Partenariat·roman ado

D’après Tristan & Isolde (2022)

Auteure : Christine Féret-Fleury

Editeur : Gulf Stream

Collection : Prélude

Pages : 128

Histoire d’amour contrariée, D’après Tristan & Isolde transpose cette romance universelle au début du vingtième siècle. Alors qu’elle vient de perdre son frère dans la guerre d’indépendance irlandaise, Isolde soigne un jeune soldat anglais, sauvant ainsi la vie de celui qui lui a pris son ainé. Promise à un anglais, elle quitte bientôt sa famille à qui le mariage assure sécurité et stabilité et, est accueillie par le cousin de son promis, Tristan, qui n’est autre que le soldat anglais. Bientôt les deux jeunes gens s’avouent leurs sentiments, tentant de les faire vivre dans l’ombre d’un mari, d’un oncle trahi.

La force de cette tragique histoire d’amour tient à la profondeur des sentiments qu’éprouvent les deux amoureux. Avoir fait le choix de placer le récit à une époque plus contemporaine accroit l’intemporalité de l’interdit et permet de mettre en avant le fait que les mariages forcés existaient encore il y a peu en Europe et existent encore dans certains pays. Mais c’est aussi un questionnement sur les droits des femmes qui se met en place au travers d’Isolde et de sa cousine Brangaine. Chacune est soumise à des choix qui va bien au-delà de leur liberté.

Christine Féret-Fleury s’approprie l’univers romantique et tragique de l’œuvre de Wagner, elle-même inspirée d’un poème médiéval. L’amour et surtout le tragique de cette romance, qui s’achève douloureusement, m’ont vraiment touchée. J’ai cependant regretté ne pas retrouver la poésie et le lyrisme qu’avait si bien su transmettre Fabien Clavel dans sa réécriture de La Traviata.

D’après Tristan & Isolde est une jolie réécriture qui touchera les adolescents et leur fera (re)découvrir un classique littéraire en les sensibilisants à l’œuvre lyrique. Il sera par ailleurs aisé d’écouter la pièce en fond de lecture, l’auteure précisant en entrée de chaque chapitre à quelle partie de l’opéra se référait. L’universalité du thème et le questionnement féministe sont par ailleurs des éléments essentiels qui encre ce roman dans notre époque.

Je remercie chaleureusement les éditions Gulf Stream pour l’envoi de ce titre et pour leur confiance renouvelée.

***

Alors qu’elle pleure la perte de son frère, fauché par la guerre opposant l’Irlande à l’Angleterre, Isolde se prend de pitié pour Tristan, un soldat britannique agonisant.
Elle le sauve d’une mort certaine… avant de découvrir qu’il n’est autre que le meurtrier de son frère.
Perturbée par des sentiments naissants et rongée par le remords, elle accepte un mariage arrangé avec un noble anglais pour sauver sa famille de la misère. Isolde rejoint sa nouvelle demeure et est accueillie par le neveu de son époux… Tristan !
Tiraillée entre devoir et passion, la jeune fille doit faire un choix.

(auto)biographie·roman ado·roman jeunesse

Moi, Boy (1984/2017)

Boy, Tales of childhood

Auteur : Roald Dahl

Illustrateur : Quentin Blake

Traductrice : Janine Hérisson

Editeur : Folio

Collection : Junior

Pages : 224

Ce n’est pas vraiment une autobiographie que signe Roald Dahl, mais plutôt une compilation de souvenirs d’enfance, s’appuyant sur sa mémoire, des photographies et surtout une correspondance de plus de quatre cents lettres qu’il a écrite à sa mère et qu’elle a conservé précieusement. Une correspondance régulière mise en place dès l’âge de neuf ans lorsqu’il entre à l’internat ; imposée par le chef d’établissement, c’est une habitude qu’il conservera dès qu’il sera loin de la maison familiale.

A la lecture de Moi, Boy, on constate que, malgré les difficultés, le futur auteur a vécu une enfance heureuse et confortable. Orphelin de père à l’âge précoce de trois ans, il grandit au Pays de Galles auprès de sa mère et des frère et sœurs, et passe ses étés en Norvège où la famille rend visite aux grand-parents maternelles. Ces vacances aux allures de robinsonnades semblent faire parties des meilleurs souvenirs de Dahl qui nous raconte les balades en bateau, la visite des îles, la pêche et la consommation du poisson avec beaucoup de précisions et d’émotions.

Ces souvenirs nous permettent de découvrir l’auteur et de penser à l’inspiration qu’ils ont pu être pour ses romans. Mais ils nous permettent aussi de découvrir une époque révolue à laquelle on enlevait les végétations sans anesthésie et enlevait l’appendice sur la table du salon, une époque où les jeunes enfants pouvaient se rendre seul à l’école sur leur tricycle sans risquer d’être percutés par une voiture, mais aussi une époque où les petits garçons recevaient des coups de canne à l’école et subissaient toutes sortes de privations, d’humiliations ou de punitions atroces quand ils logeaient à l’internat.

Oui, Roald Dahl nous raconte son enfance avec les bons souvenirs et les moins bons, mais il en parle sans amertume, plus comme d’expériences qui lui ont forgé le caractère et, en grandissant, lui ont permis de nourrir une réflexion sur l’église, la religion et ses préceptes. Loin de cautionner ces méthodes, elles font parties de lui et, en tant que lecteur, on ressent combien les adultes de son enfance lui ont inspiré ceux de ses romans, comment la cruauté et la violence lui ont donné envie de dénoncer ces comportements en se moquant ouvertement de ce type de personnes ou d’institutions dans ses écrits.

Moi, Boy, une autobiographie originale pour découvrir un auteur et revenir aux origines de ses récits. Le tout, illustré par Quentin Blake, de photos de familles et d’extrait de lettres.

L’avis de Lucie.

Toutes sortes de choses extraordinaires sont arrivées à Roald Dahl quand il était petit. Il y a eu la fois où, avec quatre camarades de classe, il s’est vengée de l’abominable Mrs Pratchett dans sa boutique de confiseries. Il y a eu les histoires de vacances en bateau, les aventures africaines et les jours de test des nouvelles inventions de la chocolaterie Cadbury. Vous découvrirez aussi d’affreux écoliers cruels et tyranniques, et l’accident de voiture où le nez de Roald a failli être coupé net… Voyage au cœur des souvenirs de Roald Dahl douloureux ou drôles, mais tous vrais !

Prix littéraire·roman ado

Les errantes (2022)

Auteure : Jo Witek

Editeur : Actes Sud

Pages : 320

Sélection officielle du Prix Vendredi 2022.

Suzanne s’installe temporairement au sixième étage d’une résidence haussmannienne, désertée de ses résidents en vu de travaux imminents. Si l’étage semble assez tranquille, Suzanne découvre qu’elle n’en est pas la seule résidente. Saskia, artiste estonienne, habite l’une des chambres durant son année d’étude à Paris. Encore plus discrète, la fille des propriétaires, Anne-Lise, est installée dans une troisième chambre, fuyant sa famille et refusant le confort et les avantages d’un milieu aisé qui, sous des apparences trompeuses, cache des actes dénués de piété, des actes odieux, voir criminels. Ces trois jeunes filles n’ont visiblement rien en commun, mais sont pourtant bientôt réunies par une même expérience surnaturelle qui les confronte à des apparitions fantomatiques venues les hanter et les poursuivre jusque dans l’intimité de leurs rêves.

J’ai découvert Jo Witek récemment dans des romans drôles et frais, écrits pour un public relativement jeune (Une photo de vacances, Y’a pas de héros dans ma famille). Je la redécouvre dans Les errantes, un récit fantastique qui pioche dans le genre horrifique pour nous faire frissonner et le genre historique pour nous faire découvrir des femmes oubliées. La première partie se concentre sur la présentation des jeunes filles et de leur première expérience avec le surnaturelle. Cela a été pour moi une épreuve glaçante qui m’a fait frissonner comme je ne l’avais plus ressentie depuis longtemps (notamment parce que j’évite tout ce qui fait un tant soit peu peur – oui je suis une trouillarde). Si Anne-Lise entend des voix, Saskia voit littéralement cette femme d’un autre temps partout où elle va. Mais l’expérience de Suzanne est certainement la plus effrayante ; entre rêves et possessions, la streameuse vit l’expérience traumatisante qu’a autrefois vécu l’esprit qui la hante comme si elle la vivait elle-même, portant à son retour, des stigmates physiques de ses « voyages dans l’au-delà ».

La seconde partie s’ancre d’avantage dans le réel, les jeunes filles décidant d’affronter leurs peurs pour retrouver leur vie en partant à la rencontre de ces errantes qui les habitent. Et c’est clairement cette deuxième moitié du roman qui m’a le plus captivé. L’auteure fait se côtoyer le fantastique et l’historique dans un récit profondément féministe qui place l’entraide comme élément moteur d’une démarche qui vise à sauver trois personnes de peurs profondément ancrées dans un questionnement plus vaste sur la place des femmes dans un monde créé par et pour les hommes. Suzanne, Saskia et Anne-Lise font preuve d’un magnifique esprit de sororité pour s’entraider, mais aussi pour apaiser les âmes tourmentées de ces femmes d’un autre temps, entravées par des croyances ou des normes sociales imposées par les hommes qui enfermaient les femmes dans un carcan étriqué.

Les errantes est donc un récit féministe qui emprunte les codes d’un genre littéraire plus largement porté par des hommes pour interroger l’héritage reçu des femmes qui nous ont précédé et sur le rôle que l’on a à jouer pour leur redonner la place qu’elles méritent. Magnifiquement portée par trois jeunes femmes fortes et déterminées, l’histoire met en avant des femmes ayant réellement existées ou inspirées de femmes ayant existées, des femmes restées longtemps oubliées auxquelles Jo Witek rend un hommage vibrant d’émotions.

***

Suzanne, une streameuse survoltée, Saskia, une artiste en proie au découragement, et Anne-Lise, une jeune fille pétrie de spiritualité et en décalage avec son époque, cohabitent au dernier étage d’un immeuble bourgeois. Des apparitions fantomatiques et surnaturelles sèment la peur dans l’appartement.

Prix littéraire·roman ado

Rien nous appartient (2022)

Auteur : Guillaume Guéraud

Editeur : Pocket jeunesse

Pages : 160

Sélection officielle du Prix Vendredi 2022

On ne sait pas vraiment quand cela a commencé. Peut-être quand sa mère les a quitté son père et lui, peut-être pour tromper l’ennui des journées d’été solitaires dans la cité… Ce qui est certain c’est que Malik ne s’est pas radicalisé en Syrie, ni même en prison puisqu’il n’est pas même musulman. C’est un point sur lequel il insiste, car il ne faudrait pas croire qu’il compte faire exploser la bombe qu’il a fabriqué pour une idéologie religieuse en laquelle il ne croit pas.

Rien nous appartient est le récit que nous fait Malik de son existence chaotique dans un monde qui ne lui ressemble pas, un monde inégalitaire dans lequel il ne trouve pas sa place. Intelligent, il est bon élève et a la chance de pouvoir envisager des études, contrairement à ses amis. Mais a-t-il vraiment envie d’étudier ? Epris de liberté et de grands espaces, il rêve de nature et de chien, à l’image des héros de Jack London et de son roman préféré L’appel de la forêt. Quand enfin il pense avoir trouvé son chemin, le monde se met en pause ; comme un fait exprès, la pandémie du coronavirus vient l’enfermer et restreindre ses libertés, un peu plus, achevant ses rêves et ses espoirs d’un monde plus juste.

Guillaume Guéraud signe un titre percutant écrit dans un langage de la cité assez cru qui donne vie à un personnage déterminé mais surtout blessé par la vie. Son héros bouillonne d’une colère emprunte de révolte sociale forte et d’un désir puissant de gommer les inégalités qui sévissent dans nos sociétés modernes. Parfois décousu, le discours de Malik nous raconte sa famille, ses amis, son amour, ses larcins avec la sincérité d’un être au bord du gouffre qui sait qu’il va commettre un acte irréversible.

Rien nous appartient est une critique de notre société qui laisse de trop nombreuses personnes sur la touche. Pourtant, l’auteur met en place des personnes prêtes à tout pour aider les jeunes à se réintégrer. Cela soulève la question de l’accompagnement et de la prise en charge des personnes en situation d’échec ou de fracture sociale. Prenant la forme d’un testament, le texte se veut être l’histoire d’un adolescent ordinaire que ses origines stigmatisent et pourraient enfermer dans un rôle qui n’est pas le sien. Victime de la société et de ses règles, Malik est aussi victime de ses propres choix car, même s’il est désintéressé et ne veut que changer le monde en faisant bouger les choses, il ne le fait pas toujours de la meilleur façon. Un roman coup de poing à découvrir.

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Malik, jeune délinquant de Saint-Denis, cambriole un grand appartement parisien lorsqu’il se retrouve nez à nez avec un homme violent qui le menace d’un fusil avant de l’attacher et de le torturer. L’instinct de survie de l’adolescent prend le dessus et, à 16 ans, il est incarcéré à la prison pour mineurs de Marseille. Son sentiment d’injustice et de révolte ne fait que grandir.

roman ado

Les Flamboyants – Nous, on a tué personne ! (2022)

Auteur : Hubert Ben Kemoun

Editeur : Sarbacane

Pages: 144

Ce matin aux Flamboyants, il y a une agitation inhabituelle. Il faut dire que David, l’éducateur de nuit, a été retrouvé mort sur la terrasse de l’établissement. Le Capitaine Delaunay est là pour enquêter et comprendre ce qui a pu se passer la nuit dernière. Et pour se faire, il doit interroger les cinq garçons du dortoir dont David avait la charge, une responsabilité d’autant plus délicate que l’histoire prend place dans un Institut pour enfants déficients intellectuels.

Samuel déploie sa verve pour nous raconter l’institut, les pensionnaires, le personnel avec une perspicacité et un humour qui démontrent que les adultes ont bien tôt fait de les prendre pour des « attardés ». Lui et ses quatre camarades, Claudius, Kenny, Martial et César, nous offrent une belle leçon d’humilité en livrant le récit de la soirée, ponctué d’éléments de leurs histoires familiales au travers de savoureux dialogues.

Hubert Ben Kemoun, que je découvre avec ce titre, réussit un véritable tour de force en nous faisant sourire dans un récit qui aborde la maltraitance infantile. Car si au premier abord le récit prend la forme d’une enquête, on comprend rapidement que l’intérêt de l’interrogatoire a pour but réel de faire parler les enfants, de lever le voile sur les secrets qu’ils gardent au fond d’eux et qui révèlent du manque affectif, de la maltraitance, et même de défaillances dans l’aide sociale et judiciaire.

Les Flamboyants est un roman à l’écriture légère et infantile qui se lit d’une traite. On ne peut que s’attacher à ces enfants cabossés par la vie qui posent sur le monde en regard lumineux, se révélant à nos yeux êtres réellement flamboyants.

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Que fait cet homme échoué sur la terrasse du centre de soins « Les Flamboyants », ce matin ? C’est très simple, il est mort ! Oui, mais que savent ces cinq garçons qui ont vu le corps en premier ? Eux si abîmés et tellement lumineux, si particuliers… Il y a Claudius qui joue aux billes avec son œil de verre, Kenny dont le passé pèse des tonnes, Martial qui a décidé d’arrêter le temps, César qui a sans cesse besoin de vérifier qu’on l’aime et Samuel qui reste toujours sur ses gardes. Cette mort mérite une enquête, et ces cinq lascars en savent plus qu’ils ne le disent…

Partenariat·roman ado

D’après La Traviata (2022)

Auteur : Fabien Clavel

Editeur : Gulf Stream

Collection : Prélude

Pages : 160

Sortie ce jour, jeudi 25 août 2022.

Je tiens avant tout à remercier les éditions Gulf Stream pour l’envoi de ce titre dans le cadre d’un partenariat, et pour leur confiance renouvelée. Ce jeudi 25 août deux titres viennent ouvrir Prélude, une nouvelle collection consacrée aux grands opéras. L’objectif est de faire (re)découvrir des classiques du genre à travers les codes de la littérature adolescente.

Pari risqué que de s’attaquer à une œuvre aussi connue, mais pari tenu par Fabien Clavel qui signe une adaptation de qualité en faisant le choix de laisser la parole à Violetta, héroïne tragique au destin dramatique. Le texte prend la forme d’une longue lettre que la jeune fille écrit à l’homme qu’elle aime sincèrement, Alfredo, et dans laquelle elle se livre et se libère entièrement de ses origines, de ses peines, de ses blessures et de toutes les émotions qui l’animent.

Née Waïla, la jeune fille a grandi dans l’indifférence d’une mère et l’absence d’un père accaparé par le labeur avant d’être emporté prématurément par la maladie. De l’Algérie à Paris, en passant par Marseille, Violetta n’a de cesse de chercher à combler le manque d’affection qui lui a toujours fait défaut. Consciente de sa beauté et du pouvoir qu’elle exerce sur les hommes, l’adolescente adopte rapidement des comportements destructeurs qui ne la précipitent qu’un peu plus vers sa perte. Le bonheur avec Alfredo ne sera que de courte durée…

Le texte s’inscrit dans notre époque tout en résonnant avec celle de Verdi. L’histoire raconte le pouvoir dominateur des hommes, la déshumanisation des femmes et les difficultés à sortir de la pauvreté. Dans la préface, Fabien Clavel explique combien les thèmes de La Traviata font écho aux mouvements féministes actuels avec notamment le mouvement #MeToo ou l’affaire Zahia impliquant la prostitution de mineures. Il utilise cette actualité pour servir son histoire dans laquelle le lecteur est spectateur d’une descente aux enfers terrifiante et bouleversante.

La plume moderne est emprunte d’émotions tangibles qui m’ont laissé à fleur de peau tout au long de la lecture. La poésie en prose s’étale sur le papier sans se soucier de l’alignement, donnant vie au texte comme le ferait la musique. La distance entre les mots ou groupes de mots vient renforcer le lyrisme en rythmant la parole de Violetta par un mouvement qui semble ralentir sous l’effet de l’émotion ou de son état de fatigue physique. L’effet est saisissant d’émotions.

La présentation de l’œuvre et de son contexte historique ainsi que la biographie du compositeur viennent compléter la lecture et enrichir les connaissances. Pour prolonger la lecture, les éditions GulfStream mettent en ligne un dossier pédagogique et un lien vers l’opéra original. Ces éléments renforcent l’intérêt culturel de la collection.

D’après La Traviata est un roman à mettre entre toutes les mains, dès 13 ans – Gabrielle le dévore au moment où j’écris ces mots. Pour ma part, je ne compte pas m’arrêter à ce titre, cette collection est pleine de promesses que j’ai hâte de découvrir.

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Autres titres

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Tu t’appelais Waïla. Mais on t’appelle Violetta en souvenir des VIOLETTES qui tapissent le désert de ton Algérie natale après la pluie… Aujourd’hui tu vis à Paris. Et moi, Alfredo, je t’aime depuis notre première rencontre. D’un amour NOBLE, que personne ne pourra jamais t’apporter, et surtout pas ce sinistre Baron qui profite de toi. Mais l’amour a ses MYSTERES : un jour tu dis qu’être avec moi est un DELICE ; le lendemain tu me fuis et me mets au SUPPLICE. Que me caches-tu, Violetta ? Quel secret inavouable t’empêche d’être heureuse à mes côtés ?

roman ado

Agence Lovecraft, tome 2. Déesse de la mort (2022)

Auteur : Jean-Luc Marcastel

Illustrations : VADERETRO

Editeur : Gulf Stream

Pages : 272

Après un premier volet captivant, j’avais hâte de repartir à l’aventure avec les quatre ados aux pouvoirs mystérieux et l’équipage du Nautilus. D’entrée de jeu, nous nous retrouvons aux côtés de Sergueï dans un lieu et temps inconnu, évoluant au sein d’une communauté de créatures surprenantes. Dès lors, Jean-Luc Marcastel n’aura de cesse de nous tenir en haleine et d’attiser notre curiosité en plaçant ses héros dans des situations aussi palpitantes que dangereuses.

Comme dans le premier tome de leurs aventures, les jeunes héros sont confrontés à des créatures tout droit sorties de l’univers de Lovecraft ; des créatures au descriptif précis mais qui mettent notre imagination en difficulté tant elles ne ressemblent à rien de ce qui existe. Les dangers sont multiples, les mystères toujours aussi épais et le rythme, s’il souffre de quelques longueurs, maintient une dynamique fascinante.

Il est vraiment intéressant de suivre Sergueï qui, comme Ryan dans le premier volume, tient ici le rôle central. Le jeune russe est un personnage intelligent dont les pouvoirs semblent lui conférer la capacité de déplacer sa conscience dans celle de créatures lovecraftiennes. Il est plus mature et posé que Ryan, ce qui n’est pas pour me déplaire. J’ai par contre trouvé la romance de trop dans ce contexte narratif. Je sais que cela touche le public cible mais j’ai trouvé que cela n’apportait rien à l’histoire et ralentissait même l’intrigue.

L’univers créé par Jean-Luc Marcastel reste intéressant. Ses personnages sont toujours aussi bien travaillés et l’arrivée d’un nouvel antagoniste vient ajouter de nouvelles références qu’il est toujours amusant de retrouver. Après Lovecraft et Jules Verne, l’auteur puise dans l’œuvre de Conan Doyle pour étoffer son récit d’un grand méchant. J’ai hâte de lire la suite.

Un grand merci aux éditions Gulf Stream pour ce partenariat.

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Après avoir échappé à l’effroyable Dagon, Ryan, Marie et Sergueï n’ont guère le temps de se reposer. Le docteur Sauvage leur apprend l’existence d’un mystérieux calendrier astral qui permet de savoir où et quand arrivera Cthulhu, et ainsi empêcher le monstre de s’incarner dans notre réalité. Hélas, ils ne sont pas les seuls à convoiter cet artefact. S’engage alors une course contre la montre entre l’Agence Lovecraft et d’inconcevables entités cosmiques. L’enjeu ? Ni plus ni moins que la survie de l’humanité…

masse critique·roman ado

Amande (2017/2022)

아몬드 

Auteure : Won Pyung Sohn

Traductrices : Sandy Joosun Lee (coréen) & Juliette Lê (anglais)

Editeur : PKJ

Pages : 336

Yunjae est un adolescent qui aborde le monde d’un regard inexpressif et cartésien. Il ne comprend pas les codes sociaux et ne sait jamais quelle réponse est attendue quand il se confronte à une situation du quotidien. Sa mère a toujours veillé à lui donner des conseils, qu’il apprenait par cœur dans son enfance, pour l’aider à être le plus « normal » possible. Mais pour Yunjae, la normalité n’a pas de définition, il a juste compris très tôt qu’il n’entrait pas dans la même case que les autres. Yunjae souffre d’alexithymie, un grand mot pour dire qu’il ne ressent aucune émotion. La cause est due à son amygdale cérébrale qui ne s’est pas développée.

Gon a passé treize ans dans la rue. Il avait littéralement disparu et personne n’arrivait à le retrouver. A son retour, il va vivre auprès de son père. Mais après les violences de la rue et le manque affectif créé par les multiples rejets (familles d’accueil, foyer…), il n’est pas prêt à laisser quiconque franchir l’armure qu’il s’est forgé. Froid, brutal, il emploie un langage cru et fait preuve d’une grande agressivité. Provocateur, il expulse sa colère en étant violent verbalement et physiquement avec les autres. Il envie à Yunjae son manque d’émotions, il aimerait lui aussi être sans peur. Mais comprend-il vraiment les implications et les dangers auxquels se confrontent son camarade ?

On comprend vite que leur rencontre sera aussi explosive que leur amitié est improbable, mais que chacun va y trouver ce qu’il cherche, ce dont il a besoin pour grandir. Car trouver le chemin qui mène à l’âge adulte n’est jamais de tout repos et, dans le cas de ces deux jeunes, le parcours est semé d’embuches et de dangers. L’amitié ne sera pas de trop pour les affronter et se relever plus fort et plus riche.

Won Pyung Sohn est une cinéaste sud-coréenne qui signe avec Amande, l’écriture d’un premier roman qui lui a valu le Prix Changbi for Young Adult Fiction. Acclamé par la critique, le texte aborde le passage à l’âge adulte par l’exploration du sens de l’existence et l’utilisation de personnages singuliers qui s’opposent et se complètent. Alors que Yunjae ne ressent aucune émotions, Gon lui est submergé par les siennes. Chacun est curieux de comprendre comment l’autre fonctionne, cherchant à combler un manque ou un trop plein émotionnel. Il est d’ailleurs intéressant de voir que celui qui est considéré comme « anormal » comprend avec plus de justesse ce qui se cache derrière la violence de son camarade.

L’histoire étant racontée par Yunjae, l’écriture est concise. L’absence d’émotions est flagrante et surprend dès les premières lignes. Impossible de se mettre à la place de ce personnage qui ne réagit à aucun stimuli là où nous serions effrayés ou bouleversés. Pourtant, on s’attache malgré tout à ce jeune homme qui tente de vivre sa vie le plus simplement possible. L’arrivée de Gon change la donne, le vocabulaire s’enrichit d’un florilège d’insultes qui révèle le tourbillon émotionnel qu’il affronte. A la lecture, on ressent toute la détresse de ce jeune en souffrance qui tente désespérément de comprendre où est sa place et pourquoi il a eu une existence si terrible.

La lecture, en fin d’ouvrage, des Notes de la traductrice du coréen vers l’anglais, montre toute la difficulté à traduire ce texte sans dénaturer le message de l’auteure. De la même manière que cette dernière a eu du mal à écrire de façon si froide, Sandy Joosun Lee n’a pas eu la tâche facile pour trouver les mots justes. On ne peut qu’imaginer qu’il en fut de même pour Juliette Lê qui a fait la traduction de l’anglais vers le français.

Si je ne serais pas spontanément aller vers ce titre, qui convient d’avantage à ma fille qu’à moi, j’ai été agréablement surprise par cette lecture. Le texte se lit très rapidement et ne manque jamais d’intérêt, invitant à poursuivre la lecture d’un chapitre à l’autre sans s’arrêter. Véritable page-turner, Amande est un roman poignant qui rappelle que l’empathie et la compassion se gagnent aussi dans l’effort.

Je remercie Babelio et les éditions Pocket Jeunesse pour l’envoi de ce roman dans le cadre de Masse Critique privilège.

아몬드 de Won Pyung Sohn, Changbi Publishers, 2017.

Yunjae, 15 ans, n’arrive pas à ressentir les émotions. Son amygdale cérébrale, son « amande », ne fonctionne pas bien. Alors, pour se fondre dans la masse, il doit retenir les codes de la société comme les tables de multiplication : imiter les autres quand ils rient, dire bonjour, s’il te plaît, merci quand il faut… Paraître « normal », en somme. Quand une tragédie bouleverse sa vie, il se retrouve seul face à l’adversité. Contre toute attente, Gon, un garçon de son âge rebelle, colérique et violent, s’intéresse à lui. Entre eux naîtra une amitié improbable qui permettra à Yunjae d’expérimenter ses premières émotions. Mais devenir plus humain et s’ouvrir aux autres a un prix…

Lecture à voix haute·roman ado·roman jeunesse

Anne de Redmond (1915/2021)

Anne of the Island

Auteure: Lucy Maud Montgomery

Traductrice : Laure-Lyn Boisseau-Axmann

Editeur : Monsieur Toussaint Louverture

Collection : Monsieur Toussaint Laventure

Pages : 335

Ce troisième tome de la Saga d’Anne marque définitivement la fin de l’enfance. Alors que ses amis se fiancent ou se marient, Anne part étudier sur le continent à l’Université de Redmond, en Nouvelle-Écosse. Sur place, la jeune femme tissent de nouvelles amitiés et découvrent la vie estudiantine, la vie en pension puis la colocation. Il est assez curieux parfois de découvrir qu’impatiente de rentrer à Green Gables, elle n’y trouve finalement plus sa place et n’aspire qu’à revenir à Kingsport auprès de ses nouvelles amies dans la Maison de Patty. Ces visites restent cependant indispensables pour le lecteur car elles sont l’occasion d’avoir des nouvelles de ceux restés sur l’Île-du-Prince-Édouard.

On sent au fil des pages qu’Anne a besoin d’autres choses et que sa nouvelle vie lui apporte bien plus que l’ancienne. Elle conserve cependant des liens forts avec sa famille et certains amis auprès de qui elle prend toujours plaisir à passer un peu de temps. Même si Diana n’est plus la jeune fille romantique d’autrefois et qu’elle prend une direction différente à celle de son amie de cœur, elle n’en reste pas moins une véritable âme sœur.

La quête du grand amour prend soudain une place très importante dans le quotidien de tous ces jeunes gens qui, bien qu’étudiants, pensent déjà à l’après. Anne semble déterminer à finir vieille fille mais espère encore rencontrer son idéal romanesque au détour d’un chemin. Et comme chacun le sait, l’amour peut prendre les formes les plus inattendues et il suffit parfois de regarder bien plus près de soi que l’on ne le pensait pour le trouver.

Anne de Redmond est le volume de la maturité, celui qui marque un tournant décisif dans la vie des héros de Lucy Maud Montgomery. L’auteure semble prendre beaucoup de plaisir à tourmenter ses lecteurs en repoussant le moment où Anne prendra conscience de la direction que prend son cœur. Un choix qui sert à faire évoluer son personnage plus qu’à maintenir le suspens, les signes étant nombreux depuis le volume précédent pour que la question ne se pose.

La lecture à voix haute de ce troisième volume nous a beaucoup plu même s’il nous a parfois semblé que l’ensemble s’essouffle un peu. Nous avons pris bien du plaisir à suivre les nouvelles aventures d’Anne et il est agréable de voir grandir un personnage. Souvent les romans s’arrêtent alors que l’on aimerait garder les personnages un peu plus auprès de soi, savoir ce qu’ils vont devenir et Lucy Maud Montgomery nous permet d’avoir accès à cet après. C’est agréable même s’il est parfois dommage qu’elle s’éloigne de certains personnages auxquels nous nous sommes attachées. Cela ne nous empêchera pas de poursuivre l’aventure aux côtés d’Anne dans la suite de la série, Anne de Windy Willows.

L’avis d’Isabelle est ICI.

Les mots ne s’inventent pas, ils éclosent. – Lucy Maud Montgomery –

Lecture à voix haute·roman ado

La cité des brumes oubliées (1980/2021)

Kiri no mukou no fushigina machi

Auteure : Sachiko Kashiwaba

Traducteur : Nesrine Mezouane

Editeur : Ynnis

Pages : 144

Depuis quelques temps maintenant, les éditions Ynnis étoffe leur catalogue de titres rendus célèbres par leur adaptation pour le cinéma par le studio Ghibli. A l’origine du film d’Hayao Miyazaki, Le Voyage de Chihiro, il existe ce petit roman de moins de cent cinquante pages, La cité des brumes oubliées. Ce roman fantastique est le premier récit d’une auteure qui aura par la suite publiée plus de soixante-dix ouvrages. A ce jour, elle n’avait jamais été traduite en français. Ce qui est assez surprenant car son récit s’inspire clairement de récits occidentaux dont l’auteure explique avoir été influencée dès l’enfance.

Alors qu’elle passe habituellement les vacances d’été à Nagano, Lina est envoyée dans la Vallée des brumes où une connaissance de son père l’attend. Accueillie par une vieille femme au caractère épouvantable, Lina comprend rapidement qu’elle ne passera pas l’été à s’amuser. Grand-mère Picotto entend bien la faire travailler pour gagner sa pitance. Au fil des jours et des lieux où elle est envoyée travailler, Lina découvre que la Rue Extravagante n’abrite que quelques résidents permanents, descendants de sorciers qui, tous, vivent sous l’adage :

Qui ne travaille pas ne mange pas !

La cité des brumes oubliées et Le Voyage de Chihiro sont clairement deux œuvres différentes qui n’ont que peu de choses en commun : un univers magique, une fillette pleurnicheuse, un grand-mère acariâtre, une pièce surchauffée, un florilège de personnages aussi divers qu’attachants. Là où Miyazaki inscrit son film dans le folklore japonais tout en incluant de nombreuses références occidentales, Sachiko Kashiwaba encre son récit dans la culture occidentale dont la littérature a accompagné son enfance, développé son imaginaire et donné le goût de la lecture et de l’écriture.

L’écriture intemporelle et le lexique rendent la lecture accessible dès que l’enfant est capable de lire seul de façon fluide. Alors que le film, lui, ne passe pas toujours facilement auprès des plus jeunes : les esprits et divers créatures pouvant paraître effrayantes. Après la lecture, Gabrielle et moi avons pris le temps de regarder le film. Ce film est vraiment très beau mais je n’arrive jamais à être complètement séduite par l’ambiance parfois horrifique. Par contre Gabrielle, qui ne l’avait vu qu’une seule fois, et n’en gardait aucun autre souvenirs que celui d’avoir eu peur – sans doute était elle trop jeune – a vraiment apprécié même si elle n’aime pas Kaonashi, le sans-visage, dont le comportement est assez déroutant et dégoutant.

La cité des brumes oubliées est au final un roman fantastique où la magie prend une place importante mais laisse s’exprimer de belles valeurs plus humaines : récit initiatique, il fait appelle à la sensibilité et à la générosité pour venir en aide à son prochain. Lina apprend de son expérience et de ses rencontres qui lui permettent d’acquérir la maturité et l’autonomie qui lui faisaient défaut. C’est une lecture qui séduira toute la famille pour peu que l’on prend le texte comme une œuvre à part entière. Il est dommage que le récit soit si court car, comme Lina, on aurait aimé que ce moment dure un peu plus longtemps.

Si vous aimez l’univers de Miyazaki, je vous conseille fortement cette série de podcast en huit épisodes : Philosopher avec Miyazaki, réalisée par FranceCulture.


L’avis de Gabrielle

J’ai bien aimé. On pourrait penser que le livre serait pareil au Voyage de Chihiro de Miyazaki, mais pas du tout ! C’est dans un univers assez différent que ma mère m’a plongée lors de cette lecture à voix haute. Amusant, le livre nous a apportées beaucoup de fous rires à ma sœur, qui écoutait un chapitre de temps en temps, et moi. C’était trop bien !

Partie seule dans un lieu reculé pour les vacances, Lina se perd dans un épais brouillard. Lorsque la brume se dissipe enfin, la jeune fille découvre au cœur de celle-ci un village incongru… peuplé de personnages mystérieux et hauts en couleur. Coincée dans la pension d’une vieille mégère à la tête bien trop grosse, Lina va alors travailler dans des boutiques plus extravagantes les unes que les autres pour regagner sa liberté au cours d’un voyage d’apprentissage rythmé par des rencontres inoubliables.