masse critique·roman ado

Amande (2017/2022)

아몬드 

Auteure : Won Pyung Sohn

Traductrices : Sandy Joosun Lee (coréen) & Juliette Lê (anglais)

Editeur : PKJ

Pages : 336

Yunjae est un adolescent qui aborde le monde d’un regard inexpressif et cartésien. Il ne comprend pas les codes sociaux et ne sait jamais quelle réponse est attendue quand il se confronte à une situation du quotidien. Sa mère a toujours veillé à lui donner des conseils, qu’il apprenait par cœur dans son enfance, pour l’aider à être le plus « normal » possible. Mais pour Yunjae, la normalité n’a pas de définition, il a juste compris très tôt qu’il n’entrait pas dans la même case que les autres. Yunjae souffre d’alexithymie, un grand mot pour dire qu’il ne ressent aucune émotion. La cause est due à son amygdale cérébrale qui ne s’est pas développée.

Gon a passé treize ans dans la rue. Il avait littéralement disparu et personne n’arrivait à le retrouver. A son retour, il va vivre auprès de son père. Mais après les violences de la rue et le manque affectif créé par les multiples rejets (familles d’accueil, foyer…), il n’est pas prêt à laisser quiconque franchir l’armure qu’il s’est forgé. Froid, brutal, il emploie un langage cru et fait preuve d’une grande agressivité. Provocateur, il expulse sa colère en étant violent verbalement et physiquement avec les autres. Il envie à Yunjae son manque d’émotions, il aimerait lui aussi être sans peur. Mais comprend-il vraiment les implications et les dangers auxquels se confrontent son camarade ?

On comprend vite que leur rencontre sera aussi explosive que leur amitié est improbable, mais que chacun va y trouver ce qu’il cherche, ce dont il a besoin pour grandir. Car trouver le chemin qui mène à l’âge adulte n’est jamais de tout repos et, dans le cas de ces deux jeunes, le parcours est semé d’embuches et de dangers. L’amitié ne sera pas de trop pour les affronter et se relever plus fort et plus riche.

Won Pyung Sohn est une cinéaste sud-coréenne qui signe avec Amande, l’écriture d’un premier roman qui lui a valu le Prix Changbi for Young Adult Fiction. Acclamé par la critique, le texte aborde le passage à l’âge adulte par l’exploration du sens de l’existence et l’utilisation de personnages singuliers qui s’opposent et se complètent. Alors que Yunjae ne ressent aucune émotions, Gon lui est submergé par les siennes. Chacun est curieux de comprendre comment l’autre fonctionne, cherchant à combler un manque ou un trop plein émotionnel. Il est d’ailleurs intéressant de voir que celui qui est considéré comme « anormal » comprend avec plus de justesse ce qui se cache derrière la violence de son camarade.

L’histoire étant racontée par Yunjae, l’écriture est concise. L’absence d’émotions est flagrante et surprend dès les premières lignes. Impossible de se mettre à la place de ce personnage qui ne réagit à aucun stimuli là où nous serions effrayés ou bouleversés. Pourtant, on s’attache malgré tout à ce jeune homme qui tente de vivre sa vie le plus simplement possible. L’arrivée de Gon change la donne, le vocabulaire s’enrichit d’un florilège d’insultes qui révèle le tourbillon émotionnel qu’il affronte. A la lecture, on ressent toute la détresse de ce jeune en souffrance qui tente désespérément de comprendre où est sa place et pourquoi il a eu une existence si terrible.

La lecture, en fin d’ouvrage, des Notes de la traductrice du coréen vers l’anglais, montre toute la difficulté à traduire ce texte sans dénaturer le message de l’auteure. De la même manière que cette dernière a eu du mal à écrire de façon si froide, Sandy Joosun Lee n’a pas eu la tâche facile pour trouver les mots justes. On ne peut qu’imaginer qu’il en fut de même pour Juliette Lê qui a fait la traduction de l’anglais vers le français.

Si je ne serais pas spontanément aller vers ce titre, qui convient d’avantage à ma fille qu’à moi, j’ai été agréablement surprise par cette lecture. Le texte se lit très rapidement et ne manque jamais d’intérêt, invitant à poursuivre la lecture d’un chapitre à l’autre sans s’arrêter. Véritable page-turner, Amande est un roman poignant qui rappelle que l’empathie et la compassion se gagnent aussi dans l’effort.

Je remercie Babelio et les éditions Pocket Jeunesse pour l’envoi de ce roman dans le cadre de Masse Critique privilège.

아몬드 de Won Pyung Sohn, Changbi Publishers, 2017.

Yunjae, 15 ans, n’arrive pas à ressentir les émotions. Son amygdale cérébrale, son « amande », ne fonctionne pas bien. Alors, pour se fondre dans la masse, il doit retenir les codes de la société comme les tables de multiplication : imiter les autres quand ils rient, dire bonjour, s’il te plaît, merci quand il faut… Paraître « normal », en somme. Quand une tragédie bouleverse sa vie, il se retrouve seul face à l’adversité. Contre toute attente, Gon, un garçon de son âge rebelle, colérique et violent, s’intéresse à lui. Entre eux naîtra une amitié improbable qui permettra à Yunjae d’expérimenter ses premières émotions. Mais devenir plus humain et s’ouvrir aux autres a un prix…

Documentaires /Livres jeux·masse critique

Arsène Lupin Décrypté (2021)

Auteur : Philippe Durant

Editeur : LettMotif

Pages : 194

L’arrivée sur Netflix de la série française Lupin, avec Omar Sy est un succès qui a remis le Gentleman Cambrioleur sur le devant de la scène. Les éditeurs se sont emparés du phénomène pour rééditer les différentes aventures d’Arsène Lupin dans des écrins différents, du roman poche au grand format, en passant par les illustrés. J’ai pour ma part profité de ce retour pour faire découvrir les textes de Maurice Leblanc à Gabrielle, désormais grande fan du personnage (Arsène Lupin Gentleman Cambrioleur, Arsène Lupin contre Herlock Sholmès).

Philippe Durant choisit plutôt de décrypter Arsène Lupin au travers d’anecdotes sur le personnage, son univers et son auteur, sans oublier de parler des adaptations. Si certaines sembleront assez connus aux fans les plus férus, d’autres ne manqueront pas de surprendre. Le néophyte y trouvera pour sa part de nombreuses informations qui ne pourront que nourrir sa curiosité et compléter ses connaissances.

J’ai, en premier lieu, regretté que le texte s’intéresse principalement à l’adaptation Netflix mais cela est compréhensible car c’est elle qui à motiver l’écriture de ce livre, et je me suis rendue compte que cela n’enlève rien à l’intérêt général des informations transmises. J’ai appris beaucoup de choses et, ai pris plaisir à lire le texte dont le format est intéressant puisque chaque entrée part d’un mot : certains m’ont d’ailleurs surprises comme PORRIDGE ou NIKE alors que beaucoup semblaient plus évidents, ÉTRETAT ou AIGUILLE par exemple.

Arsène Lupin décrypté est un ouvrage qui ravira tous les amateurs, qu’ils le soient de longue date ou non. Ceux qui n’ont pas encore eu la chance de lire Maurice Leblanc apprécieront que l’ouvrage se termine sur la première nouvelle, L’arrestation d’Arsène Lupin.

Je remercie Babelio et les éditions LettMotif pour cette lecture faite dans le cadre de Masse Critique.

En 1905 paraît la première aventure d’Arsène Lupin, qui connaît un énorme succès immédiat…
En 2021 surgit la série Lupin, dans l’ombre d’Arsène qui pulvérise les records d’audience…
Entre ces deux dates il y eut des romans, des films, des séries, des pièces de théâtre, des produits dérivés, des hommages, des lieux… qui tous ont contribué à la renommée internationale du plus célèbre des gentlemen-cambrioleurs.
Mais Arsène n’a pas dévoilé toutes ses cartes.

Pour la première fois un livre revient sur les faits importants ou méconnus de l’univers d’Arsène Lupin, héros audacieux inventé par Maurice Leblanc.
Entre anecdotes et révélations, voici les mystères de Lupin enfin décryptés.
Il y est question de diamants et de tableaux, de gros coup et de bonneteau, de Jean-Paul Belmondo et d’Omar Sy, de savate et de camouflage, de la Normandie et du Japon, de 11.6 et de 813, de James Bond et de Tarzan, de jeu vidéo et de deep fake, d’Étretat et du Sénégal, de Stavisky et de Sherlock Holmes…

135 rubriques plus étonnantes les unes que les autres qui aident à mieux connaître le roi des voleurs, mais aussi à mieux apprécier les deux parties de la série Lupin.
Un voyage plaisant et instructif, une redécouverte d’un monde aussi fascinant qu’original, une plongée dans les exploits d’un expert de haut vol et de ses héritiers.
Désormais, Arsène Lupin n’a plus de secrets…

conte/nouvelle/biographie·masse critique

Gôshu le violoncelliste (1934/2021)

Serhiki no Gôshu

Auteur : Kenji Miyazawa

Illustratrice : Mitsukai In’ki

Traductrice : Déborah Pierret Watanabe

Editeur : Ynnis

Pages : 63

Pas facile de jouer dans un orchestre. Savoir jouer sa partition ne suffit pas, il faut aussi savoir s’écouter jouer et surtout, écouter les autres pour que les cœurs jouent à l’unisson et que la musique vienne toucher l’auditoire. Gôshu, le violoncelliste, donne du fil à retordre à son chef. Il a beau travailler encore et encore, son jeu manque d’émotion. Une nuit, un chat se présente à lui et lui demande de jouer de son instrument. C’est le premier de quatre animaux à lui faire une requête qui, toujours, va venir soulever un point essentiel pour faire progresser le jeu du jeune homme et apporter ce qu’il manque à sa musique.

Gôshu le violoncelliste s’inscrit dans le registre du conte merveilleux de par sa narration rapide, peu étoffée, et les événements improbables qui surgissent sous la forme d’animaux qui parlent. Leur rôle est d’aider le héros à affronter sa musique pour le faire évoluer et progresser ; c’est un véritable récit initiatique. Pourtant, le texte de Kenji Miyawa n’est pas toujours très clair. Les différents animaux interviennent à intervalle régulier, un par nuit, sans que l’on assiste à un quelconque changement dans la journée. On a presque l’impression qu’ils viennent tous la même nuit. Il faut vraiment attendre la fin du conte pour comprendre leur rôle.

Il est d’ailleurs fort appréciable de trouver en fin d’ouvrage un petit supplément « de la page à l’écran » qui met vraiment en lumière les thématiques du conte et sa signification avant de nous expliquer comment Isao Takahata des Studios Ghibli l’a mis en scène dans son film d’animation. [J’attends d’ailleurs que ma jeune violoncelliste débutante ait lu ce livre avant de visionner le film avec mes filles.] Enfin, j’ai vraiment apprécié l’entretien mené auprès d’Edgar Moreau (violoncelliste français) relaté à la toute fin du livre. Il offre un regard de musicien aguerri sur le parcours d’instrumentiste que ce soit dans la formation ou dans la place dans un orchestre. Son interprétation du conte en est d’autant plus intéressante.

Merci aux éditions Ynnis et à Babelio pour l’envoi de ce conte dans le cadre de Masse Critique.

Le chef d’orchestre est exaspéré. Son jeune violoncelliste ne laisse transparaître aucune passion dans son jeu. Désespéré, Gôshu répète inlassablement ses morceaux sur son instrument abîmé. En vain… jusqu’à ce qu’un chat lui demande de lui jouer Rêverie de Schumann…

masse critique·roman jeunesse

Otis (2021)

Auteur : Yannick Beaupuis

Editeur : Balivernes

Pages: 204

Atteint d’une forme d’autisme Asperger, Ulysse a tendance à se replier sur lui-même. Cette différence en fait la cible facile des moqueries et de l’exclusion. Son quotidien semble une épreuve de chaque instant, tant pour lui-même que pour ses proches, confrontés à des difficultés permanentes qui ont des répercussions sur l’ensemble de leur vie.

Otis aussi est différent. Enfant humain, il vit parmi des hybrides, mi-homme mi-animaux. Seul capable de lire les runes inscrites sur les pierres qu’il ramasse, il ne semble pas complètement intégré à son groupe. Les dangers de son monde l’entraînent dans une quête mystérieuse pour sauver une amie et peut-etre bien plus encore…

Otis est un récit qui parle de différence au travers de deux histoires distinctes. L’histoire d’Ulysse, plus encrée dans notre réalité, confronte le lecteur au quotidien des enfants différents et de leurs proches. Alors que l’histoire d’Otis s’inscrit plutôt dans le registre fantastique avec ses créatures et la magie qui peuplent des paysages imaginaires. Si les deux histoires avancent de manière parallèle, il est difficile d’établir un lien entre elles. Le monde d’Otis existe-t-il vraiment ou est-il le refuge imaginaire dans lequel Ulysse s’isole pour échapper à une réalité trop violente ?

L’écriture très imaginée de Yannick Beaupuis permet de visualiser ces deux mondes très distinctement, rendant la lecture très immersive. Je craignais au début que la différence d’Ulysse ne soit qu’un prétexte à l’introduction d’un univers plus fantastique mais il n’en est rien. Au contraire, chaque univers se développe indépendamment tout en tissant une connexion à peine perceptible. Les deux héros cherchent à trouver leur place et nous rappellent que la différence est une force, une richesse qui mérite qu’on se batte malgré les difficultés.

Les jeunes lecteurs apprécieront ce mélange des genres et ces deux jeunes garçons attachants.

Je remercie Babelio et les éditions Baliverne pour cette offre de Masse Critique.

Deux jeunes garçons, que rien ne rapproche sinon leur âge, essayent de trouver leur place dans deux mondes bien différents.
Otis grandit dans le campement des hybrides, des créatures mi-hommes mi-animaux qui l’ont adopté depuis bien longtemps et qui vivent entre l’Arbre-source incandescent et la forêt ténébreuse peuplées d’Ombres redoutables.
Ulysse, lui, va à l’école comme tous les autres enfants mais sa différence l’éloigne des autres et est même le prétexte pour certains de le rejeter et de l’exclure.
Chacun de leur côté devra vaincre les épreuves qui s’imposeront à eux. Et d’une manière ou d’une autre, leur destin ne serait-il pas lié ?

masse critique·roman jeunesse

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles (2021)

Amari and the Night Brothers

Auteur : B.B. Alston

Traductrice : Sidonie Van Den Dries

Editeur : Bayard Jeunesse

Pages : 525 pages

Lorsque qu’Amari et le Bureau des affaires surnaturelles est arrivé chez nous, mes filles et moi-même avons été complétement séduites par l’attention apportée à ce Service Presse par les éditions Bayard. En effet, en ouvrant le carton nous avons trouvé un coffret qui, outre le roman, contenait tout un tas de goodies reçus comme autant de petites attentions venues nous gâtées. Si ces présents ont pour but de séduire le lecteur, ils auraient été superflus si le roman n’avait été de qualité. Or, nous avons découvert dans ces pages un roman fantastique qui nous a transporté. Gabrielle s’est emparée du livre et l’a dévoré d’une traite. Et si j’ai pris plus de temps, je n’en ai pas pris moins de plaisir. Pour Juliette, c’est le nouveau livre qu’elle amène au collège pour le « quart d’heure lecture quotidien ». Fan de Harry Potter, de magie et d’univers fantastiques, ce titre est fait pour toi!

Alors que son frère a disparu depuis six mois, Amari reçoit un colis de sa part ; un colis particulier qui va l’emmener dans un centre de vacances mystérieux où la jeune fille va découvrir que notre monde est peuplé de créatures surnaturelles dissimulées parmi nous et protégées par Le Bureau des affaires surnaturelles. Déjà rejetée par ses camarades à cause de ses origines, Amari devient une paria lorsque ses talents surnaturelles sont révélés. Avec le soutien de sa camarade de chambre Elsie, une dragonne-garou, elle se lance à la recherche de son frère tout en tentant de trouver sa place. Lorsque le Bureau se fait attaquer par de terribles créatures, on découvre un monde moins stable qu’il n’y parait.

Nous sommes ici en présence d’un premier volume qui introduit un univers fantastique peuplé de créatures fantastiques divers toute droit sorties de l’imaginaire collectif. Des créatures qui semblent plutôt intégrées dans le monde si ce n’est la catégorie des magiciens dont les faits passés ont laissé une emprunte indélébile dans l’esprit de tous. Mais Amari est bien déterminée à prouver que même chez les magiciens, il y a des êtres bons et bienveillants. Rejetée depuis toujours à cause de ses origines sociales et sa couleur de peau, Amari souffre d’un manque de confiance en elle. Ses doutes semblent être un frein à l’expression de son potentiel « magique » mais elle peut compter sur ses nouveaux amis pour l’aider. Elsie est une dragonne-garou extrêmement intelligente et inventrice de génie. Dylan est l’héritier d’une famille ancienne et puissante, il semble entretenir un désir de prouver sa valeur. On trouve aussi quelques professeurs intéressants, créatures surnaturelles et aux pouvoirs particuliers.

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles est un récit qui ravira les jeunes lecteurs, notamment les fans de la saga Harry Potter. En effet, dans la construction du récit et dans sa narration, nous n’avons pas manqué de trouvé un grands nombres de similitudes avec l’univers de J.K. Rowling. Entre le rejet du personnage principal, un monde « magique » dissimulé dans le notre, un lieu de formation secret et l’ombre planante d’un grand sorcier qui sème la peur, on sent inévitablement d’où l’auteur tire son inspiration. Mais l’histoire offre une part d’originalité satisfaisante, portée par une héroïne volontaire dont la couleur de peau et le mode de vie permettent aussi d’aborder des thématiques très encrées dans notre réalité telle que le racisme, la mixité sociale dans les établissements scolaires ou encore les différences sociales.

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles nous a complètement séduite par son histoire et son univers. Etre en terrain connu offre aussi un confort de lecture appréciable, pimenté par les petites surprises propres au monde créé par B.B. Alston.

Nous avons hâte de retrouver le tome 2, annoncé pour avril 2022 outre-Manche.

Un grand merci aux éditions Bayard Jeunesse et à Babelio pour ce partenariat.

Etes-vous prêts à rejoindre le Bureau des affaires surnaturelles?*

Les informations qui suivent sont confidentielles, car elles concernent un lieu abritant d’innombrables secrets. Quiconque lira ce dossier sans disposer des autorisations nécessaires s’exposera à de terribles représailles et pourra notamment :

  • être balancé dans un puits sans fond ;
  • être enfermé dans une boîte de conserve et envoyé dans l’espace ;
  • être livré en pâture à une créature sous-marine dont nous ne divulguerons pas le nom.

*Le Bureau ne saurait en aucun cas être tenu responsable d’éventuelles blessures magiques, peurs surnaturelles ou enlèvements extraterrestres. Entrez à vos risques et périls.

BD/manga·masse critique

La Ferme des Animaux – BD (2021)

Scénario : Maxe L’Hermenier

Dessin : Thomas Labourot

Couleur : Diego L. Parada

Editeur : Jungle

Collection : Pépites

Pages : 64

Adaptation du roman éponyme de George Orwell, cette bande dessinée s’adresse à un lecteur assez jeune. Le style graphique est précis, les cases se succèdent à un rythme suffisant pour donner vie à l’histoire comme le ferait un film d’animation. L’entrée dans l’histoire est d’ailleurs particulièrement intéressante de ce point de vue puisque le plan se rapproche peu à peu, partant d’un plan large sur la ferme à un plan rapproché sur un groupe d’animaux dont on ne distingue qu’une partie du corps. Pour nous amener à l’introduction de l’histoire : la réunion tenue par Sage l’Ancien qui va donner aux animaux l’idée de leur révolution. Par ailleurs le choix des couleurs et le trait des personnages permettent d’alléger le caractère plus violent de l’histoire.

L’adaptation est fidèle au récit à part quelques scènes supprimées et l’absence du chant patriotique « Bêtes d’Angleterre ». Si j’ai trouvé cela dommage, cela ne nuit absolument pas à la compréhension. Disons surtout qu’après la lecture du roman, cela sonne comme un manque. Par ailleurs j’ai trouvé la fin un peu précipitée, quelques planches de plus n’auraient pas été de trop pour conclure. Mais ce ne sont que des détails qui ne gêneront pas l’enfant.

On retrouve en fin d’ouvrage des jeux et des questions de compréhensions comme pour les autres titres de la collection. J’avoue ne pas m’arrêter sur ces pages. Mes filles (douze ans) disent avoir regardé mais ne pas y avoir trouvé d’intérêt particulier.

Je remercie les éditions Jungle et Babelio pour ce partenariat.

L’avis d’Isabelle est à lire ICI.

Dans une petite ferme d’Angleterre, la révolte gronde chez les hommes. Ceux-ci chassent l’homme qui les exploitait et prennent le pouvoir. Ils veulent instaurer un nouvel ordre dans lequel chacun participerait aux décisions et travaillerait à sa juste mesure. Mais les cochons dirigent le nouveau régime et, bien vite, les animaux se retrouvent sous le joug d’un chef encore plus cruel…

album·masse critique

Piranhas! (2020/2021)

Iaios, piranyes i altres històries

Auteur: Rocio Bonilla

Editeur: Père Fouettard

Pages: 44

Nico passe beaucoup de temps avec son papy Rodrigue. Il paraît qu’ils se ressemblent beaucoup. En tout cas, ils s’entendent super bien et passent beaucoup de temps ensemble. Nico aime tout particulièrement quand son papy lui raconte des souvenirs de son enfance mais il aime aussi jouer avec lui, faire du vélo ou ses devoirs. Et puis il y a la mamie de Lucie, et celle d’Alessio qui lui apprend à tricoter ainsi que les grand-parents de Manuel qui ont l’air très amoureux et ceux de Bertille… Tous son des grand-parents investis dans la vie de leurs petit-enfants.

Piranhas! est un joli album touchant sur les relations intergénérationnelles et la transmission dans lequel l’auteur met les grand-parents à l’honneur. Les illustrations aux couleurs douces sont jolies, tantôt drôle, tantôt empruntes de nostalgie mais toujours pleines de tendresse.

Je remercie Babelio et les éditions du Père Fouettard pour l’envoi de cet album dans la cadre de Masse Critique.

Dis papy, tu te souviens de la fois où on s’est fait attaquer par des milliers de piranhas?

masse critique·roman ado

Push (2021)

Auteure: Annelise Heurtier

Editeur: Casterman

Pages: 288

C’est aujourd’hui que sort le nouveau roman d’Annelise Heurtier, un roman d’actualité puisqu’il dénonce les abus sexuels dans le milieu du sport. En avant propos, l’auteure nous raconte la place qu’a eu la sport dans sa vie d’enfant et d’adolescente et combien elle a était bouleversée par l’histoire de Sarah Abitbol lorsqu’elle a révélé avoir été violée et agressée sexuellement par son entraineur entre quinze et dix-sept ans. Depuis les témoignages se sont succédés, un véritable mouvement a pris forme pour briser l’omerta.

Tessa a quinze ans. Alors qu’elle entre au lycée, elle se lance dans l’écriture d’un journal intime d’abord par « défi » puis très pour le plaisir de venir poser ses émotions et son regard sur les évènements qui rythment son quotidien. Dans sa famille, la gymnastique est au cœur de la vie de tous. Tessa nous raconte combien cette passion prend de temps et d’énergie : les entrainements, le dépassement de soi, les relations entre les différentes sportives, les sélections, les compétitions… Et puis l’arrivée d’une entraineur professionnel et ce que cela change pour elles toutes, les relations particulières qui s’installent entre le sportif et son coach. A côté de ça, ces jeunes filles pleines de rêves et de détermination restent des adolescentes comme les autres : séduction, rivalité, jalousie, les garçons, le lycée… Lorsque le drame survient, Tessa refuse d’y croire. Comment un jeune homme si prévenant pourrait-il « toucher » une des filles? Faut-il parler? Doit-elle dire ce qu’elle a vu? Quelles seront les conséquences pour lui? Pour elles toutes? Pour sa famille? Pour le sport?

Récit épistolaire, Push met l’accent sur le sport et le quotidien des jeunes sportives, ici des gymnastes, leurs journées rythmées par les études et le sport. A travers Tessa, on découvre les espoirs et rêves de ces jeunes filles. L’adolescente vivant dans une famille gymnaste, décrit avec émotion les doutes et les difficultés d’un quotidien intense qui laisse peu de place aux loisirs. Les abus sexuels apparaissent en toile de fond, abordés comme des faits divers révélés dans les médias mais qui semblent si loin de ce qu’elle et ses camarades connaissent. Si elles ont conscience de cette réalité glaçante, elles prennent ces révélations avec une certaine distance, refusant de croire que cela pourrait leur arriver. Cela semble bien loin de leur préoccupation, de leurs inquiétudes. Il faut attendre le dernier quart du roman pour que ce tabou devienne réel. On suit alors le cheminement des réflexions de Tessa entre déni et acceptation. Aveuglée par la colère, elle refuse d’accepter que son monde soit éclaboussé par un scandale qui pourrait avoir des répercussions sur son univers entier. En tant que lectrice, j’ai eu très envie de la secouer, de la gifler même. Heureusement, l’acceptation fait rapidement son chemin et c’est main dans la main que les jeunes filles vont oser briser le silence de cet acte innommable.

J’ai vraiment aimé la façon dont le sujet est abordé. L’auteure dénonce l’abus et insiste sur l’importance de parler. La victime a beau se sentir fautive et minimiser les choses, parler d’erreur, cela ne justifie pas le passage à l’acte. Ce n’est pas de sa faute! Le consentement doit être mutuel et verbalisé. L’adulte est responsable de ses actes et doit savoir rester à sa place. Le viol, les attouchements ou toute autre forme de harcèlement doivent être dénoncés et punis. Les émotions sont multiples et rythment le récit, lui donnant plus d’épaisseur. Je m’attendais à une lecture plus difficile, plus proche d’un témoignage mais j’ai aimé cette approche plus pudique qui met vraiment l’accent sur les relations complexes entre tous les personnages, les sentiments multiples, parfois confus qui se tissent entre eux. Cela révèle la fragilité émotionnelle chez ces jeunes personnes encore en construction placées sous la responsabilité d’adultes qui exercent une influence et un pouvoir complet sur elles.

Je remercie Babelio et les éditions Casterman qui m’ont permis de découvrir ce titre en avant première dans le cadre de Masse Critique privilège.

À 15 ans, Tessa suit son chemin de gymnaste, guidée par la passion. Et cette année s’annonce prometteuse : sa mère, la présidente du club, a enfin réussi à recruter un entraîneur professionnel. Raphaël a vingt-huit ans, une présence intense et une devise pour motiver ses élèves, « Persist Until Something Happens ». Il a aussi, malgré lui, le pouvoir de créer des tensions… À quelques semaines des championnats de France, une coéquipière de Tessa craque et abandonne le groupe. Trop de pression ? De mésentente entre les filles ? À moins qu’il y ait eu autre chose. Quelque chose qu’on n’a peut-être pas envie de dire.

masse critique·roman ado

#TousDebout (2021)

Auteures: Agnès Marot & Cindy Wilder

Editeur: Hugo

Collection: New War

Pages: 374

Récit écrit à quatre mains, Tous Debout est un texte à deux voix. D’un côté, il y a Anton, un ado intelligent au physique ingrat qui se cache derrière une attitude indifférente mais pourtant provocatrice. Dans l’ombre il est Gossip Boy, un gars qui balance les pires ragots du lycée sur internet. De l’autre côté, il y a Méloé, une adolescente introvertie qui s’insurge contre les comportements injustes et discriminatoires. Lorsque Gossip Boy révèle que Rahim, le petit ami de Méloé est sans-papier, cette dernière se lance dans un mouvement de contestations pour le protéger de l’expulsion. Anton se range à ses côtés et devient l’une des figures centrales du mouvement.

Si Agnès Marot et Cindy Wilder signent un récit engagé qui permet de sensibiliser le lecteur à de réels problèmes de société (sans-papiers, immigrations, homophobie, racisme…), je n’ai pas été convaincue par les personnages principaux. Anton a une attitude trop souvent limite, son comportement envers Méloé frôle le harcèlement. Cette dernière n’a pas su me toucher, trop souvent son engagement m’a semblé intéressé et n’a pas aidé à me la rendre sympathique.

Pourtant, l’histoire m’a vraiment plu et intéressée. L’écriture à quatre mains dynamisme le récit et permet un double regard sur une même situation. Anton et Méloé sont deux voix qui s’élèvent différemment contre une injustice tristement courante; entre provocation et engagement, ils amènent une réflexion sur le poids de nos actions et la façon la plus juste de prendre position pour une cause.

Je remercie Babelio et les éditions Hugo pour l’envoi de ce titre dans la cadre de Masse Critique.

D’un côté, Anton, un garçon discret qui se cache derrière le pseudo de Gossip Boy pour jouer les justiciers sur Trumblr (et y balancer les pires ragots du bahut). De l’autre, Méloée, jeune fille fougueuse et passionnée qui craque sur Rahim, le petit nouveau au lycée. Sous ses airs d’étudiant sans histoires, le mystérieux Rahim se retrouve vite au centre de toutes les attentions. Surtout lorsque Gossip Boy révèle qu’il est sans-papiers… Bientôt, tout bascule. Rahim est sur le point d’être expulsé. Derrière les grilles, il est temps pour les élèves barricadés de lever le poing pour défendre l’un des leurs!

BD/manga·masse critique

Le faucon déniché – BD (2021)

Auteur: Maxe L’Hermenier, d’après Jean-Côme Noguès

Illustrateur: Steven Dupré

Editeur: Nathan

Collection: Jungle Pépites

Pages: 55

Adaptant le roman éponyme de Jean-Côme Noguès, la bande dessinée Le faucon déniché reprend les grandes lignes du récit. Dès les premiers planches, le lecteur est plongé dans l’époque moyenâgeuse, parcourant la forêt aux côtés de Martin qui observe de jeunes faucons dans leur nid. Bien qu’il connaisse les risques, le garçon ne peut s’empêcher d’y retourner chaque jour. La loi est simple, tous les faucons trouvés sur les terres du Seigneur appartiennent au Seigneur. Lorsqu’un petit tombe du nid, Martin le recueille et décide d’en faire un compagnon de jeux, un ami. Fait prisonnier, il perd son oiseau en même temps que sa liberté mais bientôt la roue tourne…

Comme pour le roman, cette bande dessinée me laisse sur un avis mitigé. Si l’adaptation est convaincante et l’histoire toujours aussi intéressante, on ressent toujours bien trop l’intérêt pédagogique du projet. Impression renforcée par le dossier « Pour aller plus loin » en fin d’ouvrage et le questionnaire pour vérifier que la lecture a bien été comprise. Par ailleurs, si j’ai particulièrement aimé les illustrations des paysages et des faucons de Steven Dupré, j’ai été moins convaincu par les visages de ses personnages qui s’intègrent pourtant très bien à l’époque du récit.

Le faucon déniché reste un très bon ouvrage pour découvrir les lois féodales et la façon dont s’organise la vie au Moyen-Âge et ce format permettra de séduire un plus large public.

***

A lire: l’avis d’Isabelle.

Je remercie Babelio et les éditions Nathan pour l’envoi de cette adaptation dans la cadre de Masse critique.

Martin, douze ans, a un secret: il a déniché un jeune faucon en forêt. C’est une aventure dangereuse car le petit paysan risque la prison s’il garde pour lui l’oiseau réservé aux chasses du seigneur. Pourtant, Martin refuse de se soumettre et rien ne l’arrêtera. Mais dans l’ombre, l’impitoyable fauconnier du château veille… Il veut faire du rapace l’oiseau le plus cruel de la fauconnerie… Que vont alors devenir les deux amis?