roman

Le Bruissement du papier et des désirs (2018)

Marilla of Green Gables

 

Auteure: Sarah McCoy

Traductrice: Anath Riveline

Editeur: Michel Lafon

Pages: 366

 

Marilla Cuthbert n’a que treize ans lorsqu’elle perd sa mère. Alors que cette dernière est sur son lit de mort, la jeune fille lui fait la promesse de prendre soin de son père et de son frère aîné, Matthew. Mettant sa vie entre parenthèses, elle se dévoue à la famille qui lui reste, n’hésitant pas à sacrifier sa relation avec John Blythe.

J’ai été surprise par l’existence de ce roman dont le titre français n’est clairement pas fait pour accrocher le regard des fans de la série de Lucy Maud Montgomery, Anne of Green Gables. Et pourtant l’auteure nous ramène sur l’Île du Prince-Edouard des années avant la naissance de Anne Shirley. En effet, s’inspirant de l’oeuvre originale, Sarah McCoy revient sur le passé de Marilla et sa déception amoureuse auprès de John Blythe. Si l’histoire est jolie et bien menée, je n’ai pas retrouvé la Marilla que je connaissais. De même, il manquait la rupture brutale et tranchante avec John Blythe. Ils se quittent plutôt en bons termes alors que l’on sait que leur relation n’a rien d’amicale dans le futur.

Ce qui fait la richesse de ce roman tient plutôt dans les descriptions de l’île, le parcours de Marilla et la trame de fond qui aborde la Rébellion des Patriotes et l’insurrection de 1837-1838 ou encore l’abolition de la traite des Noirs. Si l’auteure se contente de survoler les évènements, elle donne envie d’en savoir plus. Ce n’est pas le roman que j’avais espéré même si j’ai passé un bon moment et que cela m’a donné envie de relire Anne of Green Gables.

1837, île du Prince-Edouard, au large du Canada. Marilla Cuthbert, 13 ans, mène une vie tranquille dans le cadre enchanteur de la campagne, avec ses parents et son frère aîné, Matthew. A la mort brutale de sa mère adorée, Marilla se jure de veiller toujours sur son père et son frère.

Cette décision va entraîner sa vie entière. Désormais, elle se consacrera aux autres. Sacrifiant son amour pour John Blythe, elle décide de se battre auprès des plus démunis, les orphelins en particulier. Visionnaire, elle se révolte contre les mœurs de son temps et rejoint les rangs d’anciens esclaves affranchis afin que soit abolie la traite des Noirs. Mais ce combat pour la liberté a un prix: l’hostilité croissante de l’ordre établi. Chaque jour qui passe fait courir à Marilla un danger sans cesse plus grand.

Lecture à 2 Voix·roman ado

Hunger Games, tome 2. L’embrasement (2015)

Catching Fire (2009)

 

Auteure: Suzanne Collins

Traducteur: Guillaume Fournier

Editeur: PKJ

Pages: 429

 

Après leurs victoires aux Hunger Games, Katniss tente de reprendre le cours de sa vie. Relogée dans le quartier des vainqueurs avec sa mère et sa sœur, leur niveau de vie s’est considérablement amélioré et elles tentent d’aider les plus nécessiteux. Alors que leur relation reste tendue, Katniss et Peeta s’apprêtent à rejouer les amoureux devant le tout Panem durant la Tournée de la Victoire. Manipulés par le gouvernement, ils vont devoir convaincre leurs concitoyens et le Président Snow que leur refus de s’entretuer à la fin des jeux n’est du qu’à leurs sentiments et que ce n’était pas un acte de rébellion. Car dans les districts, la colère gronde et les esprits s’embrasent. Mais avant d’assiter à la rébellion, il faudra voir se jouer les 75é Hunger Games.

Après la fin du premier tome, j’attendais le soulèvement et des actions plus concrètes contre le Capitole mais finalement l’histoire prend le temps de s’installer et nous impose de nouveaux jeux. La Tournée de la Victoire permet de voir la tension qui règne dans les districts et les répressions du gouvernement. Le retour dans le district douze ne se fait pas sans encombre avec l’arrivée de Pacificateurs dirigés par un chef retors. Pour imposer la terreur et étouffer la rébellion, le Président Snow annonce l’ouverture de nouveaux Hunger Games particuliers en cette année d’Expiation dont l’objectif apparait évident dès l’annonce: tuer Katniss et l’espoir qu’elle donne au peuple.

Suzanne Collins a su faire évoluer son personnage principal qui semble avoir définitivement quitté l’adolescence et doit apprendre à se construire avec le souvenirs des jeux et des morts laissés derrière elle. Confuse et troublée par ses sentiments, Katniss aurait pu se trouver au cœur d’un triangle amoureux mais l’auteure ne semble pas vouloir développer l’aspect romantique de sa série pour se concentrer sur les enjeux politiques. Ce qui n’est pas pour me déplaire. On retrouve les éléments qui font la richesse du premier volume avec les prémices de ce que nous trouverons forcément dans la suite. Entre actions et émotions, l’auteure apporte ce qu’il faut de rebondissements pour rendre la lecture intéressante.

Après la lecture, Gabrielle et moi avons vu l’adaptation cinématographique avant de nous lancer dans la lecture du tome suivant.

Après le succès des derniers Hunger Games, le peuple de Panem est impatient de retrouver Katniss et Peeta pour la Tournée de la victoire. Mais pour Katniss, il s’agit surtout d’une tournée de la dernière chance. Celle qui a osé défier le Capitole est devenue le symbole d’une rébellion qui pourrait bien embraser Panem. Si elle échoue à ramener le calme dans les districts, le président Snow n’hésitera pas à noyer dans le sang le feu de la révolte. À l’aube des Jeux de l’Expiation, le piège du Capitole se referme sur Katniss…

album·Prix littéraire

MIGRANTS (2019)

MIGRANTS de Issa Watanabe, La Joie de Lire, 2020.

Sélection Officielle du Prix Sorcières 2021 catégorie Carrément Sorcières Fiction.

Des animaux différents s’unissent dans la quête d’un monde meilleur. Différents? Pas tant que ça. Tous quittent ce qu’ils connaissent; sur les visages, on lit la même expression de peur, le même regard vidé de toute joie. Accompagnés par la mort parée de ses beaux vêtements fleuris, ils avancent vers un inconnu qu’il n’atteindrons pas tous. La route est longue et triste, partout le désolation et le danger. Mais malgré les pertes, quelques uns atteignent la terre promise, ce nouvel Eden matérialisé ici par un arbre fleuri… L’arbre de vie?

Issa Watanabe livre un album sombre et bouleversant. Un album sans paroles portés par des personnages anthropomorphiques qui permettent de voir combien les migrants sont différents et issus de pays, cultures multiples, réunis dans la même douleur et une histoire de migration qui porte les mêmes espérances.

Migrants, réfugiés, déplacés, bombardés, apeurés, violentés, affamés, exilés, rescapés, noyés, sans-papiers, apatrides, disparus… Silence.

Le coin de Gaby·roman jeunesse

La Dernière Abeille (2020)

La Dernière Abeille de Bren MacDibble, Hélium, 2020

Pivoine vit à la campagne avec son grand-père et sa sœur Magnolia. Elle veut devenir une abeille, travail à la ferme durant lequel les enfants doivent monter aux arbres avec des plumeaux pour polliniser les plantes, dès que possible. Sauf que sa mère va l’en empêcher en l’emmenant en ville servir des Urbains.

Si les abeilles venaient à disparaître, l’auteur envisage un futur possible si l’homme pollinisait à la main. Gros coup de cœur pour ce livre dont l’histoire m’a fait chavirer avec tous ses rebondissements arrosés d’un soupçon d’amitié.

J’ai découvert ce livre durant le « Gang des Dévoreurs« , club de lectures de la médiathèque La Corderie à Marc-en-Baroeul, que l’animatrice nous l’a conseillé.

***

Moi, c’est Pivoine. Avant, je vivais à la ferme avec papy et ma sœur Mags. Je suis pas une fainéante, comme les autres Urbains, là ; j’ai pas peur de me salir les mains. Mais maman a décidé que je devais la rejoindre en ville pour travailler avec elle chez les Pasquale. Heureusement, il y a Esméralda. Esméralda, c’est une fleur délicate, elle a peur de tout. Mais c’est aussi mon amie, et je lui ai promis de lui donner un peu de mon courage si elle m’aidait à m’enfuir.
Pour retourner dans ma ferme et devenir la meilleure des abeilles.

Dans un monde où les abeilles ont disparu et où les enfants pollinisent les fleurs à la main, s’élève la voix pleine d’espoir d’une héroïne aussi piquante qu’attachante.

BD/manga

Les Croques, Tome 3. Bouquet Final (2020)

 

Auteure: Léa Mazé

Illustratrice: Léa Mazé

Editeur: La Gouttière

Pages: 92

 

Voici enfin la conclusion des aventures de Céline et Colin, les jumeaux incompris plongés au cœur d’une enquête macabre dans le cimetière de leurs parents. Nous l’avons attendue et espérée captivante et n’avons pas été déçu.

Alors que les parents des jumeaux sont complètement désemparés face à leurs enfants et tentent de chercher une aide extérieure à leurs problèmes familiaux, le voile se lève enfin sur les auteurs des crimes. Bravant les dangers avec le peu de courage qu’il leur reste, Céline et Colin sont confrontés à la cruauté et la cupidité d’adultes prêts à tout pour maintenir leur trafic.

Arrivé au troisième volet, le talent graphique et narratif de Léa Mazé n’est plus à prouver. Il s’en dégage une ambiance angoissante, glaçante par moment. Les couleurs sombres renforcent le sentiment de peur qui émane des personnages. La violence de la confrontation enfants/criminels amène une tension extrême qui atteint son paroxysme lorsque le grand coupable se révèle dans toute sa cruauté et ne s’éteint qu’à l’arrivée de secours inattendus et bienvenus. La dernière partie de l’histoire se veut plus lumineuse et porteuse d’espoir d’un avenir serein et d’une confiance filiale retrouvée.

Bouquet final est l’apothéose de cette série jeunesse originale qui fait la lumière sur l’enquête des enfants mais également sur leur isolement et ses raisons. Une série à découvrir dès 9/10 ans!

Les autres volumes

 

« Vous êtes allés trop loin… Maintenant vous allez disparaître et tout rentrera dans l’ordre… » 

« Dis… Disparaître? »

Lecture à 2 Voix·roman ado

Hunger Games (2008)

The Hunger Games

 

Auteure: Suzanne Collins

Traducteur: Guillaume Fournier

Editeur: PKJ

Pages: 411

 

Katniss Everdeen a seize ans et vit dans le District 12 à Panem, un monde post-apocalyptique reconstruit sur les ruines des Etats-Unis. Gouvernés depuis le Capitole, une ville technologiquement évoluée, les Districts sont soumis à une régime totalitaire. Pour maintenir l’ordre, le Capitole organise chaque année les Hunger Games, un jeu télévisé durant lequel, les participants s’entretuent jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un seul. Moissonnés parmi les jeunes de douze à dix-huits ans, les tributs sont sélectionnés au nombre de deux dans chaque District, un garçon et une fille. Lorsque Prim, sa sœur cadette, est tirée au sort pour participer aux jeux, Katniss s’offre en tant que volontaire pour prendre sa place. Elle ne souhaite que sauver sa sœur d’une mort certaine mais ne se doute pas un instant que son sacrifice et les choix auxquels elle sera confrontée vont lui attirer la sympathie du peuple et faire souffler un vent nouveau sur Panem.

Premier volet d’une trilogie dont le succès n’est plus à faire, Hunger Games est un roman dystopique qui pose les bases d’un univers dictatorial, un monde dans lequel les habitants de chaque district doivent fournir des ressources pour faire vivre le Capitole. Subissant la pauvreté extrême et ses conséquences, le peuple subit en plus les jeux de la faim qui envoient à la mort leurs enfants. Violents et cruels, ces jeux testent l’abileté à survivre dans un monde hostile et permettent au Capitole de maintenir le peuple dans un état de peur permanente.

L’idée de jeux de la mort n’est pas nouvelle et a déjà fait l’objet de récit bien plus violents. Je pense notamment au Battle Royal de Kôshun Takami (1999) rendu célèbre par son adaptation cinématographique. Mais la trame narrative est ici plus riche et met surtout l’accent sur le pouvoir totalitaire tenu par le Président Snow et l’abscence de liberté qu’il laisse aux habitants contrôlés par la terreur cristallisée dans un jeu de téléréalité qui n’amuse que les plus riches. Les personnages de Suzanne Collins sont parfaitement travaillés et leur évolution est maitrisée. Katniss et Peeta suscitent la sympathie, accentuée par l’évolution de leurs sentiments respectifs.

Lu à deux voix avec Gabrielle, je ne peux que saluer l’effet que le livre a sur elle. Elle craignait la violence et la cruauté des jeux mais y a trouvé bien plus. L’histoire lui permet de prendre conscience de ce qu’est un régime dictatorial et de la façon dont il est tenu. Cela suscite en elle de la colère et un sentiment d’injustice fort. Elle s’est immédiatement positionnée en faveur de Katniss et Peeta pour qui elle éprouve de la compassion mais également de l’attachement. Elle espère voir leur histoire évoluée vers de la romance. En attendant, nous avons regardé le film et commencé le deuxième tome.

L’avis de Bouma est à découvrir ici.

Dans un futur sombre, sur les ruines des Etats-Unis, un jeu télévisé est créé pour contrôler le peuple par la terreur. Douze garçons et douze filles tirés au sort participent à cette sinistre téléréalité, que tout le monde est forcé de regarder en direct. Une seule règle dans l’arène: survivre, à tout prix. Quand sa petite sœur est appelée pour participer aux Hunger Games, Katniss n’hésite pas une seconde. Elle prend sa place, consciente du danger. A seize ans, Katniss a déjà été confrontée plusieurs fois à la mort. Chez elle, survivre est comme une seconde nature…

roman graphique

Le fils de l’ursari – BD

Auteur: Xavier-Laurent Petit

Adaptation et Illustrations: Cyrille Pomès

Mise en couleurs: Isabelle Merlet

Editeur: Rue de Sèvres

SuperMax – Novembre 2020

Ciprian et sa famille arrivent en France remplis de l’espoir d’une vie meilleure dans laquelle « l’argent coule à flots ». Mais rapidement la réalité les rattrape et ils se retrouvent à mendier et voler pour maintenir leur subsistence qui ne tient qu’à un fil. Entre le réseau de malfaiteurs qui profite de leur incrédulité pour se faire de l’argent et la crainte de la police et des contrôles d’identité, la famille Zidar prend conscience des dangers de cette vie qui ne va pas plus que celle qu’ils avaient dans leur propre pays. Pourtant pour Ciprian, la lumière se fait dans les jardins du Luxembourg où il découvre les échecs pour lesquels ils montrent un talent particulier. Et s’il tenait là la clé d’un avenir meilleur pour toute sa famille?

Adaptant le roman éponyme de Xavier-Laurent Petit, Cyrille Pomès reprend les grandes lignes du récit et en retranscrit parfaitement les émotions. Les illustrations mettent en avant toute la violence et la cruauté d’une vie imposée par la peur et le besoin de protéger ceux qu’on aime. Le trait réaliste et les couleurs « jaunies » apportent une certaine harmonie à l’ensemble. Touchant, ce roman graphique aborde différentes thématiques avec justesse telles que l’immigration, le travail des enfants, l’exploitation humaine ou encore l’illétrisme. Mais c’est la solidarité que l’on retiendra et la lumière d’espoir qu’une simple main tendue peut apporter à ceux qui ont besoin.

A découvrir: les avis de Pépita et de Bouma.

Quand on est fils d’ursari, on ne reste jamais bien longtemps au même endroit. Parias dans leur propre pays, Ciprian et sa famille échouent à Paris où, paraît-il, l’argent coule à flots. La réalité sera infiniment plus rude! 

album·Prix littéraire

BLANC – Une histoire dans la montagne (2020)

BLANC Une histoire dans la montagne de Stéphane Kiehl – Editions La Martinière Jeunesse, 2020. ALBUM – 32 pages

Sélection Officielle du Prix Sorcières 2021 catégorie Carrément Beau Maxi.

Un hiver blanc s’est installé sur la montagne. De la fenêtre de sa chambre, l’enfant observe les animaux qui peuplent la forêt. Lorsque le plus discret d’entre eux lui apparaît, il n’a de cesse de chercher à le revoir. Et voilà qu’un jour, le renard est de retour pour se nourrir dans les poubelles humaines. S’habillant chaudement, l’enfant sort de chez lui et s’enfonce dans la forêt à la poursuite de l’animal roux. Lorsque le ciel et la terre se rejoignent, il se perd dans ce paysage blanc fait de neige et de brouillard.

Ce magnifique album entraîne le lecteur à la découverte d’un paysage qui se révèle tout à la fois fascinant et terrifiant. La magie opère par la transformation des paysages au fil des pages. Les contours sont rendus flous par cette distorsion de l’espace qui perd le lecteur au même titre que l’enfant dans ces décors teintés de blanc. L’effet est encore renforcé par l’intégration de quelques feuilles de papier calque qui offrent une évolution du paysage par un jeu de superposition absolument captivant.

Le sommet de la montagne était notre phare. Ici, tout était blanc, neige et pureté.

Lecture à 2 Voix·roman jeunesse

Winnie et la Grande Guerre (2020)

Winnie’s Great War (2018)

Auteure: L. Mattick & J. Greenhut

Illustratrice: Sophie Blackall

Traductrice: Caroline Guilleminot

Editeur: l’école des loisirs

Pages: 335

Nous connaissons tous Winnie l’ourson, si ce n’est par la lecture – Winnie l’Ourson : Histoire d’un ours-comme-ça – tout du moins par les classiques Disney; cet ourson en peluche, ami de Christopher Robin, fils de l’auteur A.A. Milne fait parti du paysage enfantin. Ce que nous sommes moins nombreux à savoir, est que l’ours en peluche de Christopher Robin fut baptisé Winnie en référence à une ourse noire à qui il rendait visite au zoo de Londres. Winnipeg fut acheté par le lieutenant Harry Colebourn alors qu’il était en route vers l’Europe avec son régiment de cavalerie canadienne. Ainsi nommée en référence à la ville natale du jeune homme, Winnipeg devient la mascotte du régiment et fait la traversée de l’Atlantique jusqu’en Angleterre. Avant de partir pour la France, Harry laisse Winnie au zoo de Londres où il l’espére plus en sécurité.

Joli parallèle avec l’oeuvre de Milne, Lindsay Mattick raconte l’histoire de Winnie à son fils Cole. Plus qu’une histoire pour enfant, il s’agit avant tout d’une histoire de famille puisqu’Harry Colebourn est l’arrière-grand-père de l’auteure. Accompagnée dans l’écriture par Josh Greenhut, elle s’inspire de faits réels basés sur les journaux de Harry ainsi que les récits de sa famille. Les inconnues étant nombreuses, les auteurs laissent libre cours à leur imagination et signent un récit touchant sur fond de Première Guerre Mondiale. Des forêts canadienne au zoo de Londres, le voyage de Winnie ne se fait pas sans encombre mais partout où elle passe, la petite oursonne se fait des amis et attire la sympathie des humains. Les auteurs utilisent son regard pour dépeindre les émotions des soldats de qui elle partage le quotidien mais également, plus tard, celles des londoniens qui subissent les raids aériens.

Winnie et la Grande Guerre n’est pourtant pas un récit de guerre, c’est avant tout une histoire d’amitié, une histoire plein d’humanité dans laquelle un jeune homme, s’appretant à vivre une expérience terrible, choisit de sauver un animal sauvage pour qui il se prend d’affection en un regard. Lu à deux voix avec Gabrielle (11 ans 1/2), le texte nous a touché, parfois presque bouleversé, mais nous a aussi fait rire. Nous avons apprécié les anecdotes sur les animaux de guerre, les interventions de Cole qui s’interroge sur la véracité de certaines situations, l’amitié entre Harry et Winnie et le personnage de Harry dont les actions laissent à penser combien c’était un homme bon. Enfin, nous avons été charmé par les illustrations de Sophie Blackall qui viennent ponctuer le récit ainsi que « les archives de la famille Colebourn » situées en fin de volume qui permettent d’en savoir plus sur la naissance de ce roman et d’observer des photographies de Harry, Winnie et de toutes les personnes qui ont un rôle à jouer dans cet ouvrage.

Vous connaissez Winnie l’Ourson? Sûrement. Mais vous saviez qu’il avait vraiment existé? Et qu’il avait une histoire extraordinaire? Il y a un siècle, dans les forêts du Canada, une petite oursonne est séparée de sa mère et capturée par un trappeur. Un jeune lieutenant vétérinaire, Harry Colebourn, se prend d’affection pour elle et décide de l’adopter. Il l’appellera Winnie et en fera la mascotte de son régiment. A l’approche de la Grande Guerre en Europe, Winnie accompagne les soldats canadiens qui traversent l’océan. A Londres, où elle sera confiée au zoo. A l’endroit même où un petit garçon de cinq ans, A. A. Milne, fera sa connaissance et racontera ses aventures connues des enfants du monde entier.

album·Documentaires /Livres jeux

De la Démocratie & De la Dictature (1977)

De la Démocratie & De la Dictature de Equipo Plantel, illustrés par Marta Pina (démocratie) et Mikel Casal (dictature), Rue de l’échiquier jeunesse, 2020.

Alors que depuis un an nous subissons de plus en plus de restrictions liberticides, les enfants sont à même de se poser des questions sur la façon dont fonctionne la politique. Vit-on encore dans une démocratie lorsque notre quotidien se voit privé d’activités devenues « non-essentielles » au regard d’une crise sanitaire qui pèse lourdement sur nos vies? Tant l’enfant que l’adulte a tôt fait de croire que nos gouvernements démocratiques tombent peu à peu dans la dictature. Expliquer les différences de ces deux régimes politiques s’avère alors intéressant pour mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Exercice difficile pour nous adultes que d’expliquer sans imposer notre point de vue. Ces deux albums d’Equipo Plantel se sont imposés à nous comme une porte ouverte sur de belles discussions.

Publiés en 1977 en Espagne, ces deux albums-miroirs font suite à près de quarante années de régime franquiste et viennent présenter un nouveau régime qui s’installe d’un côté en soulignant les spécificités nocives et pernicieuses de celui qui s’achève de l’autre. L’auteur propose de découvrir ces deux régimes politiques qui s’opposent à hauteur d’enfant. La démocratie est ainsi comparée à un jeu que les enfants pourraient tenir dans la cour de l’école. De son côté, la dictature est comparée à un exercice que les enfants n’apprécient pas vraiment, la dictée. Très visuelles, ces analogies vont permettre à l’enfant de bien comprendre les subtilités de ces régimes en créant du lien avec des choses qu’ils connaissent très bien.

Pour cette réédition, les illustrations ont été modernisées et confiées à des artistes contemporains. Mikel Casal est illustrateur de livres pour enfants mais fait aussi des illustrations et des caricatures pour la presse. Il apporte un côté humoristique qui allège la lecture De la dictature sans pour autant banaliser le texte d’Equipo Plantel qui met en avant le pouvoir absolu, l’esprit de grandeur, le culte de la personnalité et les difficultés de résister, de s’opposer à un tel tyran. Critique satyrique, il s’impose comme un album de grande qualité. De son côté, Marta Pina illustre par un talentueux travail de collages vintages De la démocratie. Chaque double-page fourmille de détails et de symboles qui attirent le regard et suscitent la curiosité. Elle sublime le texte qui met l’accent sur le vote, le choix du peuple. Enfin, les deux titres se terminent sur un petit questionnaire qui interroge l’enfant sur sa perception des concepts propres à chaque régime.

De la démocratie et De la dictature sont deux très beaux albums de vulgarisation politique à portée des enfants et des familles.

Je vous renvoie aux billets d’Isabelle: De la démocratie, De la dictature.

De la Démocratie: Qui a dit que la politique était un sujet réservé aux adultes ? Avec simplicité et pédagogie, cet album met à la portée des enfants des notions d’actualité : les partis politiques, la représentativité, le vote, les élections. Il explique également les idées maîtresses des différentes familles idéologiques, progressistes ou conservatrices.

De la Dictature: Cet album explique de manière claire et percutante, à l’aide d’illustrations drôles et vives, les mécanismes d’un régime dictatorial. En démocratie, c’est le peuple qui décide. Malheureusement, ce n’est pas le cas partout. Dans certains pays, une seule personne concentre tous les pouvoirs et prend les décisions contre la majorité. Le dictateur gouverne par la peur : ceux qui ne lui obéissent pas sont punis. Il n’y a pas de liberté : il est interdit de penser autre chose que ce que pense le dictateur. Il n’y a pas davantage d’égalité : le dictateur défend les intérêts de quelques-uns, au détriment des autres.