album·Documentaires /Livres jeux

Noms d’oiseaux ! (des amours)/(des humeurs) (2018)

Auteure/Illustratrice : Isabelle Simler

Editeur : Courtes et Longues

Pages : 64

Album documentaire, Noms d’oiseaux! se divise en deux parties séparées par l’arrivée néfaste du Grand Albatros. Il suffit de retourner le livre pour que le sens de lecture passe des amours aux humeurs. D’un côté, deux moineaux se font la cour, de l’autre ils se disputent. Dans tous les cas, ils se donnent des noms d’oiseaux plus ou moins charmants introduisant la présentation de volatiles plus ou moins connus.

De planches de bande dessinée aux illustrations photographiques, Isabelle Simler signe un titre coloré qui permet de découvrir un grand nombre oiseaux au nom fleuri. Grand format, l’album permet à l’auteure de placer les plus grands oiseaux sur une grande alors que les plus petits se partagent l’espace. Dans tous les cas, chacun est accompagné d’une légende qui permet de localisé son lieu de vie, sa connaître sa taille, son nom commun et son nom latin sans oublier la mention qui classe les espèces menacées ou un grand danger d’extinction.

Noms d’oiseaux ! (des humeurs)/(des amours) est un très bel album original et sublimement illustré qui utilise l’humour pour faire connaître des oiseaux aux noms souvent farfelus.

Deux moineaux se battent pour une branche. Ils s’invectivent avec des noms d’oiseaux et chaque volatile cité apparaît comme par magie et se pose à son tour sur la branche. En retournant l’album, le même processus d’enclenche, mais avec des noms d’oiseaux amoureux.

album

On nous appelait les Mouches (2020)

Auteur: Davide Cali

Illustrateur: Maurizio A.C. Quarello

Editeur: Sarbacane

Pages: 48

On nous appelait les mouches. Parce qu’on grouillait comme des mouches sur une décharge géante, où on triait les déchets.

L’éclair Bleu a ravagé la planète qui a désormais l’apparence d’une décharge. La population s’est réorganisée en castes dont les enfants seraient en bas de l’échelle et plaçant au-dessus des chefs de chefs de plus en plus âgés. Chaque jour, chacun doit trouver de quoi gagner sa subsistance: un peu de nourriture de mauvaise qualité et un peu d’eau. Lorsque Poubelle trouve un objet particulier dont personne ne semble connaître l’utilité, le petit groupe d’amis part en quête d’un chef qui pourra leur en offrir un prix estimable, certains qu’ils sont de détenir quelque chose de spécial.

On nous appelait les mouches est un récit post-apocalyptique qui surprend par son format mais séduit par son histoire et le trait si caractéristiques de Maurizio A.C. Quarello (L’appel de la forêt, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, Et parfois ils reviennent…) toujours aussi soigné et réaliste. Le format offre un regard innovant qui place la dystopie au niveau des jeunes lecteurs (à partir de 9/10 ans) sans laisser les plus grands de côté. Fable écologique, récit fantastique, cet album unique en son genre dénonce l’inégalité des sexes et des âges, la surconsommation et place la culture comme pilier de l’humanité.

L’avis de LivresdAvril.

Un certain futur, pas si lointain peut-être. Le monde civilisé n’existe plus. Des enfants survivent sur des montagnes de déchets, qu’ils trient inlassablement pour revendre aux plus grands ce qui semble monnayable. On les appelle les mouches. Parmi eux, une petite bande, à laquelle appartient Lizzy. C’est elle qui nous raconte comment, un jour, l’un d’eux trouve un drôle d’objet dont on pense qu’il ne sert à rien (à l’image, on découvrira à la fin qu’il s’agit d’un livre). Les enfants, accompagnés de leur chef, partent pour Grand Bazar, la ville au-delà du
désert, afin d’en savoir plus et qui sait, d’en tirer un bon prix…

album

J’ai vu un magnifique oiseau (2020)

Widzialem pieknego dzieciola

Auteur: Michal Skibiński

Illustratrice: Ala Bankroft

Traductrice: Lydia Waleyszak

Editeur: Albin Michel jeunesse

Pages: 120

L’été de ses huit ans, Michal Skibiński écrit chaque jour une phrase dans son cahier pour améliorer son écriture du polonais. Les jours défilent au grès des promenades dans la nature, des rencontres à la pension de famille ou d’observation de chenilles. Le jeune garçon semble vivre un été agréable dont la seule ombre au table serait l’attente de sa maman. Rien ne nous prépare à la date du 1er septembre 1939 « La guerre a débuté. » qui vient ternir un paysage qui seuls les orages d’été avaient assombris jusque-là.

J’ai vu un magnifique oiseau décrit le basculement du monde dans la Seconde Guerre Mondiale au travers du regard innocent d’un enfant qui n’a pas encore conscience de l’horreur qui se met en place. Le 9 septembre 1939, le jour de la mort de son père, chef d’escadron de bombardement, il écrit « Les avions n’arrêtent pas de voler. » Ce n’est pas vraiment un témoignage, c’est le cahier d’un écolier qui atteste d’un temps où l’innocence a laissé la place à l’indescriptible horreur d’un monde qui vole en éclats.

Sublimés par les illustrations lumineuses d’Ala Bankroft, les mots de l’auteur sont touchants dans leur simplicité et l’ignorance des évènements historiques qui se jouent en arrière plan. L’illustratrice y peint une végétation luxuriante, des ciels bleus dans lesquels passent une montgolfière, des ciels orageux avant d’assombrir les couleurs pour montrer la guerre, la peur, la destruction…

J’ai vu un magnifique oiseau est un album percutant qui nous touche au plus profond de notre humanité. L’histoire de ce journal en fin d’ouvrage achève de nous bouleverser par son universalité.

A lire également, l’avis d’Isabelle et celui de Blandine.

Cette année-là, j’avais huit ans. Chaque jour, durant l’été, j’inscrivais une phrase dans un cahier. Une chose qui m’était arrivée. C’était mon devoir de vacances. La condition qui me permit de passer en classe supérieure. Ce cahier, je l’ai conservé jusqu’à aujourd’hui.

album

Mon amie la chenille (2021)

Auteure/Illustratrice: Marion Janin

Editeur: L’atelier du poisson soluble

Collection: Les belles histoires du poisson

Pages: 72

Une jeune fille nous présente sa singulière amie, une chenille. Au fil des pages, elle nous parle de sa fragilité, de sa douceur, de ce lien qui les unit avant de nous montrer comment son amie vit auprès d’elle sur une bibliothèque transformée en maison de poupée. Le temps passe et la chenille grandit, un désir de voir le monde se développe et la pousse toujours plus loin. Quand arrive le temps de la métamorphose, la jeune fille comprend que leur lien ne sera plus jamais le même car elle aussi a bien grandi, elle n’est plus une petite fille, elle a de nouvelles amies. Mais toujours restera ce lien entre elle et son amie la chenille.

Mon amie la chenille est un album poétique qui aborde le passage de l’enfance à l’adolescence en utilisant la métaphore. Le trait réaliste de Marion Janin enrichit le texte par sa beauté et le charme que chaque illustration dégage. La couleur s’invite peu à peu au fil des pages comme pour marquer le temps qui passe et les changements qui s’opèrent. Avec elle, les détails se multiplient et viennent végétaliser les pages qu’elles remplissent aussi de références littéraires. La lecture est un grand moment de plaisir, magnifié par le dessin qui fait de cet album un véritable petit bijou de douceur. L’amitié sincère qui unit les deux personnages et l’émotion pure qui filtre au travers des pages en ont fait un coup de .

L’histoire d’une relation saugrenue, tendre et sincère.
Évocation des difficultés et des plaisirs de l’amitié, du temps qui passe, avec ses changements inévitables et irréversibles, les transformations qu’il fait subir aux corps. Sous forme d’une métaphore, une métaphore qui n’impose pas complètement son sens, Marion Janin nous propose une évocation très sensible et très personnelle de l’entrée dans l’adolescence.

album

La Passoire (2020)

Auteure/Illustratrice : Clarisse Lochmann

Editeur : L’atelier du poisson soluble

Pages : 56

Alors qu’elle sort du sommeil, une enfant tente de se remémorer son rêve de la nuit. Les souvenirs sont divers mais impossible de les fixer dans sa mémoire, tout est flou, sans début ni fin, il n’y a aucune logique pour rattacher les évènements entre eux. Il reste pourtant quelques réminiscences de la nuit: des couleurs, des visages, des sensations mais peu à peu l’enfant se rend compte que les contours s’effacent et que, comme de l’eau qui s’égoutte à travers les trous d’une passoire, les rêves s’écoulent de la mémoire.

Clarisse Lochmann signe un titre onirique qui permet d’aborder le rêve et son aspect éphémère dès le plus jeune âge. Le texte montre combien il est difficile de fixer les images qui nous sont apparues en songe. Et même, plus nous tentons de les fixer, plus elles nous échappent. A l’image du rêve, les illustrations sont parfaitement adaptées avec leurs contours flous et ces formes dont il est parfois difficile de les saisir tant elles sont imprécises. L’ensemble donne vie à un album particulièrement poétique et évocateur du monde des rêves dans lequel nous nous perdons tous régulièrement.

Pour moi, c’est un gros coup de .

L’avis de LivresdAvril.

Une petite fille joue à se remémorer son rêve qui aussitôt lui échappe. Les détails deviennent  soudainement incertains, ne surnagent que quelques bribes, amplifiant l’étrangeté des situations : la mémoire est une passoire !

album

Forêt des frères (2020)

Auteure/Illustratrice : Yukiko Noritake

Editeur : Actes Sud junior

Pages : 32

Deux frères se partagent un grand espace réparti sur des doubles-pages. Un espace commun ou deux espaces qui se ressemblent? Ce qui est sûr est que leurs choix s’opposent et apportent une réflexion sur la place de l’homme dans la nature. En effet, si le frère de gauche choisit de s’adapter au milieu, de s’y fondre pour une vie au cœur de la forêt en parfaite harmonie avec les végétaux et les animaux, le frère de droite va s’implanter complètement, choisir une vie consumériste forte d’un désir de « toujours plus » dans laquelle l’urbanisation va prendre le dessus.

Yukiko Noritake, artiste japonaise vivant en France, sensibilise le lecteur au poids que nos choix et nos actions font peser sur le monde qui nous entoure. Cet album très grand format offre un regard croisé sur des choix de vie diamétralement opposés. Le personnage féminin se dessine comme une personnification de la nature qui accepterait celui des frères qui la respecterait. Elle interroge sur la place de l’homme dans l’immensité de notre monde, sur le rôle de l’éducation et les croyances individuelles sur les choix de chacun.

Les illustrations sont élégantes et poétiques à la fois, elles dégagent une grande sensibilité. Chaque plan est en contre plongé, permettant aux lecteurs de visualiser les changements qui s’effectuent sur le quotidien de chaque frère mais également les répercussions engendrées sur leur environnement plus ou moins proche. Forêt des frères est un très bel album qui sensibilise en opposant deux modes de vies radicalement différents. Le message écologique est clair, il passe avec objectivité et sans jugement et ça fait toute la différence.

L’avis de LivresdAvril.

Deux frères ont hérité chacun de la moitié d’une même forêt. Le premier s’installe simplement, il aime la nature comme elle est. Le second a de grands projets, il n’a pas peur de faire de la place, quitte à modifier considérablement le paysage… Une métaphore magnifique de la façon dont nos actions modèlent la nature qui nous entoure. Un album contemplatif, qui porte une réflexion sans jugement, presque sans paroles, tout en délicatesse.

album·BD/manga

Cachée ou pas j’arrive ! (2020)

Auteure: Lolita Séchan

Illustratrice: Camille Jourdy

Editeur: Actes Sud BD

Pages: 34

Lolita Séchan et Camille Jourdy s’associent pour réaliser une album tendre et drôle dont le format bande dessinée élargit le champ de vision sur une partie de cache cache pas tout à fait comme les autres. Au fil des pages, le décompte s’égraine pendant que la petite Nouk cherche la meilleure cachette possible. La multitude de petits détails et les nombreuses références dissimulés dans les illustrations attirent le regard du lecteur. Ils permettent aussi de voir le temps défiler lorsque Bartok part à la recherche de son amie.

Cachée ou pas j’arrive! est une invitation dans l’enfance et ses jeux, le lecteur de tout âge prendra plaisir à se remémorer les joies d’une partie de jeu entre amis et à voir défiler, aux files des pages, un tourbillon de personnages fantasques, des héros de fables ou d’autres livres jeunesses. Les filles et moi sommes sous le charme de la douceur qui se dégage de l’ambiance générale et de l’univers enfantin créé par la fusion de deux mondes qui ont beaucoup en commun. Nous sommes littéralement séduites.

Par ici, l’avis d‘Isabelle.

Chère Nouk, je t’invite à jouer chez moi mercredi. Ton ami, Bartok.

album·Prix littéraire

Bienvenue Tristesse (2019)

Auteure/Illustratrice : Eva Eland

Editeur : Les éléphants

Pages : 28

Sélection officielle du Prix UNICEF Littérature jeunesse 2021 catégorie 3-5 ans.

Cette année les émotions sont au cœur de la sélection du Prix UNICEF de Littérature jeunesse. Avec Bienvenue Tristesse, on peut dire qu’on tombe parfaitement dans le vif du sujet.

Emotion fréquente même pour un tout petit, il n’est pas toujours facile de comprendre la tristesse qui nous tombe parfois dessus sans que l’on sache vraiment pourquoi. Eva Eland invite son petit lecteur à accueillir cette émotion comme une amie et propose des idées pour aider à l’apaiser tout en encourageant à chercher la méthode qui fonctionnera le mieux pour soi.

Très sensible aux illustrations, j’ai tout particulièrement aimé la douceur et la bienveillance qui se dégagent du trait tout en rondeurs de l’auteure. Tristesse prend une place importante sans limites réellement définies et va peu à peu s’estomper pour devenir presque invisible, se fondant peu à peu dans le décor au même titre que sa couleur très pâle, proche de l’invisible.

Bienvenue Tristesse est un album sensible et bienveillant qui met en avant une émotion peu représentée en littérature jeunesse. Les mots sont doux et l’album est emprunt d’une grande sensibilité. Pour moi c’est un gros coup de .

Parfois, Tristesse s’invite sans prévenir. Laisse-la entrer : elle mérite qu’on lui consacre un peu de temps…

album·masse critique

Piranhas! (2020/2021)

Iaios, piranyes i altres històries

Auteur: Rocio Bonilla

Editeur: Père Fouettard

Pages: 44

Nico passe beaucoup de temps avec son papy Rodrigue. Il paraît qu’ils se ressemblent beaucoup. En tout cas, ils s’entendent super bien et passent beaucoup de temps ensemble. Nico aime tout particulièrement quand son papy lui raconte des souvenirs de son enfance mais il aime aussi jouer avec lui, faire du vélo ou ses devoirs. Et puis il y a la mamie de Lucie, et celle d’Alessio qui lui apprend à tricoter ainsi que les grand-parents de Manuel qui ont l’air très amoureux et ceux de Bertille… Tous son des grand-parents investis dans la vie de leurs petit-enfants.

Piranhas! est un joli album touchant sur les relations intergénérationnelles et la transmission dans lequel l’auteur met les grand-parents à l’honneur. Les illustrations aux couleurs douces sont jolies, tantôt drôle, tantôt empruntes de nostalgie mais toujours pleines de tendresse.

Je remercie Babelio et les éditions du Père Fouettard pour l’envoi de cet album dans la cadre de Masse Critique.

Dis papy, tu te souviens de la fois où on s’est fait attaquer par des milliers de piranhas?

album

Boucles de pierre (2021)

Auteure: Clémentine Beauvais

Illustrateur: Max Ducos

Editeur: Sarbacane

Pages: 32

Alors qu’elle rend visite quotidiennement à son oncle malade, la jeune fille traverse le parc et prend le temps d’observer les changements qu’opère le temps et le rythme des mois et des saisons. Mais sa plus grande surprise tient dans le fait que petit à petit la pilosité des statues prend de l’ampleur et du volume donnant au jardin un petit air de mystère et d’extraordinaire.

Véritable hymne au temps qui passe, Boucles de Pierre est un album poétique et enchanteur qui invite à la contemplation et à l’émerveillement. Le texte de Clémentine Beauvais offert aux pinceaux du talentueux Max Ducos devient une œuvre d’art emprunte de magie où la beauté se fait le reflet d’une nature luxuriante et changeante à l’image de l’humain et du regard qu’il porte sur le monde.

Boucle de Pierre est un album d’exception porté par un duo d’artistes talentueux qui livre un message à porté féministe inattendu et appréciable.

On remarque des choses quand on traverse un parc deux fois par jour, tous les jours, pendant un mois, deux mois, puis trois, puis quatre. Des choses amusantes, touchantes, ou surprenantes. Mais si on fait bien attention, vraiment bien attention, on peut aussi découvrir le secret des statues…