, Les Fabuleuses Fables du Bois de Burrow rappelle par ailleurs les ouvrages illustrés de gravures du XIXe siècle. En effet, Frédéric Pillot illustre ces fables en noir et blanc de son trait si caractéristique, mignon et drôle à la fois. Le texte et les illustrations s’accordent parfaitement dans cette rondes d’animaux. L’ensemble est un très bel objet-livre que l’on prend autant de plaisir à lire qu’à regarder.

Approchez, approchez, nous allons vous conter les fabuleuses fables du Bois de Burrow. Ici, lapins, renards et sangliers jouent une vaste comédie devant vos yeux ébahis. Surconsommation, addiction aux réseaux et médias racoleurs, ces fables pointent les travers d’une société qui ne nous est pas totalement étrangère. Ensemble, frappons les trois coups. Ouvrons le rideau. Entrez dans les bois de Burrow !

album

La Sorcière Crabibi (2021)

Auteurs : Laurent et Olivier Souillé

Illustrateur : Frédéric Pillot

Editeur : Kaléidoscope

Pages : 32

Crabibi a tous les attributs de la parfaite sorcière : de la chaumière installée dans un marais puant à la pustule sur le bout de son nez en passant par son balai magique et un caractère épouvantable. Elle n’a qu’un objectif dans la vie, être sacrée Sorcière de l’Année lors d’un concours qui a lieu chaque année et a pour but de tester les pouvoirs et facultés magiques des concurrents. Bien sûr, le concours ne va pas se passer comme elle l’espérait mais Crabibi pourrait malgré tout y gagner quelque chose de bien plus important qu’un simple titre.

Octobre rime comme de toujours avec Halloween et les livres jeunesses sur les sorcières et autres fantômes fleurissent sur les étagères des librairies. C’est le trait si singulier de Frédéric Pillot qui m’a attiré sur cette superbe couverture aux couleurs de saisons. Dès les premières lignes, le texte des frères Souillé fait sourire et rapidement les rires se font entendre ; j’ai particulièrement aimé les petits jeux de mots autour de la peur. L’histoire n’est pas en reste et le caractère emportée de Crabibi est jouissif ainsi que ces tentatives ratées de montrer ses talents. On s’attend bien à ce que les choses tournent mal et il y a peu de surprises mais le message est clair et tend à montrer que le plus important dans l’existence n’est pas d’être le meilleur.

Le récit est sublimé par les illustrations de Frédéric Pillot, des illustrations pleines de détails sympathiques, des personnages expressifs aux visages si singuliers et de créatures étranges amusantes à observer. Le choix de couleurs apporte une ambiance automnale de circonstance et renforce le sentiment de chaleur qu’une rencontre imprévue peut apporter dans notre vie. La Sorcière Crabibi est un magnifique album, drôle et chaleureux à lire en famille au coin du feu.

Mesdames, messieurs, prenez place et ouvrez grands les yeux ! La sorcière Crabibi participe au célèbre concours du Sorcier de l’année ! Course de balais, sortilèges et potions magiques… c’est sûr, toutes ces épreuves vont en défriser plus d’un ! En sortira-t-elle victorieuse ? Alors à vos balais, chaudrons et baguettes, préparez-vous à en prendre plein les mirettes !

album

Ma pauvre Lucette (2021)

Auteure : Géraldine Collet

Illustratrice : Maurèen Poignonec

Editeur : Glénat

Collection : jeunesse

Pages : 32

Pas toujours facile la vie au poulailler. Le coq dirige les poules d’une main de maître, les envoyant pondre ou couver quand il l’exige, s’octroyant la meilleure place et s’appropriant l’essentiel de la nourriture. Si la majorité des poules s’emblent accepter ce comportement, Lucette ne l’entend pas de la même oreille. Quand le renard surgit et met en danger le poulailler, le plus fort n’est pas forcément celui que l’on croyait…

Il faut bien admettre que Lucette m’a complètement séduite avec sa mine boudeuse et déterminée. Dès la couverture, on sent que la « pauvre Lucette » n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds et qu’elle va savoir nous surprendre. Bien incapable de supporter plus longtemps les airs supérieurs du coq de la bassecour, la poulette entend bien prouver qu’elle a autant de valeur, si ce n’est plus, que lui.

Le texte de Géraldine Collet joue sur les rîmes et les jeux de mots pour nous faire rire pendant que les illustrations de Maurèen Poignonec jouent sur les expressions faciales pour amuser le petit lecteur dès 3 ans. Si la portée féministe lui échappera peut-être, le texte sera propice à échanger sur les relations filles/garçons et à faire taire les stéréotypes de genre.

Ma pauvre Lucette est un album féministe drôle et frais à lire pour éduquer à l’égalité des sexes.

Au poulailler, c’est toujours la même rengaine : le coq parade, se moque des poulettes et ne leur laisse que des miettes. Lucette, lassée, soupire et se bouche les oreilles. Jusqu’au jour où le renard sort de la forêt et sourit en se léchant les babines

album·Documentaires /Livres jeux

La Grande Barrière de Corail (2019/2021)

The Great Barrier Reef

Auteure : Helen Scales

Illustratrice : Lisk Feng

Traductrice : Bérengère Viennot

Editeur : Gallimard jeunesse

Pages : 88

Considérée comme l’un des écosystèmes naturels les plus riches et les plus complexes de la planète, l’un des plus importants pour la conservation de la biodiversité, la Grande barrière de corail est le plus grand système corallien au monde. Unique, elle abrite une immense variété de plantes et d’animaux marins. De son apparition il y a environ dix mille ans, à aujourd’hui, Helen Scales nous présente cette merveille naturelle du monde.

Biologiste marine, Helen Scales a appris à connaître la Grande barrière de corail alors qu’elle y travaillait en tant que guide de plongée. Elle est aussi active dans la conservation de la vie marine britannique. Forte de son expérience, elle signe un album documentaire qui livre tous les secrets du récif. Divisé en cinq parties + un glossaire, cet album introduit le récif avant de nous présenter ses habitants et ses voisins qui peuplent l’océan avant d’en venir à l’homme : les premiers habitants avec leurs contes et légendes, l’arrivée des colons, l’art des récifs ; pour finir sur une note plus écologique : du réchauffement climatique au problème du plastique en passant par les actions à mener pour préserver cet écosystème.

Superbement illustré par Lisk Feng, La Grande barrière de corail est un superbe album qui invite au voyage par la découverte d’un écosystème entier. Un voyage qui livre moults informations et petits détails anodins mais tellement divertissants. Avec ses couleurs chatoyantes et son texte de vulgarisation scientifique, la plongée dans le récif se veut immersive. J’ai aimé le ton du texte qui informe et prévient des risques sans juger mais en encourageant chacun à devenir acteur de la sauvegarde de la biodiversité.

Née d’une terre à la dérive peu à peu engloutie par les vagues, la Grande barrière de corail aux eaux turquoise est l’un des sites naturels les plus riches et les plus beaux de notre planète. Aujourd’hui menacé par le changement climatique, la surpêche et les mers de plastique, cet écosystème unique au monde risque de disparaître. Quoi de mieux pour commencer à la protéger, que d’apprendre à la connaître?

album

Le dégât des eaux (2020)

Auteure : Pauline Delabroy-Allard

Illustratrice : Camille Jourdy

Editeur : Thierry Magnier

Pages : 32

Sélection du Prix Sorcière 2021 Carrément beau mini

Alors qu’il se réveille en pleine nuit, Nino se rend compte qu’il se passe quelque chose de particulier. Il n’y a personne pour l’emmener aux toilettes ou retrouver son doudou. Mais il y a du bruit dans la cuisine, papa y éponge de l’eau pendant que maman fait une drôle de tête. Papa vient s’occuper de lui et l’aide à se recoucher. Alors qu’il se rendort, Nino plonge dans la machine à laver et se retrouve en pleine mer. Le voilà parti pour un voyage onirique au cœur d’océan.

Pauline Delabroy-Allard signe un texte tendre dont le dégât des eaux est une métaphore de la naissance. Le rêve de Nino fait d’ailleurs un joli parallèle avec la réalité au travers d’un voyage au cœur de l’océan et d’une course de gondoles à Venise, avant de découvrir au réveil qu’il est désormais grand-frère. Le style graphique de Camille Jourdy met l’histoire en valeur avec ses multiples détails et sa palette de couleurs chaleureuses qui convient parfaitement à ce récit poétique. Nous avons pris beaucoup de plaisirs à chercher les petites références qu’elle dissimule régulièrement, des personnages de contes ou de classiques au creux d’une vague, sans oublier de glisser au moins une petite « vermeille » au détour d’un rocher.

Il fait très noir quand Nino se réveille. Il y a du bruit dans la cuisine… et de l’eau partout ! Et si c’était la mer, que Nino voyait là, à travers le hublot de la machine à laver? Un grand voyage commence alors…

album

Les idées sont de drôles de bestioles (2021)

Auteure/Illustratrice : Isabelle Simler

Editions : Courtes et longues

Pages : 72

Derrière cette mystérieuse couverture sans titre se cache un album poétique et profond au graphisme original et atypique : entre les croquis inachevés, les négatifs et les illustrations réalistes et plus abouties, Isabelle Simler nous invite dans le monde de l’imagination et tente d’expliquer le cheminement de la pensée dans la construction des idées.

En utilisant le bestiaire, l’auteure nous ballade dans son imaginaire, expliquant la naissance d’une idée qui, telle la biche surgit la nuit, apparaît parfois à un moment où l’on ne l’attendait pas. Aussi fugace que le lièvre, elle s’échappe telle l’anguille glisserait entre nos doigts. La patience et l’attente sont sources de réconfort lorsque l’idée surgit et prend forme pour s’installer définitivement.

Les illustrations sont remplies de courbes libres qui laissent apparaître les formes incomplètes de l’animal qui passerait à toute vitesse pour ne laisser qu’une impression. Un trait plus ferme et une mise en couleurs viennent figer l’idée sur le papier, la rendre plus tangible. Le résultat est saisissant et offre un objet livre de toute beauté.

Qu’est ce qu’une idée ? Comment vient-elle, que fait-elle, où va-t-elle ? Ces questions, tout le monde se les pose un jour, mais comment y répondre, comment en rendre compte sans entrer dans d’obscures explications ?

album

Fin d’été (2021)

Auteure : Stéphanie Demasse-Pottier

Illustratrice : Clarisse Lochmann

Editeur : L’étagère du bas

Pages : 40

Il n’est pas toujours facile de rentrer à la maison quand les vacances prennent fin. La petite fille de cet album et ses parents font bonne figure au moment du départ et des aurevoirs mais le cœur n’y est pas vraiment. Il n’est pas facile de dire sa tristesse, sa nostalgie, mais on peut aussi prendre le temps, s’asseoir autour d’un pique-nique pour tenter de saisir les souvenirs, de prolonger ces moments familiaux si particuliers.

Fin d’été est un album merveilleusement contemplatif. Stéphanie Demasse-Pottier semble avoir capté des instants qui laissent parler les émotions. Le texte se veut poétique et sensible. J’ai ressenti beaucoup de douceur à la lecture, lors de laquelle j’ai ressenti une profonde sérénité.

Les illustrations de Clarisse Lochmann viennent sublimer la lecture. J’avais était séduite par son album La Passoire, je suis définitivement conquise par son trait flou qui laisse tant de place à l’imagination et nous permet de laisser s’exprimer nos propres représentations. Comme dans son album précédent, l’imprécision des formes renforce la fugacité d’un moment et la difficulté à fixer le temps.

C’est un gros coup de .

Ça y est, les vacances sont bel et bien finies, c’est le moment de rentrer à la maison. Mais, comme dit Papa dans la voiture: « Il ne faut pas se laisser abattre! ». Ce retour d’abord douloureux ne peut-il pas se transformer en un moment de partage? Et si l’on faisait un petit détour? Et si les vacances pouvaient être un peu prolongées?

album

Juste un fraisier (2020)

Auteure / Illustratrice : Amandine Laprun

Editeur : Actes Sud

Pages : 32

Prix sorcières 2021 Carrément Beau Mini

Voilà un album très grand format tout en carton parfait pour les petits yeux et les petites mains. Avec son dessin en taille réelle, l’immersion est totale. A hauteur d’enfant, on se retrouve plongés dans le potager au fil des saisons. Le plan fixe permet d’observer et de s’imprégner du temps qui passe, suivant l’évolution des plans de fraisiers et la course folle des oiseaux qui se succèdent selon le rythme des migrations saisonnières.

Le dessin d’Amandine Laprun est précis, réaliste et rempli de détails qui permettent d’animer le visuel. Le texte prend la forme d’une discussion entre Melvil, un petit garçon, sa maman et sa petite copine/voisine Lisa qui aime venir jouer avec lui. Ensemble ils participent au soin apporté au jardin. Les mains s’activent pour lui donner vie et les langues se délient pour apprendre tout un tas de choses.

Moi, c’est Melvil. Ce que je préfère dans la vie, c’est jouer dehors. Surtout dans le jardin, pour chiper quelques fraises ! Mais pour avoir de bonnes fraises, il faut bien s’occuper des petits fraisiers. Et quand Lisa passe à la maison pour m’aider à faire la cueillette, je sais qu’on ne va pas s’ennuyer…

album

Le phare (2018/2021)

Hello, Lighthouse!

Auteur/Illustratrice : Sophie Blackall

Traductrice : Ilona Meyer

Editeur : des éléphants

Pages : 41

Après le très bon documentaire Comment fonctionne un phare ?, nous avons pris plaisir à en prolonger la lecture avec cet album dont le récit nous amène en pleine mer, au cœur dans phare isolé sur un rocher, pour y découvrir la vie du gardien. Sophie Blackall prend le temps de nous montrer son quotidien dès le jour de son arrivée, insistant sur l’importance de son rôle et sur le poids de la solitude. L’arrivée de son épouse puis de leur premier enfant ouvre sur la découverte d’un mode de vie unique et singulier.

Le récit est particulièrement intéressant et rythmé par l’écriture quotidienne dans le journal. Le lecteur est invité à découvrir un mode de vie dépendant des allers et retours d’une navette qui amène des produits essentiels à la vie, de l’alimentation à la culture en passant pas des médicaments, voir la venue d’un médecin. L’histoire s’achève sur l’évolution du fonctionnement des phares et la disparition d’un métier remplacé par des machines.

Les illustrations à l’encre de chine et à l’aquarelle sont magnifiques et offrent des plans divers qui subliment le texte. On appréciera aussi la lecture, en fin d’ouvrage, d’informations sur les phares et la vie des gardiens ainsi que le travail de recherches mené par l’auteure.

Au milieu de l’océan, un gardien de phare veille sur les navires de passage. Les jours passent et se ressemblent, obéissant à un immuable rituel : remplir la lampe d’huile, couper la mèche, astiquer la lentille, remonter le mécanisme de la lampe. Chaque événement est méticuleusement répertorié dans le journal de bord. Mais parfois, la routine est brisée par la tempête, le passage d’une baleine, le périlleux sauvetage de naufragés, l’arrivée du navire de ravitaillement ou de l’épouse tant attendue. Au côté du gardien, celle-ci veille sur le phare et sur la vie qui doucement grandit en elle.

album

Les animaux ne sont pas obligés… (2020)

Auteur : Mathias de Breyne

Illustrateur : Charles Dutertre

Editeur : Magnard jeunesse

Pages : 40

Avec ses illustrations très colorées et sa multitude d’animaux, Les animaux ne sont obligés a tout pour plaire aux très jeunes lecteurs. Le texte est simple et joue sur la répétition pour stimuler l’intérêt de l’enfant.

Les crocodiles ne sont pas obligés d’aller chez le dentiste. Les vaches ne sont pas obligées d’arrêter de faire pipi au lit. Les cochons ne sont pas obligés de se tenir bien à table.

A travers cette ménagerie, Mathias de Breyne sensibilise les enfants aux avantages d’être un animal. Reprenant les obligations du quotidien ou encore les bonnes manières auxquelles les adultes soumettent les enfants, il utilise l’humour pour s’amuser des règles. L’adulte y trouvera aussi son compte de plaisir en s’amusant à retrouver les expressions de la langue française.

Par ailleurs les illustrations de Charles Dutertre ne manqueront pas d’amuser toute la famille ne serait-ce que pour les expressions du petit garçon, tellement réalistes, pleines de soumission. Les dessins sont par ailleurs plein de petits détails qui attirent le regard et viennent un peu plus enrichir le vocabulaire à la façon d’un imagier.

Certains animaux ont de la chance, ils peuvent éviter tout ce que les enfants détestent le plus au monde ! Le bel album qui s’amuse avec les règles, les codes des bonnes manières et les manies des adultes !