Lecture à 2 Voix·roman ado·roman young adult

L’année de grâce (2019/2020)

The Grace Year

Auteure: Kim Liggett

Traductrice: Nathalie Peronny

Editeur: Casterman

Pages: 448

Seize ans est un entre-deux âges qui marque physiquement le passage à l’âge adulte. Les jeunes filles ne sont plus des enfants et cela se voit dans le regard sans équivoque des hommes. A seize ans, Tierney se voit contrainte de quitter sa famille pour vivre l’année de grâce avec les autres filles de son âge. Mises à l’écart par leur communauté, elles sont envoyées affronter leur magie qu’il leur faudra dissiper. Installées derrière une palissade de bois, elles vont vite comprendre que si celle-ci les protège des dangers extérieurs, elles ne sont pas à l’abri des dangers qui viennent d’elles-même. Car si certaines élèvent, nombreuses préfèrent piétiner leurs consœurs et cet équilibre instable sera au cœur des relations qu’entretiendront ces jeunes filles. Tandis que certaines ne rentreront jamais chez elles, d’autres reviendront complètement changées.

L’année de grâce met en scène une communauté dans laquelle les hommes ont tous pouvoirs. Soumises à leur bon vouloir, les femmes ne représentent que la tentation et le désir sexuel qui se ternit avec le temps et la perte de fertilité. L’empreinte théologique est omniprésente dans l’éducation que reçoivent filles et garçons, qui appliquent dès le plus jeune âge les principes misogynes mis en place par le régime patriarcal. La dictature mise en place dans ce roman utilise la peur et l’assujettissement pour maintenir en équilibre une façon de vivre étouffante et brutale. Personne ne sort indemne de ce lieu de vie reclus. Le régime extrémiste appliqué à une communauté restreinte permet de saisir toute l’ampleure de la cruauté qui emprisonne les femmes dans un unique rôle reproductif.

Le texte de Kim Liggett invite à la réflexion sur la condition des femmes de notre époque dans certains pays: les difficultés d’accès à l’éducation, l’absence de liberté et la soumission imposée par les hommes sous peine de mise à mort. Portée par une héroïne intelligente et éprise de liberté, ce roman féministe pose la question de la place de la femme dans la société, et tente de démontrer qu’elles ne sont pas responsables des agissements des hommes à leur encontre lorsqu’ils se laissent dominer par leur désir. Si le récit est glaçant, il n’en porte pas moins l’espoir d’un avenir meilleur par le biais d’actions menées en secret par certains personnages féminins et masculins.

Je vous invite à lire l’avis d’Isabelle et celui de Pépita.

Personne ne parle de l’année de grâce. C’est interdit. Nous aurions soi-disant le pouvoir d’attirer les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie.. Notre peau dégagerait l’essence pure de la jeune fille, de la femme en devenir. C’est pourquoi nous sommes bannies l’année de nos seize ans: notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté. Pourtant, je ne me sens pas magique. Ni puissante.

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Grisha (2012 à 2014/2017 à 2018)

Alors que la plateforme Netflix a mis en ligne la série Shadow and Bone le 25 avril, un nouvel univers de fantasy s’est ouvert à Gabrielle et moi. Monde fantastique et personnages intéressants, nous avons vite fait de nous immerger dans cet univers tiré des livres de Leigh Bardugo. La série tv offre comme avantage de suivre les différentes série de livres de l’auteure qui se déroulent dans le même monde. Si cela était perturbant dans les premiers épisodes, les scénaristes ont pourtant réussi à lier les deux histoires de façon à ce que les personnages se retrouvent tout en donnant plus de richesse à l’histoire qui s’en trouve plus étoffée. Esthétiquement la série est vraiment réussie, les acteurs sont bien choisis et rendent leur personnage suffisamment intéressant pour donner envie de savoir quel sera leur destin. La petite touche « netflix » vient ajouter un côté féministe et un appel à la tolérance toujours appréciable dans un programme destiné à la jeune génération.

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L’action se déroule dans un pays divisé par une nappe d’ombre, le Fold, créée des siècles plus tôt par la magie noire de celui que l’on appelle l’Hérétique Noir. Cette « non-mer » s’étend en Ravka, un pays fortement inspiré de la Russie, du nord au sud. Pour aller d’est en ouest, on ne peut que tenter la traversée, le nord, Frejda, et le sud, Shu Han, étant hostiles aux grisha, sorte de sorciers placés sous la protection du roi. Problématique pour les uns, la nappe est symbole de protection pour les autres. Mais pour tous, sa traversée est une menace car elle est peuplée de sombres créatures dévoreuses d’hommes, les volcras. Leur seul espoir est qu’apparaisse l’Invocateur de Lumière (the Sun Summoner), grisha au pouvoir aussi unique qu’exceptionnel qui pourrait détruire la nappe et ainsi libérer le pays.

Leigh Bardugo nous entraîne dans un univers qui ressemble fort à la Russie. Elle emploie d’ailleurs tout un vocabulaire russe qui va du nom des personnages à ceux de créatures en passant par l’habillement ou l’alimentation. On trouve aussi des similitudes dans l’organisation géographique des pays avec Fjerda au nord qui ressemble à la Scandinavie, et Shu Han au sud qui rappelle la Chine. Par ailleurs, comme me le disait Gabrielle, le Fold rappelle étrangement le Mur de Berlin, coupant un pays en deux avec toutes les complications que cela impliquent. On observe ainsi une scission réelle, l’ouest cherchant à se soustraire à la monarchie gangrénée par le pouvoir en gagnant son indépendance.

Source

Tome 1. Les orphelins du royaume : Volume introductif, ce premier tome met en place les personnages principaux et la situation géographique et politique d’un pays divisé. Alina Starkov et Malyen/Mal Oretsev sont amis depuis l’enfance, ils viennent de rejoindre la Première Armée, principale armée du Roi composée de ravkans non grisha. Alors qu’ils traversent le Fold pour la première fois, leur vaisseau subit un attaque volcras à laquelle ils n’en réchappent que grâce à une puissante lumière qui émane du corps d’Alina. Ce pouvoir dont elle ignorait l’existence fait d’elle une grisha et surtout, l’Invocatrice de Lumière tant attendue. Devenue importante aux yeux de tous, elle est placée sous protection par le Darkling, le plus puissant grisha au monde.

Si le début et la fin du roman sont très intéressants à lire, j’ai trouvé le milieu assez long et vide. Alina arrive à la capitale pour suivre une formation grisha. Elle fait face à l’hostilité de certains et peine à s’intégrer. Rapidement, on sent combien il lui est difficile d’accepter ses pouvoirs et de les laisser sortir, elle semble trop souvent plus intéressée par ses toilettes et ses sentiments que par le destin qu’on lui promet. Le principal intérêt de cette partie centrale est de pouvoir découvrir le Darkling. Décrit comme très séduisant, il n’est pas surprenant de voir rapidement se former un triangle amoureux. Personnage énigmatique et mystérieux, il semble détenir un pouvoir énorme et il est difficile de le cerner tant son comportement est déroutant la plupart du temps. Ami ou ennemi? Ce volume tend à nous le présenter sous différents aspects créant un certain attachement entre lui et Alina, lui et le lecteur, nous faisant douter de lui et de ses qualités même quand il se montre cruel.

Tome 2. Le dragon de glace : Suite aux terrifiants évènements survenus à la fin du premier volume, Alina et Mal tentent de survivre loin des conflits. Rapidement rattrapés par leur destin, ils se retrouvent à bord d’un bateau, propriété d’un corsaire surprenant qui n’aura de cesse de les étonner… et de les sauver.

La construction de ce deuxième volet est similaire à celle du tome 1.. On a un début et une fin d’ouvrage vraiment intéressants qui font avancer l’histoire, déterminent les camps plus clairement et assoient définitivement la fragilité du pouvoir royale, le statut de l’Invocatrice de Lumière et les intérêts de son principal ennemi. Mais le centre est un immense gouffre durant lequel il ne se passe rien. Le voyage vers la capitale est d’une longueur ahurissante et d’un intérêt minime. Une fois de plus, le principal intérêt est de découvrir un personnage masculin, Nikolai Lantsov, Prince de Ravka et deuxième dans l’ordre de succession. Drôle, charmeur et intelligent, il cherche a faire le bien pour son peuple et est clair sur ses motivations. Son intérêt pour Alina est amical et politique avant tout, il a besoin d’elle tout autant qu’elle a besoin de lui.

Tome 3. L’oiseau de feu : L’équipe d’Alina est réduite à peau de chagrin mais le courage de chacun reste vivace. Ensemble ils entendent bien renverser l’ennemi et rendre à Ravka ses valeurs. Alina espère aussi détruire le Fold mais a bien du chemin à parcourir et l’aventure va la mener de surprises en surprises vers une fin qu’elle n’avait pas imaginée.

Troisième et dernier volet, je l’ai abordé non sans difficultés après deux tomes qui m’avaient laissé sur un avis partagé. Le début semblait d’ailleurs compromettre cette lecture mais le vent a rapidement tourné de façon plus favorable faisant de ce volume le meilleur des trois. Je comprends désormais l’engouement du public pour l’écriture de Leigh Bardugo qui signe un tome de conclusion vraiment réussi. La construction du récit et le déroulement du scénario sont parfaitement maitrisés et ne laissent que peu de place à l’ennui. Alors que nous suivons le groupe d’amis, nous allons de découvertes en surprises pour aboutir à un final qui crée la surprise tout en nous donnant ce que l’on attendait.

Poster officiel d’Irene Koh pour la sortie de Ruin and Rising.

En conclusion, je dirai que la trilogie Grisha est assez inégale avec deux volumes vraiment longs dont il aurait pû être pertinent de n’en faire qu’un seul. Même s’ils permettent de présenter les personnages, ces situations n’apportent que peu à l’intrigue et manquent d’intérêt. Le dernier volume relève vraiment le niveau. Le point fort de l’intrigue réside pour moi dans les trois personnages principaux masculins ; Mal, Nikolaï et le Darkling sont tous bien construits et apportent beaucoup à l’histoire par la diversité de leur personnalité et les questions qu’ils soulèvent régulièrement.

Je n’ai pas encore eu le temps de commencer une autre saga littéraire du grishaverse mais le troisième tome de Grisha m’a remotivé. Par ailleurs, la série Six of Crows s’annonce particulièrement intéressante et plus mature, au vu de ce que la série TV nous en dévoile de ses personnages.

De son côté, Gabrielle a commencé la lecture du premier tome sur lequel elle peine également. A ce stade elle ne veut pas se prononcer et reste optimiste pour la suite.

Depuis des siècles, le royaume de Ravka est divisé par le Shadow Fold, épaisse nappe de ténèbres peuplée de créatures sanguinaires. En tant que cartographe pour la Ire armée, Alina doit le traverser pour la première fois. Aussitôt, des volcras l’attaquent. Elle est sauvée par Mal, son meilleur ami, dont elle est secrètement amoureuse et qui, à son tour, se retrouve acculé par les créatures. Elle émet alors malgré elle une lumière puissante, qui repousse les volcras. Dès lors, son destin prend une autre tournure : Alina est l’Invocatrice de lumière, celle qui pourrait vaincre le Shadow Fold et rendre la paix au royaume. La voilà emmenée à la capitale, au Little Palace, où elle entame son apprentissage aux côtés des Grisha, caste de magiciens qui gouverne le royaume avec le roi, et du plus puissant d’entre eux, le Darkling. Mais les intrigues de la cour sont moins simples qu’il n’y paraît, et Alina ignore où est censée aller son allégeance : au roi ? Au Darkling, qui semble nourrir pour elle des plans mystérieux ? Tandis que l’avenir de la Ravka repose sur ses épaules, la jeune femme doit à la fois découvrir les secrets des Grisha, et ceux de son cœur …

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Push (2021)

Auteure: Annelise Heurtier

Editeur: Casterman

Pages: 288

C’est aujourd’hui que sort le nouveau roman d’Annelise Heurtier, un roman d’actualité puisqu’il dénonce les abus sexuels dans le milieu du sport. En avant propos, l’auteure nous raconte la place qu’a eu la sport dans sa vie d’enfant et d’adolescente et combien elle a était bouleversée par l’histoire de Sarah Abitbol lorsqu’elle a révélé avoir été violée et agressée sexuellement par son entraineur entre quinze et dix-sept ans. Depuis les témoignages se sont succédés, un véritable mouvement a pris forme pour briser l’omerta.

Tessa a quinze ans. Alors qu’elle entre au lycée, elle se lance dans l’écriture d’un journal intime d’abord par « défi » puis très pour le plaisir de venir poser ses émotions et son regard sur les évènements qui rythment son quotidien. Dans sa famille, la gymnastique est au cœur de la vie de tous. Tessa nous raconte combien cette passion prend de temps et d’énergie : les entrainements, le dépassement de soi, les relations entre les différentes sportives, les sélections, les compétitions… Et puis l’arrivée d’une entraineur professionnel et ce que cela change pour elles toutes, les relations particulières qui s’installent entre le sportif et son coach. A côté de ça, ces jeunes filles pleines de rêves et de détermination restent des adolescentes comme les autres : séduction, rivalité, jalousie, les garçons, le lycée… Lorsque le drame survient, Tessa refuse d’y croire. Comment un jeune homme si prévenant pourrait-il « toucher » une des filles? Faut-il parler? Doit-elle dire ce qu’elle a vu? Quelles seront les conséquences pour lui? Pour elles toutes? Pour sa famille? Pour le sport?

Récit épistolaire, Push met l’accent sur le sport et le quotidien des jeunes sportives, ici des gymnastes, leurs journées rythmées par les études et le sport. A travers Tessa, on découvre les espoirs et rêves de ces jeunes filles. L’adolescente vivant dans une famille gymnaste, décrit avec émotion les doutes et les difficultés d’un quotidien intense qui laisse peu de place aux loisirs. Les abus sexuels apparaissent en toile de fond, abordés comme des faits divers révélés dans les médias mais qui semblent si loin de ce qu’elle et ses camarades connaissent. Si elles ont conscience de cette réalité glaçante, elles prennent ces révélations avec une certaine distance, refusant de croire que cela pourrait leur arriver. Cela semble bien loin de leur préoccupation, de leurs inquiétudes. Il faut attendre le dernier quart du roman pour que ce tabou devienne réel. On suit alors le cheminement des réflexions de Tessa entre déni et acceptation. Aveuglée par la colère, elle refuse d’accepter que son monde soit éclaboussé par un scandale qui pourrait avoir des répercussions sur son univers entier. En tant que lectrice, j’ai eu très envie de la secouer, de la gifler même. Heureusement, l’acceptation fait rapidement son chemin et c’est main dans la main que les jeunes filles vont oser briser le silence de cet acte innommable.

J’ai vraiment aimé la façon dont le sujet est abordé. L’auteure dénonce l’abus et insiste sur l’importance de parler. La victime a beau se sentir fautive et minimiser les choses, parler d’erreur, cela ne justifie pas le passage à l’acte. Ce n’est pas de sa faute! Le consentement doit être mutuel et verbalisé. L’adulte est responsable de ses actes et doit savoir rester à sa place. Le viol, les attouchements ou toute autre forme de harcèlement doivent être dénoncés et punis. Les émotions sont multiples et rythment le récit, lui donnant plus d’épaisseur. Je m’attendais à une lecture plus difficile, plus proche d’un témoignage mais j’ai aimé cette approche plus pudique qui met vraiment l’accent sur les relations complexes entre tous les personnages, les sentiments multiples, parfois confus qui se tissent entre eux. Cela révèle la fragilité émotionnelle chez ces jeunes personnes encore en construction placées sous la responsabilité d’adultes qui exercent une influence et un pouvoir complet sur elles.

Je remercie Babelio et les éditions Casterman qui m’ont permis de découvrir ce titre en avant première dans le cadre de Masse Critique privilège.

À 15 ans, Tessa suit son chemin de gymnaste, guidée par la passion. Et cette année s’annonce prometteuse : sa mère, la présidente du club, a enfin réussi à recruter un entraîneur professionnel. Raphaël a vingt-huit ans, une présence intense et une devise pour motiver ses élèves, « Persist Until Something Happens ». Il a aussi, malgré lui, le pouvoir de créer des tensions… À quelques semaines des championnats de France, une coéquipière de Tessa craque et abandonne le groupe. Trop de pression ? De mésentente entre les filles ? À moins qu’il y ait eu autre chose. Quelque chose qu’on n’a peut-être pas envie de dire.

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Sirius (2017)

Auteur: Stephane Servant

Editeur: Rouergue

Collection: épik

Pages: 474

Avril est une jeune fille qui vit avec un petit garçon nommé Kid. Ensemble, et tant bien que mal, ils vivent dans une cabane dans l’Arbre, un grand chêne. Chaque mois, quand leurs réserves sont au plus bas, ils vont jusqu’à la Capsule, une grande boîte qui contient des provisions. Mais, cette fois-ci, Avril est confrontée à son passé ; un ancien ami, Darius, lui court après pour que leurs ancien gang, les Etoiles Noirs, soient de nouveaux réunis. Elle décident donc de partir avec Kid, quand ils font une rencontre inattendue, Sirius, un cochon noir que Kid prend pour son ancien chien. A contre cœur, Avril décide d’emener le cochon avec eux dans leurs voyage vers la Montagne.

Post-apocalyptique, road-trip, roman de sience-fiction, il tout ce qu’il faut pour me plaire. J’ai beaucoup aimé l’histoire car on peut suivre l’évolution du voyage des deux enfants. On peut voir le côté animal de Kid remonter petit à petit, son langage devient de plus en plus primaire. Réécriture moderne du mythe biblique l’Arche de Noé, Sirius est un roman écologique.

L’avis de maman.

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Alors que le monde se meurt, Avril, une jeune fille, tente tant bien que mal d’élever Kid. Entre leurs expéditions pour trouver de la nourriture et les leçons données au petit garçon, le temps s’écoule doucement… jusqu’au jour où le mystérieux passé d’Avril les jette brutalement sur la route. Il leur faut maintenant survivre sur une terre stérile pleine de dangers.

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L’anguille (2020)

Auteure: Valentine Goby

Editeur: Thierry Magnier

Pages: 143

Pas facile de s’intégrer quand on a douze ans et qu’on est différent. Pour Halis, un garçon doux et timide, le quotidien est difficile. Prisonnier d’un corps obèse, il souffre des moqueries de ses camarades et du poids qui pèse sur ses jambes et lui rend le quotidien difficile. Pour Camille, la différence n’a jamais été un problème. Née sans bras, tout le monde savait qui elle est depuis toujours. Mais l’arrivée dans une nouvelle ville, un nouvel établissement, va lui rappeler qu’elle n’est pas comme les autres. Ce qui ne la gênait pas jusqu’alors, en fait la cible de tous les regards. Et les regards peuvent être aussi blessants que les mots, aussi tranchants que la lame d’un couteau.

Par chance Camille est une enfant solaire et lumineuse; elle pose un regard optimiste sur le monde qui l’entoure et ne craint pas d’affronter les autres pour leur montrer que la différence est une richesse, qu’être en situation de handicap n’est pas une fin en soi et que c’est le regard que les autres posent sur la différence qui est le véritable problème. Son ouverture d’esprit, sa maturité et sa joie de vivre sont une force dont elle sait tirer partie et elle compte bien en faire profiter Halis.

Valentine Goby signe un titre lumineux, drôle et sensible qui parle de différence et de discrimination avec intelligence. Son récit est réaliste et s’adresse directement aux lecteurs à qui il envoie un message de tolérance et d’ouverture d’esprit. Il ne me reste qu’à pousser la curiosité plus loin en lisant son pendant adulte, Murène.

Pour finir, je vous invite à lire l’avis de Pépita.

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L’avis de Gaby

J’ai bien aimé L’anguille car l’histoire est originale. Le texte permet de sensibiliser les lecteurs au fait qu’on est tous différent. Qu’on soit obèse ou sans bras, notre différence est une richesse qui nous rend unique.

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Voici l’histoire de Halis et de Camille. Halis, presque treize ans, est prisonnier de sa timidité et d’un corps obèse qui lui vaut de constantes railleries. De son côté, Camille, presque douze ans, est née sans bras. Elle arrive en plein milieu de l’année dans le collège de Halis pour cause de déménagement, et apprend à être dévisagée telle une bête curieuse. Tous deux sont des êtres différents. Mais Camille l’anguille, comme ses camarades la surnomment, est une fille solaire, enjouée. Une amitié puissante se noue entre eux, qui, loin des stéréotypes, fait des singularités de chacun une force.

Lecture à 2 Voix·roman ado

Féline (2006/2009)

Koyangi Sonyeo

Auteure: Hui-ryeong BU

Traductrices: Yeong-hee Lim & Françoise Nagel

Editeur: Picquier jeunesse

Pages: 153

Mis en avant sur les rayonnages adolescents de notre médiathèque, ce petit roman coréen a attiré notre oeil grâce à sa jolie couverture qui révèle la promesse d’une amitié entre un chat et un humain. Amoureuses des chats, Gabrielle et moi nous sommes lancées dans une lecture à deux voix à la rencontre de deux êtres cabossés par la vie, Minyeong la jeune fille et Minet le chat noir.

Minet est un chat errant. Chaque jour est une lutte pour sa survie: trouver sa nourriture, lutte de territoire, éviter les dangers (chiens, humains, voitures…). Narrateur de l’histoire, il nous raconte sa rencontre avec Minyeong, son coup de cœur pour la jeune-fille qu’il identifie comme un homme-chat, un humain capable de comprendre les chats. Mais Minyeong ne semble pas le comprendre. Pire encore, elle le vend à un garçon, Han. Entre eux trois, un lien se tisse petit à petit, tout comme le voile se lève lentement sur Minyeong et les blessures qui pèsent sur son cœur.

Il est vraiment intéressant d’avoir fait du chat le narrateur de ce récit. Loin de la complexité, voir de l’incohérence, des émotions humaines, Minet perçoit le monde avec simplicité et justesse. Ses actes font échos à ses sentiments. Féline est un récit touchant, un premier roman emprunt de poésie qui parle de relation homme-animal mais aussi des hommes entre eux et surtout du rapport que l’on peut avoir avec soi-même. Au travers du regard de Minet, Hui-Ryeong Bu souligne l’importance de faire résonner son cœur et se tête pour s’ouvrir aux autres mais surtout à soi.

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Voici un chat errant, qui doit surmonter les difficultés de la vie après la disparition de sa mère. Voici une adolescente un peu sauvage, qui vit seule avec sa grand-mère et fuit le contact avec les autres, de peur d’être blessée. Tous deux se rencontrent dans un parc, et aussitôt, le chat croit reconnaître en elle un de ces êtres de légende qui comprennent le langage des chats. C’est sûr, ils sont faits l’un pour l’autre! Une belle histoire d’amitié entre un jeune chat vagabond et une adolescente, qui apprennent ensemble à affronter la vie, leurs peurs et leur solitude.

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La fleur perdue du chaman de K (2019/2021)

Il fiore perduto dello Sciamano di K

Auteur : Davide Morosinotto

Traducteur : Marc Lesage

Editeur : l’école des loisirs

Collection : Médium

Pages : 534

Laïla, fille d’un diplomate finlandais, fait le rencontre d’El Rato à l’hôpital de Lima où la jeune fille vient passer des examens médicaux en raison de sa vue déclinante. Les deux enfants passent beaucoup de temps ensemble, cherchant à tromper l’ennuie en parcourant les couloirs de l’hôpital ; ils découvrent un vieux journal d’expédition qui parle d’une fleur rare aux vertus miraculeuses. Aussi lorsque le verdict tombe pour Laïla, ils décident de s’enfuir et de partir à la recherche de cette mystérieuse fleur du chaman de K..

Plongé dans le Pérou des années quatre-vingt où la situation politique est très instable et les dangers nombreux, encore plus pour les étrangers. L’amitié entre les deux enfants leur permet de surmonter les épreuves et de toujours trouver une porte de sortie. Si le danger peut se rencontrer à chaque coin de rue, c’est aussi le cas en ce qui concerne les bonnes rencontres. Laïla est attachante et attire la sympathie d’adultes bienveillants et prêts à lui venir en aide, l’encourageant dans son fol espoir plutôt que de la détourner de ses projets. Il y a toujours quelqu’un pour se joindre à leur périple et c’est en groupe qu’il arrive à la fin de ce voyage initiatique tellement riche humainement et culturellement.

Dans son troisième et dernier livre de la série ayant pour fil conducteur un fleuve, Davide Morosinotto nous entraîne dans les profondeurs de la forêt amazonienne dans une quête spirituelle qui amène une réflexion sur la mort et son évitement. Après Le célèbre catalogue Walker & Dawn qui remontait le fleuve Mississippi, puis L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges qui suivait le cour de la Neva, La fleur perdue du chaman de K. nous entraîne sur les bords de l’Amazone. Porté par des personnages attachants, le récit se fait à deux voix auxquelles viennent ponctuellement s’en ajouter d’autres. L’auteur a une fois de plus su créer un récit d’aventures exceptionnelles enrichies de la culture de tout un pays, de son histoire aussi et surtout de sa religion, le chamanisme.

Ce troisième livre est à l’image des précédents un magnifique objet à la mise en page originale qui dynamisme le récit et donne vie à l’histoire. Entre les esprits aux formes animales qui permettent d’identifier le personnage qui parle en ouverture de chapitre et les effets typographiques, cette collection est vraiment exceptionnelle. Même si j’ai plus de mal à la lecture de cette histoire notamment à cause des écriture parfois petite et le fait qu’il faille tourner l’ouvrage dans tous les sens, ça ne m’a pas empêché d’apprécié l’effet visuel.

Davide Morosinotto confirme son talent d’auteur en nous proposant un roman de grande qualité. La série n’en est pas une au sens premier du terme mais il a pourtant su lier les trois histoires par des crossover qui créent un effet de surprise bienvenu et fort apprécié par toute notre famille. A découvrir et faire découvrir!

Je vous invite à lire les avis d‘Isabelle et de Pépita.

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Pérou, 1986. Quand elle est admise à l’hôpital de Lima, Laila attire les regards: fille d’un diplomate finlandais, au teint pâle et aux cheveux blonds, c’est du jamais vu pour les enfants hospitalisés là. Surtout pour El Rato, qui y a passé toute sa vie. Dans les archives de l’hôpital, Laila et El Rato découvrent un journal d’expédition, écrit par le docteur Clarke, près de quarante ans auparavant. Il y a dessiné une fleur très rare, qu’utiliserait le chaman de la tribu K., quelque part en Amazonie, et qui aurait des vertus miraculeuses. C’est alors que tombe le verdict des médecins pour Laila: elle est atteinte d’une maladie incurable, qui ne laisse aucun espoir. Aucun espoir, vraiment? Mais s’ils retrouvaient cette fleur perdue? S’ils allaient au-devant des mille dangers du fleuve et de la forêt?

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Comme des Sauvages (2020)

Auteur: Vincent Villeminot

Editeur: PKJ

Pages: 318

Récit fantastique, Comme des sauvages prend place dans l’Ardèche profonde. Alors que Tom, treize ans, passe les vacances avec sa sœur ainée et les amis de celle-ci, il aime passer du temps seul à parcourir la forêt environnante du village de C. . Il évolue parmi les arbres avec aisance, faisant fi du sol accidenté et des dénivelés pas toujours conformes entre la réalité et la carte topographique. Ce dernier point l’intrigue cependant et lorsqu’il tombe sur une barrière portant une inscription de mise en garde, on prend conscience qu’on met les pieds dans l’inconnu. A partir de là, l’auteur nous confronte à des inattendus qui se succèdent, nous plaçant dans une position inconfortable emprunte d’un certain malaise.

Car si la sauvagerie et la violence était déjà au cœur de Nous sommes l’étincelle, ce n’était rien comparé à la cruauté froide et pourtant assumée dont les personnages font preuves ou sont victimes ici. Dans Comme des sauvages, l’humain se confronte à la nature pour assurer sa survie mais il se confronte également à l’humain pour protéger le secret d’un paradis terrestre, véritable utopie pour une communauté qui croit protéger ses enfants d’un monde sur lequel l’emprunte de l’homme adulte pèse un peu plus chaque jour.

Entre message écologique et amour de la nature, Vincent Villeminot signe un titre poignant et peu conventionnel qui remet en question l’existence de tout un chacun. De son écriture tranchante, il nous entraîne un peu plus loin encore dans un questionnement sur la place de l’homme dans la nature. On aime le style ou pas, mais cela ne laisse pas indifférent. Pour ma part c’est un coup de cœur!

A lire : les avis d’Isabelle et de Céline!

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Au cœur des collines, derrière la maison où Tom, 13 ans, passe ses vacances, se cache un mystère inimaginable. Quand, au détour d’un sentier, le jeune garçon tombe sur une immense clôture avec une mise en garde inquiétante, il se sent irrépressiblement attiré… Et il disparaît. Pendant des mois, sa grande sœur Emma va le chercher. Elle finira par découvrir la vérité. Mais pourra-t-elle rebrousser chemin et révéler au monde le terrible secret des Sources?

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A la Croisée des Mondes. 2 – La Tour des Anges

The Subtle Knife

Auteur: Philip Pullman

Traducteur: Jean Esch

Editeur: Gallimard Jeunesse

Pages: 384

Alors que la fin du premier volume nous laissait avec tout un tas de questions, ce deuxième volume commence bien loin de Lyra et de sa quête autour de la Poussière. En effet, l’auteur introduit dès les premières pages un nouveau personnage, Will, jeune adolescent à la recherche de son père. Après avoir traversé une fenêtre temporelle, il arrive dans un nouveau monde où il fait la connaissance de Lyra. Et comme à deux on est plus fort, les enfants vont s’apporter une aide mutuelle, affronter les difficultés et enquêter sur la Poussière tout en recherchant le père de Will.

Les mondes dans lesquels les personnages évoluent nous apparaissent rapidement fragilisés par la déchirure provoquée par Lord Asriel à la fin du premier volume. Entre opposition à l’église et dérèglement climatique, ces mondes entrent en résonance avec le notre. Si le lecteur cherche des réponses, il va vite se rendre compte que l’auteur ne creuse qu’un peu plus les sujets mis en avant et nous laisse dans l’expectative d’explications plus concrètes.

La Poussière, les spectres, les particules élémentaires… Trois mots qui semblent désignés une même chose et nous entraînent un peu plus dans des théories scientifiques. Mais si le texte s’inscrit d’avantage dans la science-fiction, le récit reste profondément encré dans le fantastique avec ses créatures divers et multiples qui semblent s’unir dans un objectif commun: la Grande Guerre. L’écriture reste par ailleurs riche en aventures, le suspens nous tient en haleine et les personnages ne cessent de nous surprendre et/ou de nous émouvoir.

La Tour des Anges introduit donc de nouveaux personnages et l’événement majeur qui déterminera l’avenir de tous. Si l’introduction de Will peut paraître tardive, il prend rapidement la place qui lui est désignée. Pullman est assez clair dans ses intentions concernant son rôle et le duo Lyra/Will fonctionne bien. Au fil des pages, on comprend qu’ils auront tous deux un rôle déterminant à jouer pour sauver les mondes. Les bases sont désormais installées pour entrer dans un troisième volume qui sera sans nul doute captivant.

Et si vous passiez lire l’avis de Bouma 😉

Le jeune Will, à la recherche de son père disparu depuis des années, croit avoir tué un homme. Dans sa fuite, il franchit la brèche qui lui permet de passer dans un monde parallèle. Là, à Cittàgazze, la ville au-delà de l’Aurore, il rencontre Lyra. Les deux enfants devront lutter contre les forces obscures du mal et, pour accomplir leur quête, pénétrer dans la mystérieuse tour des Anges.

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#TousDebout (2021)

Auteures: Agnès Marot & Cindy Wilder

Editeur: Hugo

Collection: New War

Pages: 374

Récit écrit à quatre mains, Tous Debout est un texte à deux voix. D’un côté, il y a Anton, un ado intelligent au physique ingrat qui se cache derrière une attitude indifférente mais pourtant provocatrice. Dans l’ombre il est Gossip Boy, un gars qui balance les pires ragots du lycée sur internet. De l’autre côté, il y a Méloé, une adolescente introvertie qui s’insurge contre les comportements injustes et discriminatoires. Lorsque Gossip Boy révèle que Rahim, le petit ami de Méloé est sans-papier, cette dernière se lance dans un mouvement de contestations pour le protéger de l’expulsion. Anton se range à ses côtés et devient l’une des figures centrales du mouvement.

Si Agnès Marot et Cindy Wilder signent un récit engagé qui permet de sensibiliser le lecteur à de réels problèmes de société (sans-papiers, immigrations, homophobie, racisme…), je n’ai pas été convaincue par les personnages principaux. Anton a une attitude trop souvent limite, son comportement envers Méloé frôle le harcèlement. Cette dernière n’a pas su me toucher, trop souvent son engagement m’a semblé intéressé et n’a pas aidé à me la rendre sympathique.

Pourtant, l’histoire m’a vraiment plu et intéressée. L’écriture à quatre mains dynamisme le récit et permet un double regard sur une même situation. Anton et Méloé sont deux voix qui s’élèvent différemment contre une injustice tristement courante; entre provocation et engagement, ils amènent une réflexion sur le poids de nos actions et la façon la plus juste de prendre position pour une cause.

Je remercie Babelio et les éditions Hugo pour l’envoi de ce titre dans la cadre de Masse Critique.

D’un côté, Anton, un garçon discret qui se cache derrière le pseudo de Gossip Boy pour jouer les justiciers sur Trumblr (et y balancer les pires ragots du bahut). De l’autre, Méloée, jeune fille fougueuse et passionnée qui craque sur Rahim, le petit nouveau au lycée. Sous ses airs d’étudiant sans histoires, le mystérieux Rahim se retrouve vite au centre de toutes les attentions. Surtout lorsque Gossip Boy révèle qu’il est sans-papiers… Bientôt, tout bascule. Rahim est sur le point d’être expulsé. Derrière les grilles, il est temps pour les élèves barricadés de lever le poing pour défendre l’un des leurs!