roman

Appelle-moi par ton nom/Call me by your name (2018)

Call me by your name

 

Auteur: André Aciman

Traducteur: Jean-Pierre Aoustin

Editeur: Grasset

Pages: 336

Call me by your name est avant tout un coup de cœur cinéma, une découverte faite durant le confinement. C’est un film fort et touchant de Luca Guadagnino dont j’ai eu du mal à me détacher après l’avoir vu ; une rencontre avec un jeune acteur brillant (Timothée Chalamet) et celle d’un réalisateur incroyable. Séduite par le film, j’ai eu envie de découvrir l’oeuvre originale, le roman éponyme de André Aciman… Dès les premières lignes, le charme opère.

Elio se remémore l’été de ses dix-sept ans, passé dans la maison familiale en Italie. Comme chaque été, ses parents accueillent un jeune étranger pour six semaines. Cette année-là, c’est Oliver, enseignant américain, qui est l’heureux élu. Immédiatement une relation particulière s’installe entre les deux jeunes hommes, entre froideur polie, indifférence et flirt timide, Elio décrit ses émotions à fleur de peau et son désir intense de cet homme.

Call me by your name est un roman magnifique de par son écriture poétique et sensuelle, son histoire d’amour touchante et le désir tangible qui filtre à travers les mots, les pages. Ce n’est pas une simple romance de vacances, c’est une histoire d’amour passionnelle, l’éveil à la sexualité d’un jeune homme qui se découvre une attirance pour une personne du même sexe, à une époque (les années 80) où l’homosexualité est encore tabou. S’il a parfois des mots très crus pour parler de leur expérience, ce n’est que pour mieux illustrer la passion qui le/les dévore.

André Aciman a par ailleurs su donner vie à des personnages réalistes, authentiques. Il est agréable de voir qu’à aucun moment il n’a cédé à la facilité et en a fait des personnages stéréotypés. Elio et Oliver sont juste deux hommes qui se découvrent une attirance mutuelle et tombent amoureux. Et de manière si belle et intense que ça en est tout simplement magnifique.

Mais Call me by your name est aussi un univers artistique riche (oserai-je dire élitiste) dans lequel les personnages évoluent avec la même aisance qu’un poisson nage dans l’océan. Musique, lecture, sculpture, histoire, l’art est omniprésent et s’imisse entre les personnages, les lie et leur offre de multiples occasions de rencontrer des intellectuels, des biens passants, des gens ouverts et bienveillants. Elio ayant grandi dans ce monde-là a la chance de bénéficier d’une grande confiance de la part de ses parents qui ne jugent pas et n’encouragent qu’à plus d’ouverture sur le monde. Doit-on en déduire que les intellectuels sont plus justes? Je me suis surprise à rêver d’un monde comme celui-ci, un monde dans lequel les hommes s’acceptent les uns les autres, dans lequel les gens s’écoutent, se parlent et se respectent.

Enfin on ne peut parler de Call me by your name sans parler de l’Italie.  La description des paysages nous offre un aller simple sous le soleil italien. Entre une ballade au bord de mer et une baignade dans la piscine on prend plaisir à écouter les cigales stridulaient sur les grands pins, en sirotant un jus d’abricots fraichement cueillis dans le verger familial d’une main et en lisant un roman de l’autre.

Vous l’aurez compris, Call me by your name est un énorme coup de . Lu d’une traite, ce roman m’a bouleversé. L’auteur réussit à nous faire ressentir les émois d’un premier amour avec une justesse touchante. Son récit est si parfaitement écrit qu’on en oublie complètement le fait que l’on parle de deux hommes et en cela on peut dire d’André Aciman est vraiment talentueux. Il gomme sans effort les cases dans laquelle la société nous enferme. C’est beau et ça fait du bien! 

« Je ferme les yeux et je suis de nouveau en Italie, il y a tant d’années; je marche vers l’allée bordée de pins, je le regarde descendre du taxi: ample chemise bleue, col ouvert sur la poitrine, chapeau de paille, toute cette peau nue… Soudain il me serre la main et me demande si mon père est là. »

A l’été de ses 17 ans, les parents d’Elio accueillent Oliver, un jeune professeur de philosophie, dans leur villa sur la côté italienne. Cet Américain brillant et séduisant fait forte impression sur Elio. Les jours passent, entre attirance réciproque et évitement. Elio pense à Oliver mais flirte avec sa voisine Marzia, Oliver travaille sur son manuscrit et mène une vie nocturne secrète dont Elio est jaloux. Puis tous deux cèdent à ce sentiment plus grand qu’eux. 

Appelle-toi par ton nom est un magnifique roman d’amour tout autant qu’une réflexion sur le désir et l’empreinte qu’il laisse en nous. La langue à la fois précise et sensuelle d’André Aciman parvient à évoquer l’intimité des corps – mais aussi la part de violence qui se niche dans tout éveil au sentiment amoureux – avec une élégance rare.

masse critique·roman

Au service secret de Marie-Antoinette, tome 4. La femme au pistolet d’or

 

Auteur: Frédéric Lenormand

Editeur: La Martinière

Pages:  360

 

 

Quatrième tome (se lit indépendamment) d’une série que je ne connaissais pas encore, La femme au pistolet d’or nous entraîne dans le Paris de la fin du dix-huitième siècle lors d’une enquête menée tambour battant par Rose Bertin et Léonard, respectivement modiste et coiffeur de la Reine Marie-Antoinette. Accompagnés du séduisant accessoire de sa majesté, Axel de Fersen, ils tentent de trouver qui en veut à la fortune de Mme Cottin de Melville qui se sent menacée depuis la mort de son mari.

Habituée des cosy mystery par la lecture de Agatha Raisin, je découvre un nouvel univers plus historique absolument délicieux fait de propos acerbes et d’un langage fleuri des plus délectable. La langue française est vraiment savoureuse et permet à Frédéric Lenormand de nous proposer tout un florilège de mots inusités de nos jours qui enrichissent un récit fort bien construit. L’écriture est entrainante, le duo Rose/Léonard est jouissif et d’une grande drôlerie. Les détails historiques qui ponctuent le récit servent à l’enrichir mais permettent également de faire des ponts avec notre époque et notre actualité, ce qui créé un parallèle des plus intéressant qui ne manquera pas de capter l’attention du lecteur.

La femme au pistolet d’or est donc un roman délicieux qui m’aura permis de découvrir une série que je ne manquerai de suivre. Amateur du genre comédie policière, ce titre est fait pour toi!

Je remercie Babelio et les éditions de La Martinière.

Depuis la disparition de son mari, Mme Cottin de Melville se sent menacée: on en veut à sa fortune… et à son pistolet d’or! La Reine envoie à son secours ses fidèles serviteurs de l’ombre, Rose, Léonard… et Axel de Fersen, son amant suédois! On leur prédit un grand danger. Mais peut-on se fier à un vieux fou qui lit l’avenir dans la poudre de menthe?

 

roman

Raison & Sentiments (illustré)

Sense & Sensibility

Auteure: Jane Austen

Traducteur: Pierre Goubert

Illustratrice: Margaux Motin

EditeurTibert

Pages: 455

 

Après Orgueil et Préjugés et Persuasion, les éditions Tibert s’associent de nouveau à l’illustratrice Margaux Motin pour proposer un autre titre de Jane Austen, Raison & Sentiments. 

Elinor et Marianne voient leur destin bouleversé par la mort de leur père bien aimé. Bien que de belle naissance, elles se retrouve bientôt privées de leur part d’héritage par leur frère, manipulé par sa cupide épouse et d’un train de vie auquel elles étaient habituées. Bien décidée à ne pas vivre sous la houlette de sa belle-fille, Mrs Dashwood part avec ses trois filles (Margaret est la benjamine) pour les terres d’un parent éloigné, Sir John Middleton qui leur a offert de s’installer à Barton Cottage. Rapidement la famille tisse des liens avec son nouveau voisinage et alors que Marianne s’attire l’intérêt du Colonel Brandon, elle tombe éperdument amoureuse du jeune et fougueux John Willoughby, rencontré dans une situation tout ce qu’il y a de plus romanesque. De son côté, la calme et posée Elinor tente de dissimuler les sentiments inspirés par Edward Ferrars, frère aîné de sa belle-soeur. Deux sœurs, deux tempéraments mais de même chagrins et souffrances…

Dans Raisons et Sentiments, Jane Austen attire la sympathie de son lecteur dès les premières pages dans lesquelles Mrs Dashwood et ses filles nous sont présentées comme bonnes et généreuses mais victimes de la cupidité d’une femme cruelle. Romantisme et humour so-british sont au rendez-vous de ce récit qui nous fait voyager de la campagne du Sussex à celle du Devon en passant par Londres et ses mondanités. Les nombreuses rencontres sont tantôt agréables tantôt insupportables. Sir Middleton et sa belle-mère, Mrs Jennings, sont des êtres particulièrement exaspérants, sans gênes qui laissent entrevoir une bêtise des plus profondes. Mais leur gentillesse est sincère et on ne peut leur en vouloir bien longtemps. A l’inverse, Lucy Steele, parente éloignée de Mrs Jennings, se présente directement comme calculatrice. Elle s’arrange dès son apparition pour briser les espoirs d’Elinor en jouant cruellement avec ses sentiments et n’ayant de cesse de la blesser.

A l’image des autres titres de la collection, Margaux Motin a su s’approprier l’univers de Jane Austen et en tiré une quinzaine d’illustrations dans lesquelles elle déploie tout son talent et son humour. Elle modernise un texte qui ne semble pas affecté par le temps et en met toute la beauté en lumière. C’est un objet livre magnifique qui vient compléter harmonieusement la collection. Vivement le prochain titre!

Tous ses traits avaient de la beauté, son sourire était doux et captivant et dans les yeux, très sombres, il y avait une vie, un feu, une ardeur que l’on pouvait difficilement observer sans en être ravi.

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Le baron perché

Il Barone rampante

Auteur:  Italo Calvino

Traducteur: Martin Rueff

Editeur: Gallimard

Collection: folio

Pages: 378

 

Après la lecture du très sensible Du haut de mon cerisier de Paola Peretti, j’étais curieuse de découvrir ce très célèbre roman d’Italo Calvino. Curiosité encore un peu plus titillée par la lecture du poétique Un été en liberté de Mélanie Edwards. Deux romans sans liens mais dont l’héroïne a pour livre de chevet Le baron perché. Mes filles ayant également envie de découvrir ce titre, je me suis lancée dans une lecture à voix haute qui s’est rapidement révélée difficile car le texte ne s’y prête pas du tout. Les phrases sont d’une longueur ahurissante ce qui complique la lecture tant il est difficile parfois de pouvoir se poser et reprendre son souffle. Et de fait, cela n’a pas aidé à nous rendre ce roman agréable car ma voix chevrotait et avait du mal à donner le ton à ce récit pourtant intéressant.

Cosimo Piovasco di Rondo n’a qu’une dizaine années lorsqu’il monte sur le chêne du jardin familial pour ne plus jamais en redescendre. D’abord provocation à une injustice paternelle, cela devient une façon de se rendre intéressant aux yeux d’une fillette de son voisinage, avant de devenir un choix de vie réfléchi. Intelligent et observateur, Cosimo va faire de son arbre et de tous ceux du voisinage, un foyer unique mais d’une richesse incomparable. Au fil des rencontres et des années, il va s’adapter à son milieu, faire de très nombreuses lectures, étudier la philosophie, la politique, venir en aide aux plus démunis, se lier d’amitié avec des bandits, connaître l’amour, ses joies et ses peines. Sa vie sera riche et mouvementée mais jamais il ne reviendra sur sa décision et restera perché jusqu’à sa mort.

Conte philosophique, récit initiatique, Le baron perché est un roman fantastique, sur fond historique pertinent qui soulève la question des liens entre l’homme et la société. On peut aussi se demander si l’auteur ne tente pas de remettre en question les valeurs d’une vie de famille au profit d’une vie solitaire faite de rencontres multiples mais sans attaches. Ce qui est certain, est que ce récit ne laisse pas indifférent. Entre rires, consternations et réflexions, nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer.

En 1767, à la suite d’une dispute avec ses parents au sujet d’un plat d’escargots qu’il refuse de manger, le jeune Cosimo Piovasco di Rondo grimpe au chêne du jardin familial et n’en redescendra plus. Sautant de branche en branche et d’arbre en arbre, il s’élance à la découverte du monde: il étudie la philosophie, se passionne pour la politique, rencontre des bandits, connait les joies et les peines d’amour. Et cela sans jamais reposer un pied sur terre, ni revenir sur sa résolution.

Lecture à voix haute·roman·roman ado

Frankenstein

Frankenstein; or, The Modern Prometheus

Auteure: Mary Shelley

Traductrice: Hannah Betjeman

Editeur: Gallimard Jeunesse

Collection: Folio Junior

Pages: 265

Après la lecture à voix haute de L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, j’ai pris conscience que mes filles étaient prêtes à découvrir des récits plus sombres que ce que je leur propose habituellement. C’est donc tout naturellement que mon choix s’est porté sur l’oeuvre de Mary Shelley, Frankenstein, classique du roman gothique qui pose la question de la création de la vie. Par ailleurs, le récit entre dans la thématique « Le monstre aux limites de l’humain » au programme des classes de sixième, un thème qui a beaucoup plu chez nous.

Si Frankenstein est considéré comme un récit horrifique lors de sa première publication, le 1er janvier 1818, il est surtout connu pour être précurseur du genre de la science-fiction. Mary Shelley signe un récit différent de ce qui existe dans le genre tant dans la construction que dans les codes du genre qu’elle redéfinit. Ainsi la narration épistolaire se construit sur la forme de récits-enchâssés dont le cadre ne sert qu’à recueillir le récit de Victor Frankenstein qui comprend également la narration faite à ce dernier par la créature qu’il a créé. Et quelle créature! A peine née, rejetée par son créateur, elle se retrouve livrée à elle-même et à la cruauté des hommes qui ne voient pas plus loin que l’apparence: un monstre répugnant fait de l’assemblage de pièces provenant de différents corps. La description reste assez sommaire, l’auteure reste aussi évasive sur l’aspect réel de la créature que sur sa construction, laissant ainsi toute liberté au lecteur d’imaginer sa propre représentation. Bien sûr on aurait tôt fait de se figurer Boris Karloff qui fut la créature en 1933 dans le film de James Whale, pourtant la peur qu’elle suscite nous laisse entrapercevoir toute l’horreur de son apparence. Rapidement la créature fascine par sa curiosité, son intelligence et ses émotions très humaines. Rejetée de tous, elle n’aura de cesse de chercher à se venger de ce créateur qui l’a cruellement abandonné, devenant le monstre que tous voient en elle. Et la question tombe tout naturellement: qui est le monstre de la créature ou de son créateur?

Frankenstein n’est peut-être pas le classique qui a le mieux vieilli, souffrant notamment de quelques longueurs, mais il n’en reste pas moins captivant dans son cheminement sur la création de la vie, et son questionnement des limites (entre le monstre et l’homme, le bien et le mal, la vie et la mort…). Juliette et Gabrielle ont adoré la lecture de ce roman qui fait frissonner sans faire peur. Elles se sont immédiatement positionnées en faveur de la créature devenue monstrueuse par esprit de vengeance. Nous avons eu une très chouette discussion sur l’apparence physique et l’impression qu’elle fait, la peur qu’elle peut provoquer et l’importance de voir au-delà. Elles réclament désormais la lecture de récits mettant en avant des créatures horrifiques avec en tête de liste le Dracula de Bram Stoker dont je dois vérifier le contenu avant tout ou m’orienter sur une version abrégée comme il en existe en littérature jeunesse. N’hésitez pas à laisser un avis sur le sujet (pour rappel mes filles ont onze ans).

***

Le savant Victor Frankenstein a réussi ce qu’aucun scientifique n’avait pu faire avant lui: découvrir les secrets de la vie. Hélas! il a fabriqué une créature d’apparence humaine mais aux traits si repoussants qu’elle n’éveille que terreur et dégoût… Rejeté par tous, obligé de se cacher, le monstre promet à son créateur une abominable vengeance.

Lecture à voix haute·roman

La Gloire de mon Père

 

Auteur: Marcel Pagnol

Editeur: Presses Pocket

Série: Souvenirs d’enfance

Pages: 280

 

J’avais dix ans lorsque pour la première fois je lisais La Gloire de mon père. La même année sortait le film éponyme de Yves Robert. Sans jamais le relire, j’ai toujours gardé en mémoire ce roman comme un merveilleux souvenir d’enfance, de vacances, de nature et de liens familiaux. C’est finalement pour une lecture à voix haute que j’aurais eu l’occasion de relire ce classique de la littérature française.

La Gloire de mon Père est un roman qui se lit pour la beauté toute simple du texte, pour l’odeur de thym, de romarin ou de la marjolaine que l’on sent, pour le chant des cigales et le bruit des pas dans le désert de garrigue que l’on entend, pour la chaleur que le soleil laisse sur notre peau, et celle que les émotions de Marcel laissent sur nos cœurs. Oui, La Gloire de mon Père est un roman qu’on lit avec tous nos sens en éveils. C’est l’histoire intemporelle de l’enfance, des jeux et des apprentissages au grand air, au simple contact de la nature. C’est l’histoire d’un homme qui se souvient qu’enfant son père était son héros et qu’il fut très fier de la gloire qui fut sienne.

Les filles ont beaucoup aimé cette lecture qui les a fait rire et voyager, et leur a donné envie de marcher dans les pas des Pagnol (ce que j’espère pouvoir vivre avec elles prochainement). Elles ont aussi été séduites par les descriptions d’un mode de vie désuet entre l’école de garçons, les voyage en calèche et par les vacances à la Bastide-Neuve bien entendu. Elles ont par contre été surprise de constater la peur d’Augustine quand elle découvre que son petit garçon de 4 ans sait lire – forcément pour Gabrielle qui a su lire au même âge c’est incompréhensible de se dire qu’une mère interdit les livres à son enfant par crainte d’une « explosion du cerveau » . Elles ont aussi été horrifié par les jeux de Marcel et Paul avec les insectes, jeux qu’elles ont qualifié de « barbares ». Mais elles ont adoré ce roman et son adaptation, et sont impatientes de découvrir la suite.

Parce que j’ai maintenant des petits-enfants, j’ai souvent envie de raconter des histoires: c’est la fonction naturelle des grands-pères, et peut-être leur plus grand mérite. Le mien me racontait Peau d’âne, la Belle et la Bête, Riquet à la Houppe; mais aujourd’hui, les fées ne s’amusent plus à changer une citrouille en carrosse, et c’est grand dommage, car elles nous feraient avec un potiron, une Citroën, avec un concombre, une Dauphine, et avec une hirondelle, une Aronde… Pour moi, j’ai préféré vous raconter l’enfance d’un petit garçon, qui fut aussi celle de vos grands-pères, et qui n’est peut-être pas très différente de la vôtre, car les petits garçons de tous les pays du monde et de tous les temps ont toujours eu les mêmes problèmes, la même malice, les mêmes amours.

 

ebook·roman

Agatha Raisin, tome 18. Un Noël presque parfait

Agatha Raisin and Kissing Christmas Goodbye

 

Auteure: M.C. Beaton

Traductrice: Françoise du Sorbier

Editeur: Albin Michel

format ebook (324 pages)

Dans ce dix-huitième volet, Agatha a fort à faire entre la préparation d’une fête de Noël idéale et le meurtre de la richissime et très désagréable Mrs Tamworthy. Alors que tout semble accuser les enfants de celle-ci, qui lui en voulaient de vouloir modifier son testament en les y rayant, Agatha se met à chercher dans son passé. Aidée de sa jeune nouvelle recrue, Toni, elle se lance sur les traces d’un assassin et découvre que cette dame a laissé des ennemis, et des morts, partout où elle est passée. Et si l’assassin n’était pas celui auquel on pensait? 

Arrivée si loin dans la série, on sent bien que l’auteure tourne en rond et que les idées s’essoufflent. L’attachement que M.C. Beaton a pour son personnage est très probablement aussi fort que celui de son lectorat qui prend plaisir à retrouver Agatha Raisin dans un quotidien fait d’enquêtes, de pouvoir de séduction qui s’étiole, et de décisions aussi naïves que consternantes voir carrément stupides. La force de la saga réside évidemment dans ce personnage haut en couleur et dans les quelques personnages secondaires qui l’entourent et qui sont tous plus intéressants les uns que les autres et qui ont pour point commun leur attachement très fort (pour divers raisons) à Agatha. 

Un Noël presque parfait est un roman sympathique, sans prétention mais qui permet de passer un bon moment avec un personnage auquel on ne peut que s’attacher. C’est en quelque sorte un livre « doudou » avec lequel on ne prend pas de risque d’être déçu pour peu qu’on ait déjà lu d’autres volumes de la série et qu’ils nous aient plu.

Bientôt Noël. Le sapin sent le roussi pour Agatha Raisin qui ne digère toujours pas d’avoir été larguée par James Lacey. Pour se forcer à l’oublier, elle se lance à corps perdu dans la préparation du réveillon pour ses amis. Jusqu’à en faire une obsession… Même le meurtre de Mrs Tamworthy, retrouvée morte après un repas arrosé à la ciguë ne la détourne pas de son but. Pourtant, la riche veuve avait prévenu Agatha: elle était convaincue qu’un membre de sa famille voulait l’assassiner avant la fin de l’année. Se sentant quelque peu coupable, Agatha part sur les traces du meurtrier, bien décidée à la piéger avant le réveillon pour avoir le temps de préparer sa dinde!

album·Lecture à voix haute·roman

L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde

The strange case of Dr Jekyll and Mr. Hyde

Auteur: Robert Louis Stevenson

Illustrateur: M. A.C. Quarello

Traductrice: Anne-Sylvie Homassel

Editeur:  Sarbacane

Pages: 96

Après avoir découvert la collection des Grands Classiques Illustrés aux éditions Sarbacane avec L’Appel de la forêt de J. London et Le Garçon qui voulait devenir un Etre Humain de J. Riel, je comptais bien proposer à mes filles la lecture d’autres classiques dans cette collection qui allie de beaux textes classiques à des illustrations de grande qualité.

Comme tout le monde je connaissais l’histoire de la double personnalité du Docteur Jekyll bien que n’ayant jamais lu le court roman de Stevenson. Présenté comme une enquête menée par Mr Utterson, ami du Dr Jekyll, le récit aborde le dédoublement de personnalité dans ce qu’il serait de plus terrible. J’ai hésité à en faire la lecture à voix haute à mes filles en raison de la noirceur du récit et du texte soutenu. Mais il aurait été dommage de ne pas me lancer car si Juliette et Gabrielle ont eu du mal à saisir la conclusion (qui a de fait été longuement discuté), elles ont adoré tenter de démêler les nœuds de cette enquête bien ficelée dont l’auteur ne dévoile que progressivement les complexités.

Sublimé par les illustrations pleine page de Maurizio A.C. Quarello, le récit nous entraîne dans les rues de Londres en pleine époque victorienne. L’auteur joue sur la dualité de son personnage principal pour nous faire découvrir deux aspects de la ville dont chacun reflète l’âme de ces deux identités. L’ensemble est délicieusement glaçant et offre un regard critique sur une société qui enferme les caractères et les comportements dans un cadre rigide de bienséance et d’idées du bien et du mal régies par l’église. Fascinant!

 

L’avis d’Isabelle est ici!

Qui est l’étrange Hyde au corps difforme et aux manières brutales, accusé d’un crime odieux, qui semble avoir ses entrées chez l’honorable docteur Jekyll? Et pourquoi Jekyll lui-même se coupe-t-il parfois de ses meilleurs amis? M. Utterson, notaire intègre et sévère proche du docteur, mène l’enquête. La vérité lui fera froid dans le dos…

roman

Persuasion (illustré)

Persuasion

Auteure: Jane Austen

Traduction: Mme Letorsay (revue et complétée par l’éditeur)

Illustratrice: Margaux Motin

Editeur: Tibert

Pages: 300

Il y a six ans de cela, je rédigeais un billet sur le Persuasion de Jane Austen, le dernier de ses romans achevés, sans aucun doute le plus mature et le plus abouti. Je vous invite à lire ma critique ici. Globalement je pourrais écrire la même chose, si ce n’est que j’ai pris plus de plaisir à lire l’introduction qu’à l’époque. Publié à titre posthume, conjointement avec Northanger Abbey, il est aussi le seul roman de l’auteure dont l’histoire se déroule à l’époque où il a été écrit, c’est à dire après la défaite de Napoléon contre l’Angleterre, son abdication et son exil sur l’île d’Elbe. Persuasion est bien entendu une romance mais c’est aussi un hommage à la Royal Navy, et peut-être tout particulièrement à ses deux frères, officiers de marine. On y retrouve toute l’ironie et le style de l’auteure dans cette critique sociale qui valorise les traits de caractère à la richesse, pose la question de la place de la femme dans la société, et dans le mariage, et met en avant l’avantage d’un mariage d’amour à un mariage de convenance.

Margaux Motin illustre cette nouvelle édition avec le même humour et la même fraîcheur déployés dans Orgueil & Préjugés. Dix-huit illustrations couleur viennent moderniser un texte et des valeurs intemporels. S’il n’y a aucun croquis au fil des pages, j’ai apprécié le petit carnet de fin d’ouvrage qui permet de découvrir le travail préparatoire de l’illustratrice. J’ai passé un très agréable moment en compagnie d’Anne Eliott, du Capitaine Wentworth et de tous leurs amis. Il ne reste qu’à espérer que les éditions Tibert publient l’ensemble des six romans achevés de Jane Austen dans ce même format!

« Tout le privilège que je demande, c’est celui d’aimer le plus longtemps, même quand l’objet ou quand l’espoir ont disparu. »

Nouvelle campagne Ulule des éditions Tibert: Raison & Sentiments

roman

Orgueil et Préjugés (illustré)

Pride and Prejudice

Auteure:  Jane Austen

Traducteur: Jules Castier

Illustratrice: Margaux Motin

Editeur: Tibert

Pages: 355

Les éditions Tibert mettent un point d’honneur à proposer des ouvrages de qualité aux beaux textes, illustrés par des artistes contemporains et dans une édition faite pour durer (pages cousues, couverture cartonné et tranche tissée). Le tout donne des livres uniques, tirés à peu d’exemplaires, qui mettent en avant des oeuvres et des artistes dans un savant mélange de classique et de modernité.

Orgueil et Préjugés fait parti de ces romans que je peux relire sans compter en y prenant toujours autant de plaisir. Un roman qui a plus de 200 ans et qui plait toujours autant par l’intemporalité de son histoire d’amour mais également par les valeurs féministes que l’auteure a su intégrer. On ne peut qu’imaginer combien il fut difficile de faire valoir ses pensées, ses choix et ses décisions à une époque où les femmes disposaient de si peu de libre-arbitre.

Après le superbe travail fait sur Jane Eyre par Nathalie Novi, j’étais impatiente de découvrir comment Margaux Motin se serait appropriée l’oeuvre d’Austen. Et c’est franchement réussi! Avec son style et son humour habituels, elle apporte de la fraîcheur à un récit qui n’a pourtant pris aucune ride. On pourrait presque regretter qu’il n’y aie pas plus d’illustrations – 12 pleine page en couleur et 20 croquis en noir et blanc.

Quant au texte en lui-même, les éditions Tibert ont fait le choix de dépoussiérer une traduction de 1947 par Jules Castier dans un soucis de fidélité au texte original. J’avoue que cela m’a gêné à la lecture des premiers chapitres car le texte est rendue assez lourd en raison d’une ponctuation et de répétitions qui, s’ils sont à l’image de l’auteure et de ses personnages, perdent peut-être un peu de saveur à notre époque. Mais finalement je me suis rapidement laissée séduire par l’histoire et la forme du texte n’a plus été un soucis. J’ai retrouvé l’humour so-british que j’aime tant, les personnages dans toute l’énormité de leurs défauts et il faut bien avouer que c’est jubilatoire!

« Je déclare qu’après tout, il n’y a pas de plaisir qui vaille la lecture! Comme on se fatigue plus vite de toute chose que d’un livre! »