Le coin de Gaby·Le coin de Ju

Culture adolescente #11

Comme la semaine précédente, les filles ont eu un planning bien chargé entre répétitions d’examens, master class et autre activités plus scolaires…

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Que lisent-elles à 13 ans 1/2 ?

Pour Juliette il y a eu une lecture imposée par le professeur de français (poésie d’amour), la suite d’une bande dessinée découverte récemment, la lecture d’une suite de manga, prêté par une amie lors du quart d’heure lecture et, un nouveau roman, suite d’une série qu’elle aime beaucoup, pour remplacer L’écuyer du roi qu’elle est heureuse d’avoir fini. Il l’accompagnait depuis la rentrée de septembre sur le temps du quart d’heure lecture, elle en change enfin.

Gabrielle attendait la suite et fin de L’arabe du futur depuis sa sortie, elle l’a dévoré, de même que le septième tome du Vieil homme et son chat. Il y a eu ensuite une relecture avant d’attaquer sa suite, elle aussi très attendue.

Enfin, elles ont pris plaisir à découvrir la suite de Princesse Sara et ont fait une jolie découverte BD parmi les nouveautés arrivées à la médiathèque.

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Que regardent-elles à 13 ans 1/2 ?

Il y a eu un film d’animation chinois partagé avec leur papa pour leur rituel « dimanche animation ». Gabrielle prend plaisir à découvrir la filmographie de Benedict Cumberbatch, acteur qu’elle apprécie depuis qu’elle a vu Sherlock. Il y a encore des films que l’on trouve hors de sa portée, mais The Imitation Game répondait parfaitement à ses intérêts du moment pour la Seconde Guerre Mondiale et le scientifique Alan Turing. Les professeurs d’anglais et de français avait organisé une séance cinéma dans le cadre de « collège au cinéma » autour du film Rocks qui aborde le multiculturalisme et la solidarité. Elle a apprécié, même si elle ne lui a rien trouvé d’exceptionnel.

BD/manga

Miss Charity, tome 2. Le Théâtre de la vie (2023)

D’après : Marie-Aude Murail

Auteur : Loïc Clément

Illustratrice : Anne Montel

Editeur : Rue de Sèvres

Pages : 120

Alors que le premier volume s’attachait à nous présenter les personnages et nous entrainait dans les pas d’une Charity âgée de cinq à quinze ans, ce deuxième tome s’attarde sur une période plus courte (de quinze à dix-huit ans) mais aussi plus riche émotionnellement. Charity est désormais adolescente et elle est à cet âge où l’on attend d’elle qu’elle quitte la chambre d’enfant et ses animaux, pour se tourner vers les mondanités et se trouver un époux.

Période difficile pour Charity qui peine à retrouver l’élan nécessaire à l’étude ou aux arts. Isolée de ses amis d’antan, elle subit la présence de sa cousine Ann, frivole et immature, que sa mère encourage à voir le plus possible. Heureusement que son cousin Philip, aussi malade soit-il, lui apporte la joie de discussions intellectuelles qui lui font défaut depuis le départ de sa gouvernante. Mais s’il apporte un peu de légèreté, ce deuxième volume est aussi celui des chagrins et des déceptions qui soumettent Charity à des situations délicates auxquelles elle ne peut parfois faire face qu’en appelant à l’aide, et viennent définitivement clore le chapitre de l’enfance.

Le petit théâtre de la vie est l’occasion pour l’auteur d’aborder des sujets sensibles, comme celui des troubles mentaux ou de la maladie ; mais on y dénonce également les conditions de vie et de travail dans les pensionnats qui accueillent des jeunes filles, souvent orphelines, et les soumettent à des privations élémentaires qui aboutissent trop souvent à des drames irréversibles. Mais Miss Charity ne serait pas complet s’il n’y avait pas le lapin Peter, les voyages dans le nord de l’Angleterre et l’Ecosse avec ce qu’ils apportent de liberté et de nature à notre jeune héroïne.

L’adaptation de Loïc Clément est à nouveau parfaitement réussie, l’essence même du roman de Marie-Aude Murail est préservée et chaque émotion parfaitement transmise. Anne Montel sublime le récit par des illustrations à l’aquarelle qui retransmettent la poésie et la luminosité du texte.

Charity, à 15 ans, n’est plus une enfant. Tandis que sa mère ne songe qu’à la faire entrer dans le monde, la jeune fille, impatiente et curieuse, peine à trouver ses marques dans la vie. Loin de Blanche, plongée en pleine tragédie, et sans le bon précepteur Herr Schmal à ses côtés, ses passions d’antan ne parviennent plus à combler ses attentes. C’est auprès d’Ann, sa cousine frivole, que Charity va alors choisir de découvrir les joies de l’insouciance. Elle n’échappera cependant pas aux moments douloureux de l’existence que lui feront traverser son pauvre cousin Philip et sa bonne Tabitha. Son entrée dans l’âge adulte pourrait bien se faire sur les cendres de son enfance.

album

Les chaussures lentes et le curieux chemin (2022)

Auteure/Illustratrice : Charlotte Lemaire

Editeur : Biscoto

Pages : 48

Gisèle glisse dans sa poche un ticket « bon pour une glace » qu’elle gardait depuis des semaines. Elle doit retrouver son ami Alphonse-qui-fonce avec qui elle se doit se rendre chez le glacier. Ce n’est pas très loin, juste après le lac. Mais Gisèle aime prendre son temps et lorsqu’elle arrive, Alphonse est déjà loin. C’est qu’en chemin, elle a trouvé une jolie paire de chaussures rouges, des chaussures lentes qui font que plus elle court et plus elle est lente, c’est presque comme aller en marche-arrière mais pas tout à fait.

Charlotte Lemaire signe un magnifique album qui invite à prendre son temps pour observer le monde qui nous entoure, le passage du temps, le cycle de la vie et le rythme des saisons. C’est d’ailleurs ce dernier qui cadence la progression de Gisèle sur le chemin qui l’emmène chez le glacier. Un chemin au cours duquel elle fait de bien étranges rencontres qui accaparent tant son attention qu’elle en oublie de réfléchir au parfum qu’elle choisira.

Avec ses grands aplats de couleurs, ses formes enfantines et sa luminosité, Les chaussures lentes et le curieux chemin est un album qui fait l’apologie de la lenteur, en nous rappelant que prendre son temps c’est avoir la chance de faire de belles rencontres et d’observer ce que le monde a de plus beau. L’écriture poétique est par ailleurs une invitation au voyage dans l’imaginaire de l’enfance.

Un jeudi, il y a bien longtemps, un rocher est tombé du ciel. Un jeudi de printemps, bien plus tard, Gisèle glisse dans sa poche un ticket  » bon pour une glace « . Autour de ces deux évènements, que rien ne relie à priori, va se construire une folle aventure. Gisèle, après s’être mise en route pour le marchand de glace, fera la découverte d’une mystérieuse paire de baskets lentes. Des chaussures, qui, plus vous tentez de courir, vous ralentiront. La voilà embarquée dans une promenade qui va durer une année, le temps d’observer le monde avec calme et attention, à une échelle insoupçonnée, et de faire de drôles de rencontres.

masse critique·roman ado

Hop hop hop l’amour ! (2022)

Auteure : Julie Lerat-Gersant

Editeur : Scrineo

Pages : 208

Sortie le 09 février 2023

Ann, quinze ans tout rond, est en seconde. Elle a une petite sœur qu’elle adore, une mère actrice et un père sage-femme. Elle a grandi dans une famille unie et aimante. Aussi, lorsqu’elle tombe sur un sexto sur le portable de sa mère, son univers s’écroule : sa mère a un amant !

Julie Lerat-Gersant signe un premier roman sur l’adolescence et raconte les bouleversements émotionnels qui viennent submerger une jeune fille lorsqu’elle prend conscience que sa mère est simplement humaine. Mais, si l’adolescence est l’élément clef de l’histoire, c’est le lien mère-fille qui en est le moteur. En effet, l’auteure prend soin de décrire la relation d’Ann et sa mère avant le texto et surtout ensuite, avec l’évolution de ses sentiments sur une histoire qui la dépasse et la pousse dans ses retranchements les plus sombres. C’es probablement cet aspect de l’histoire qui m’a d’ailleurs le plus accroché.

Car Hop Hop Hop l’amour reste malgré tout un roman porté par des adolescents auxquels je n’ai pas réussi à m’identifier et dans lesquels je n’ai pas réussi à retrouver les adolescents de mon entourage. Les débordements émotionnels avec mise en danger m’ont gênée et je n’ai pas toujours réussi à comprendre le comportement d’Ann. Pourtant, Ann est une jeune fille très sincère, à laquelle on s’attache plutôt facilement et j’ai apprécié suivre son évolution et la voir remonter la pente après être descendue si près des portes de l’état dépressif.

Elle est entourée de personnages intéressants, pas toujours à l’image de ce qu’elle mérite, mais qui chacun apporte une personnalité propre et un regard sur le monde qui va avec. Chacun a une histoire et un vécu différent, et là où Ann vit avec ses deux parents, beaucoup sont confrontés à la séparation de leurs parents avec ce que cela engendre de positif et de négatif. Pas facile de se construire quand les modèles familiaux sont si divers qu’on ne sait pas à quoi se raccrocher. Encore une fois ceux sont les adultes qui m’ont le plus séduite ; membres du monde artistique, ils sont haut en couleur et apportent une belle énergie à l’ensemble.

Au final je me rends compte que j’ai un avis mitigé sur ce roman : j’ai été touché par la relation mère-fille et j’ai aimé l’écriture dynamique et drôle de l’auteure, qui a su décrire la beauté de l’équilibre familial et les difficultés émotionnelles du passage à l’âge adulte. Mais je ne suis clairement pas la cible idéale pour ce type de texte qui trouvera sans aucun doute à un écho plus favorable auprès des lycéens.

Je remercie Babelio et les éditions Scrineo pour l’envoie de ce titre dans le cadre de Masse Critique Privilège.

Je m’appelle Ann. Sans « e ». Jusqu’ici, mon prénom mis à part, tout était à peu près normal dans mon existence : une vie de lycéenne tranquille avec une petite sœur plutôt sympa et des parents attentionnés, actrice et sage-femme… Une famille unie, quoi ! Et pourtant, je viens de découvrir le plus terrible des secrets : ma mère trompe mon père avec son metteur en scène. Depuis ce virage à 360°, adieu l’insouciance : ma famille est en plein naufrage. Et le pire du pire ? Sa troupe de théâtre va venir répéter dans mon lycée après les vacances de Noël ! Entre un voyage à Londres, un baiser raté, le cinéma de Michael Curtiz et de plus en plus de mensonges, je tente de démasquer la face cachée de ma confidente depuis ma plus tendre enfance : ma mère. Allez, hop hop hop, je ne vais quand même pas la laisser me gâcher la vie !

album

La Cape magique (2022)

Auteure : Nadine Brun-Cosme

Illustratrice : Sibylle Delacroix

Editeur : l’école des loisirs

Collection : Kaléidoscope

Pages : 36

Le Loup quitte sa tanière à la recherche d’un repas de qualité pour se sustenter. Le vent souffle très fort dans la forêt, ralentissant sa progression. Lorsqu’il aperçoit le Petit Chaperon rouge, il croit avoir trouvé son déjeuner, mais l’enfant semble insaisissable. Le vent vient d’ailleurs à sa rescousse pour jouer de drôles de tours au Loup qui, voyant changer la forme de la personne cachée sous le capuchon, en vient à saliver de plaisir à l’idée de dévorer ce festin toujours plus appétissant. Cette cape est-elle donc magique ?

Les réécritures de contes ont cela de merveilleux qu’elles offrent un regard plus jeune, souvent plus drôle à leur support d’origine, et permettent de réhabiliter le loup en cassant cette image négatif qui lui fut donné. En reprenant les héros qui ont pour habitude de se confronter au Grand Méchant Loup, Nadine Brun-Cosme nous entraîne dans une balade en forêt cocasse au cours de laquelle le Loup devient la victime d’un vent violent créant des situations qui ne manqueront pas de faire rire les petits lecteurs. Au fil des rencontres, il perd son regard sanguinaire, devenant l’élément comique, et finit par se régaler d’un met auquel il n’avait pas pensé.

Les illustrations de Sibylle Delacroix s’inscrivent dans l’univers du conte en reprenant la forme des gravures d’époque, une grande illustration pleine page en noir et blanc. Elle ne s’autorise que la couleur rouge pour faire ressortir le capuchon qui vient guider le Loup, tel le phare guidant le bateau à bon port. Son trait généreux donne une véritable épaisseur à la forêt, la rendant très sombre par contraste avec les personnages aux rondeurs blanchâtres. Le résultat est saisissant de réalisme et de beauté !

La cape magique est une réécriture de conte drôle qui séduit par la répétition des événements qui repoussent toujours un peu plus le moment où le Loup se saisira de son repas. La chute finale est heureuse et permet de faire de ce soit disant grand méchant, un simple personnage de mauvais caractère lorsque la faim le tenaille… Ca ne vous rappelle personne ?

Pas convaincus ? La critique de Tachan est ICI.

Prenez un loup affamé, un Petit Chaperon rouge appétissant, deux moutons insouciants, trois cochons dodus, une tempête menaçante… et vous obtiendrez un conte décoiffant où tel est pris qui croyait prendre !

roman graphique

HOKA HEY ! (2022)

Auteur/Illustrateur : Neyef

Editeur : Rue de Sèvres

Collection : Label 619

Pages : 224

Sélection officielle 2023 et Sélection Fauve des lycéens – Festival d’Angoulême

Lorsqu’il croise le chemin de Little Knife, No Moon et de l’irlandais Sully, Georges ne connait rien à la culture Lakota. Parqué dans une réserve indienne, il a été élevé par le pasteur qui l’administre selon les préceptes de la Bible, avec l’espoir d’en faire un homme « presque aussi intelligent qu’un blanc ». Entre l’éliminer ou l’emmener avec eux, le groupe choisit de poursuivre la route avec lui, une route semée d’embuches et au bout de laquelle, Little Knife entend assouvir sa soif de vengeance en tuant l’assassin de sa mère. Le voyage permet à Georges de découvrir la culture de son peuple Lakota : la chasse, la spiritualité, le rapport à la nature et à toutes les créatures vivants en sein, et d’interroger ses origines.

Conquête de l’ouest, vengeance, voyage initiatique et quête d’identité sont les thèmes centraux de ce western qui nous entraîne dans un Far West digne des meilleurs films du genre. Porté par des personnages attachants, le récit alterne les scènes violentes et d’autres plus contemplatives. Ces dernières permettent de découvrir les personnages, leur histoire et de vraiment saisir la complexité d’appartenir à deux cultures différentes, à deux mondes qui s’opposent, surtout quand l’une est persuadée d’être dans son bon droit en faisant disparaître l’autre. Natifs américains et irlandais puisent leur force dans le désir de garder leur identité et de sauver ce qu’il leur reste d’humanité.

La mise en page suit la forme en cases traditionnelles des bandes dessinées mais Neyef joue avec la profondeur des plans pour inviter son lecteur à plonger au cœur même du récit et être toujours au plus près de ses héros. Par ce biais, il nous fait également voyager dans des paysages incroyables, encore sauvages pour la plupart, mais souvent déjà fracturés par le passage du chemin de fer. Le choix des couleurs vient appuyer les émotions et sensations en leur donnant plus ou moins de profondeur, et en dynamisant la lecture par un jeu d’ombre et lumière du plus bel effet. L’ensemble est un véritable petit bijou d’esthétisme.

Hoka Hey !, « En avant ! », est un cri de guerre, qui prend tout son sens dans ce récit palpitant au cours duquel, des âmes esseulées vont s’ouvrir les unes aux autres pour trouver qui elles sont et veulent être. Avec des thématiques très actuelles, ce roman graphique s’inscrit dans l’actualité en interrogeant notre rapport aux autres et à la nature. Par ces personnages attachants, il interroge nos actions et notre Histoire, car s’identifier à un personnage et vibrer avec lui, c’est aussi apprendre à se mettre à la place de l’autre. Pour Gabrielle et moi, c’est un énorme coup de cœur !

Dès 1850, les jeunes amérindiens étaient internés de force dans des pensionnats catholiques pour les assimiler à la nation américaine. En 1900, la population des natifs en Amérique du Nord avait diminué de 93%. La plupart étaient morts de nouvelles maladies importées par les colons, d’exterminations subventionnés par l’état, et lors des déportations.

Georges est un jeune Lakota élevé par le pasteur qui administre sa réserve. Acculturé, le jeune garçon oublie peu à peu ses racines et rêve d’un futur inspiré du modèle américain, en pleine expansion. Il va croiser la route de Little Knife, amérindien froid et violent à la recherche du meurtrier de sa mère. Au fil de leur voyage, l’homme et le garçon vont s’ouvrir l’un à l’autre et trouver ce qui leur est essentiel.

Le coin de Gaby·Le coin de Ju

Culture adolescente #10

Cette semaine a été très chargée pour les filles entre préparation d’épreuves communes et compétition pour l’une, préparation pour un concert et réflexion d’orientation pour l’autre… Juliette avait une compétition d’escrime sur Besançon le week-end dernier et pour une fois je n’y suis pas allée ; j’ai proposé à Gabrielle de partager des activités culturelles ensemble : nous avons assisté à une représentation d’Edmond, une pièce de théâtre d’Alexis Michalik qui revient avec humour sur la création de Cyrano de Bergerac. Une troupe amateur de notre ville jouait cette pièce dont l’ensemble des gains était reversé à une association caritative. Et nous sommes allées écouter un concert classique, toujours dans notre ville, un octuor à vents qui nous a régalées de Hummel, Beethoven et Mozart.

Comme il n’y a rien de télévisuel cette semaine, j’ai fait une présentation des lectures un peu différente, par individualité plutôt que par catégorie…

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Que lisent-elles à 13 ans 1/2 ?

Gabrielle n’a lu que deux ouvrages perso. Un roman de Laurent Gaudé se déroulant dans les tranchées de Verdun ; et un roman graphique qu’on m’avait recommandé de lui faire lire, adaptation d’un essai de Thomas Piketty, qui explique d’où viennent les inégalités et pourquoi elles perdurent. Contre toute attente, elle a apprécié cette lecture qu’elle a trouvé vraiment intéressante pour comprendre ce qui se passe autour d’elle.

Juliette a pris plaisir à relire le douzième tome du Journal d’un dégonflé (lecture doudou) ainsi que la suite des enquêtes de Philippine Lomar et du Roi Cerf. Elle a ensuite tenté deux nouveautés BDs, trouvées en médiathèque, et a pris bien du plaisir avec les deux.

Et parce qu’elles partagent un même goût pour les belles choses, elles ont lu en commun : un roman graphique, adaptation du roman de Flore Vesco, pour la beauté des mots ; et un album jeunesse, pour la beauté des illustrations.

roman graphique

Nellie Bly – Dans l’antre de la folie (2021)

Auteure : Virginie Ollagnier

Illustratrice : Carole Maurel

Editeur : Glénat

Pages : 162

Après la série de Roseline Pendule, Nellie & Phileas – Détectives Globe-Trotters, j’avais très envie d’en savoir plus sur Nellie Bly, cette femme incroyable qui a marqué son époque et ouvert la porte du journalisme d’investigation. Concernée par la condition des femmes et déterminée à changer les choses, elle n’aura de cesse de dénoncer le traitement qui leur est réservé, que ce soit sur leur lieu de travail ou dans de soi-disant instituts de santé.

New York, 1887. Une jeune femme paie pour le gite et le couvert dans ce qui semble être une pension de famille pour femmes. Rapidement elle montre des signes de confusion et d’instabilité. Au matin, la police a été appelé par la logeuse et l’emmène au tribunal. Jugée folle, elle passe facilement toutes les étapes qui conduisent à l’asile de l’île de Blackwell, géré par la municipalité. Cette jeune femme est Nellie Bly, une journaliste de terrain qui cherche à se faire embaucher par le New York World. Elle vient de s’infiltrer, sans aucune difficulté, dans l’antre de la folie, pour enquêter sur les conditions de détention des femmes qui y sont retenues.

Si vous avez lu Le Bal des Folles de Victoria Mas, ou vu son adaptation par Mélanie Laurent, vous avez une assez bonne idée de ce qui se passe entre les murs de Blackwell. Humiliation, violence physique et psychologique, mauvais traitement, hygiène déplorable, rien n’est épargné à ces femmes dont la seule faute est d’être pauvres. Saines d’esprit, elles sont placées dans cette institut par un membre de leur famille, généralement un homme, mais y viennent parfois d’elle-même, car elles sont un poids financier pour un père ou un fils, voir parfois un mari… Le froid, la faim et l’ennui les privent peu à peu de leur humanité ; cassées par les matonnes, médicamentées sans raison, la plupart finissent par trouver refuge dans la folie.

Nellie Bly aura passé dix jours dans cet institut, dix jours qui lui parurent une éternité. Convaincue du bien fondée de son action et, suite à la publication de son article, elle devient le visage et la voix de toutes ces femmes pour qui elle entend bien changer les choses. Unique témoin elle monte au tribunal pour révéler les rouages qui conduisent à Blackwell et les conditions inhumaines que l’on réserve aux pensionnaires sur place. Pionnière du journalisme d’investigation, elle n’aura de cesse de s’infiltrer dans des milieux divers pour défendre les droits des femmes.

Sublime roman graphique qui nous entraîne dans une époque difficile pour les femmes qui ne sont encore que très peu considérées. On y découvre une jeune femme élevée dans l’amour d’un père qui pensait que les femmes devaient aussi recevoir une instruction. Sa mort prématurée va mettre en avant l’injustice d’une société faite par et pour les hommes. Le travail de recherches de l’auteure est retranscrit avec justesse et on prend plaisir à suivre Nellie dans son enquête entre-coupée de flashback qui nous racontent son enfance et ses premières expériences journalistiques. Le dossier de fin d’ouvrages complète l’ensemble pour nous en dire plus.

Le travail graphique n’est pas en reste avec ses teintes sépia qui nous plongent dans l’époque. La folie est par ailleurs superbement représentée par des apparitions fantomatiques et des formes tentaculaires qui disent toute la tension et l’emprise psychologique qui règnent en ce terrible lieu. Par ailleurs, le travail sur les expressions rendu très réaliste, permet de s’attacher à ces femmes de tous âges en suscitant empathie et compassion. L’ensemble est un roman graphique percutant à découvrir ne serait-ce que pour en savoir plus sur cette femme qui a marqué son époque.

POUR MENER SON ENQUETE, ELLE SE FAIT PASSER POUR FOLLE. Nellie Bly serait complètement folle. Sans cesse, elle répète vouloir retrouver ses « troncs ». Personne n’arrive à saisir le sens de ses propos, car en réalité, tout cela n’est que mystification : Nellie cherche à se faire interner dans l’asile psychiatrique de Blackweel, à New York, dans le but d’y enquêter sur les conditions de vie de ses résidentes. Y parvenant avec une facilité déconcertante, elle découvre un univers glacial, sadique et misogyne, où ne pas parfaitement remplir le rôle assigné aux femmes leur suffit à être désignée comme aliénée. L’HISTOIRE VRAIE DE LA PIONNIERE DU JOURNALISME D’INVESTIGATION ET DU REPORTAGE CLANDESTIN.

album·poésie

Madame Automne et cætera (2018)

Auteure : Palina

Illustratrice : Baptistine Mésange

Editions : du Jasmin

Collection : Points de Suspension

Pages : 50

Recueil de quatre poèmes, les textes s’étalent sur le papier telles les saisons sur une année. Madame Automne ouvre le bal dans sa robe lisière avant de céder la place aux saisons suivantes qui se succèdent dans une ronde autour du monde, formant un tout, formant un cycle de vie, une boucle temporelle.

Palina propose de découvrir la poésie autour du sujet vaste mais intemporel des saisons, chacune se parant des couleurs, sensations et événements qui en font le charme et en rythment le temps qui passe. Avec une infinie douceur, les mots habillent madame Automne, monsieur Hiver, mademoiselle Printemps et monsieur Eté, leur donnant consistance et vitalité.

Mais la poésie et la douceur se retrouvent aussi dans le trait de Baptistine Mésange. L’artiste varoise habille les textes de la poétesse de formes rondes et de couleurs pastelles qui viennent parer les saisons d’aquarelles plus ou moins diluées, laissant apparaître le blanc du papier, appuyant la luminosité et la poésie du trait.

J’avais besoin de douceur et de tendresse, Madame Automne et cætera a comblé toutes mes attentes, et donné envie de lire un peu plus de poésie. C’est un énorme coup de cœur que je partage avec ma fille, Gabrielle.

Quatre poèmes. Un par saison, et l’on commence par l’automne, ce qui suivra le calendrier des écoliers. Des couleurs, des sensations, des images fortes et du ressenti pour suivre cette ronde du temps, ballet farandole qui n’en finit pas de tourner…

roman jeunesse·Service Presse

Nellie & Phileas – Détectives Globe-Trotters, tome 3. Kidnapping à Bombay (2023)

Auteure : Roseline Pendule

Illustratrice : Constance Bouckaert

Editeur : Gulf Stream

Collection : 9-12

Pages : 208

Nellie et Phileas poursuivent leur tour du monde, accompagnés de l’incomparable Passepartout. Arrivés en Asie, ils doivent faire face au manque d’argent et avoir recours à leur ingéniosité pour trouver où dormir et de quoi manger. Si Nellie s’accommode aisément de ce mode de vie, c’est bien plus compliqué pour son ami britannique, habitué à plus d’opulence. Alors qu’ils se font embaucher pour participer au carnaval de Bombay, ils assistent impuissants à l’enlèvement d’une jeune fille. Ouda est la fille du plus riche marchand de la ville et les deux compagnons entendent bien la sauver.

Troisième et dernière aventure de la série, Kidnapping à Bombay nous entraîne à travers l’Asie, de l’île Ceylan au Japon en passant par L’inde et la Chine. La plume, moderne et immersive, de Roseline Pendule joue sur la succession des rencontres et des étapes de l’enquête pour dynamiser le récit qui entraîne le lecteur dans une course effrénée pour libérer Ouda. Le suspens est par ailleurs maintenu jusqu’à la toute fin concernant l’avenir incertain de Nellie dans le monde journalistique.

Au fil des pages, l’auteure distille ça et là des informations historiques qui viennent enrichir le texte et rendent l’histoire pertinente. Comme dans Vol à l’Exposition Universelle, on découvre l’emprunte que l’Europe, et notamment l’Empire britannique, a déposé sur cet autre continent par la colonisation. On y voit aussi une forme d’hostilité entre les indiens et les anglais et des différences de traitements. Cela crée d’ailleurs une certaine tension entre Nellie et Phileas qui ont une façon différente de voir les choses de par leurs pays de naissance mais surtout de par leur statut social très différent.

Pourtant, chacun des deux enfants évolue au fil des volumes de la série, Phileas y gagne en empathie et Nellie en maturité. Son regard journalistique s’aiguise et l’on voit apparaître les prémices de l’engagement qui déterminera son chemin. L’humour est toujours omniprésent grâce aux frasques de Passepartout et on prend plaisir à voir les tours qu’ils jouent à Fix. Récit initiatique, roman d’aventures, série d’enquêtes, Nellie & Phileas est une trilogie divertissante et culturellement riche à découvrir dès 9 ans.

Je remercie les éditions GulfStream pour l’envoi de ce titre en Service Presse et pour leur confiance renouvelée. Je remercie également Roseline Pendule pour ce tour du monde plein de surprises.

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Poursuivant leur périple, Nellie et Phileas, accompagnés du fidèle Passepartout et d’un étonnant compagnon, un macaque roux, sont arrivés en Asie. Mais voilà qu’un jeune danseuse indienne est enlevée au beau milieu du carnaval de Bombay ! La demoiselle n’est autre que la fille du puissant marchand de pierres précieuses de la ville… Heureusement, les jeunes détectives sont sur la piste ! Nellie est ravie : c’est l’occasion rêvée de briller en tant que reporter. Encore faut-il qu’ils sortent vivants de cette enquête qui va les entraîner bien loin de l’Inde… Entre le comportement suspect du marchand et les étranges messages laissés par les kidnappeurs, cette nouvelle aventure n’est pas de tout repos !