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D’or et d’oreillers (2021)

 

Auteure: Flore Vesco

Editeur: l’école des loisirs

Collection: Medium +

Pages: 234

 

Lorsque Flore Vesco sort un nouveau livre, c’est toujours une fête et la garantie d’un grand moment de lecture. Comment fait-elle pour toujours capter l’attention de son lecteur? Avec D’or et d’Oreillers, elle nous entraîne dans une réécriture moderne et sensuelle du conte d’Andersen, La Princesse au Petit Pois. Mais ici il n’est nullement question de princesse ou de petit pois, et il ne s’agit même pas d’un conte mais d’une histoire d’amour pleine de magie, de sorcellerie.

Lorsque la rumeur se répand que lord Handerson se cherche une épouse, toutes les mères ayant des filles à marier se réjouissent de la nouvelle et se préparent à lancer leurs filles sur le marché du mariage. Pourtant, l’annonce d’un test mis au point par le jeune homme les fait bondir. En effet ce dernier demande à ce que chaque jeune fille dorme sous son toit sans chaperon dans une chambre apprêtée à leur intention, une chambre ordinaire si ce n’était ce lit d’une hauteur prodigieuse fait d’un empilement d’une dizaine de matelas. Avec trois filles à marier, Mrs Watkins est prête à tout. Elle organise le séjour de ses filles chez ce mystérieux lord qu’elle envoie accompagnée de leur femme de chambre. Lord Handerson, faisant peu de cas de la classe sociale, fait passer le test aux quatre jeunes filles. Une seule validera le test et elle n’a rien d’une lady, ce qui n’est pas plus mal car elle aura fort à faire dans ce château hanté où la magie est si forte qu’elle laisse peu de répit à ses habitants. Sadima réussira-t-elle à lever le voile sur les mystères qui entourent le lord et sa demeure? Le défit est lancé…

Comme dans ses titres précédents, Flore Vesco enchante son lecteur par la qualité de son récit et son habileté avec la langue qu’elle utilise pour faire des jeux de mots toujours fort appréciables. Utilisant les codes du genre, elle signe un titre romanesque digne d’un Jane Austen avec ses jeunes filles frivoles et la course au mari dans laquelle elles se lancent avec frénésie pour conquérir un revenu mirobolant plus que l’amour d’un homme. Elle sort cependant des sentiers battus en introduisant de la sorcellerie qui ramène au conte. Sadima est une héroïne courageuse, forte et déterminée; loin des innocentes jeunes filles nobles, elle ne craint pas de découvrir son corps dans l’intimité de sa chambre.

D’or et d’oreillers est un récit moderne et sensuel à réserver au plus de 13 ans qui sera séduire le lecteur par son humour noir, sa plume entraînante et la richesse de la langue qui transportent le lecteur dans un monde fantastique enchanteur porté par une héroïne de caractère. Flore Vesco signe un titre résolument féministe dans lequel l’éveil à la sexualité des jeunes filles passe par la découverte de leur corps et de leur plaisir.

***

C’est un lit vertigineux, sur lequel on a empilé une dizaine de matelas. Il trône au centre de la chambre qui accueille les prétendantes de lord Handerson. Le riche héritier a conçu un test pour choisir au mieux sa future épouse: chaque candidate est invitée à passer une nuit chez lui, à Blenkinsop Castle, dans ce lit d’une hauteur invraisemblable. Dormir chez un inconnu, sans parent ni chaperon! Quoi de plus scandaleux pour une jeune fille de bonne famille! Malgré tout, Mrs Watkins y envoie ses trois filles, accompagnées d’une femme de chambre. Elles se rendent en tremblant au château. Seule l’une d’entre elles retiendra l’attention du lord… Cette dernière, pourtant, n’a rien d’une princesse au petit pois! Et c’est tant mieux, car nous ne sommes pas dans un conte de fées, mais dans une histoire d’amour et de sorcellerie où l’on apprend ce que les jeunes filles font en secret, la nuit, dans leur lit…

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Beethoven et la fille aux cheveux bleus

Beethoven e la ragazza coi capelli blu

Auteur: Matthieu Mantanus

Traducteur: Marc Lesage

Editeur: l’école des loisirs

Collection: Medium +

Pages: 205

 

Beethoven et la fille aux cheveux bleus est un récit assez surprenant par bien des aspects. Alors que la quatrième de couverture laisse penser qu’il s’agit d’une romance dans le monde de la musique, on se rend bien vite compte que l’histoire d’amour n’est pas celle qu’on espérait voir naître sous nos yeux mais plutôt une histoire d’amour entre une jeune femme et la musique. En effet Anna, qui intègre le groupe Red Heaven en tant que bassiste, est aussi contrebassiste dans un orchestre symphonique et aime aller au bout des choses. Aussi quand elle aime un morceau de musique, elle se documente au maximum sur son compositeur, son histoire, l’écriture de la musique, son interprétation, sa lecture et sa décomposition. Elle commence à laisser parler sa passion un peu par hasard, comme pour meubler le silence, ou pour entrer en communication avec Mark Rochester, le chanteur et leader du groupe. Lorsque celui-ci se prend au jeu, le hasard devient un rituel qui va les unir durant les temps calmes de leur semaine de travail en Italie… peu à peu Mark s’ouvre à la musique classique et se laisse charmer par le récit d’Anne et par la jeune fille…

L’histoire de la musique est vraiment intéressante et on ressent toute la passion de l’auteur, lui-même musicien, pour son sujet. Si l’écriture n’est pas désagréable, elle n’en reste pas moins très didactique; si j’ai trouvé l’héroïne très rafraîchissante et ses discussions enrichissantes, je trouve que les chapitres s’enchaînent sans trop de lien entre eux et manquent du dynamisme attendu dans un roman. Au final le récit se rapproche plus de l’essai. Par ailleurs, si j’ai trouvé les deux personnages convaincants, je les trouve un peu trop âgés pour un roman adolescent. Leur mode de vie et leur centre d’intérêt me paraissent assez éloignés des ados et je ne suis pas convaincue qu’ils s’y retrouvent. Mais en ce qui me concerne, j’ai passé un très bon moment de lecture.

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Mark Rochester, le chanteur de Red Heaven, enregistre son prochain album dans une ferme de la campagne toscane, avec une nouvelle bassiste dans le groupe : Anna. Bientôt, il apprend que la jeune femme est également contrebassiste dans un orchestre classique, et, durant les temps morts de l’enregistrement, elle lui raconte la grande et la petite histoire de cette musique jugée plus noble que le rock, telle une Shéhérazade moderne. Mark comprend alors que la musique forme un tout, une continuité, mais surtout il tombe amoureux d’Anna. Des sentiments qui sont – peut-être – réciproques.

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Chroniques des Cinq-Trônes, tome 1. Moitiés d’âme

 

Auteur: Anthelme Hauchecorne

Éditeur: Gulf Stream

Illustrateur: O’LEE

Pages: 528

 

La fantasy n’est pas mon genre de prédilection mais de temps à autre j’aime bien me plonger dans l’un de ces univers fictifs emplis de magie et de créatures surnaturels. En premier lieu, il faut reconnaître que l’objet-livre est somptueux avec sa couverture épaisse, sa magnifique illustration et son ruban marque-page. Le travail de l’éditeur est de qualité et donne un livre fait pour durer.

En second lieu, on ne peut nier que ces Chroniques des Cinq-Trônes ont tout ce qu’il faut pour en faire l’un des romans de fantasy les plus intéressants qu’il m’aie été donné de lire à ce jour. Entre l’écriture concise et percutante d’Anthelme Hauchecorne, les personnages hauts en couleur et l’histoire intelligemment construite, ce roman ne laisse aucun répit. L’auteur transporte son lecteur dans un univers où la magie, le triangle amoureux entre deux humains et une Faëe et l’ambiance médiévale charment tout autant que les paysages hivernaux et le sentiment d’oppression que l’ont ressent à la lecture. Le récit n’est marqué par aucun temps mort et la lecture n’en est rendue que plus addictive.

Moitiés d’Âmes est le premier volume d’une tétralogie qui se suffit à lui-même. La fin reste ouverte mais peut tout à fait s’arrêter là. Il va bien au-delà d’un tome d’introduction tant l’histoire est riche en événements souvent surprenants, toujours très percutants. Les rebondissements arrivent toujours au moment où l’on croit avoir compris les tenants et les aboutissants d’une situation. A découvrir dès treize ans (quinze ans pour l’éditeur).

La mägerie n’obéit qu’à un seul principe: elle ne peut s’exercer qu’à deux. Liutgarde le sait. Elle a pourtant fui Ortaire, l’époux qui lui avait été imposé, renonçant ainsi à son pouvoir. Exilée au nord des terres, elle serait morte sans l’aide des caravaniers et de Rollon, un mäge à l’esprit torturé. Épris l’un de l’autre, Liutgarde et Rollon se déplacent en roulottes avec leur communauté dans l’hostile forêt de la Sylverëe, ancien royaume des Faëes de l’Hiver. Mais l’équilibre de cette vie en cavale va complètement basculer, les obligeant à régler les dettes de leurs vies antérieures. Car dans ce monde tout se sait et tout se paie un jour. Leur pouvoir et leur amour suffiront-ils à les protéger?