Prix littéraire·roman ado

Vivre ses vies (2020)

Auteure: Véronique Petit

Editeur: Rageot

Pages: 256

Sélection officielle du Prix littéraire libre2lire catégorie Ados

Gabriel a treize ans. Il vient d’apprendre qu’il possède sept vies. Une véritable aubaine pour ce passionné de saut en parachute. Pourtant, il s’interroge sur cette chance et sur le poids que ses vies bonus placent sur ses épaules. Doit-il, comme semblent le penser ses camarades, sacrifier ses vies pour sauver des vies? Les préserver pour faire quelque chose de plus grand? Ou tout simplement en profiter comme bon lui semble?

Véronique Petit utilise le registre fantastique pour amener une réflexion philosophique sur la valeur de la vie. Au travers de collégiens, qui ont de une à sept vies, elle questionne le lecteur sur les choix et conséquences qui pèsent sur notre existence. Cependant, si le registre fantastique est bien présent, le récit s’inscrit avant tout dans le registre quotidien. Le texte fait un parallèle intéressant entre la réalité fictive et la réalité virtuelle. Gabriel rêve de sauts en parachute en solo, rêve qu’il met en pratique en jouant à des jeux vidéos dans lesquels il est littéralement immortel. Le fait d’avoir plusieurs vies soulèvent donc la question du pouvoir de vie et de mort et de l’impact que les jeux vidéos peuvent avoir sur ses décisions concernant le saut.

Mais l’auteure va bien plus loin en abordant des thématiques fortes comme celle des enfants soldats. Elle interroge aussi sur le pouvoir, le contrôle et le dépassement de soi au travers d’un message féministe qui dénonce les stéréotypes qui mettent les garçons sur le banc des insouciants et les filles sur celui des prévenantes. Vivre ses vies est un roman intéressant accessible dès l’entrée au collège. L’histoire est fluide et ne manque pas de charme même si la fin arrive un peu trop facilement. Cela ne m’empêchera pas de le recommander, ne serait-ce que pour entourer une discussion sur la vie avec les jeunes.

J’ai mené cette lecture avec mes deux filles de douze ans ; nous avons chacune pris le temps d’avancer au même rythme en lisant chacune au un moment de la journée qui nous correspondait, ce qui a permis d’en discuter parallèlement. Juliette a été particulièrement enthousiasmé par ce roman qu’elle a de fait eu du mal à lire à notre rythme. Gabrielle a adoré le début et puis elle a décroché par manque de compassion et de sympathie pour le héros.

Gabriel vient d’apprendre qu’il a six vies. A lui les sports à risques et les grands frissons… Mais jusqu’à quand?

BD/manga·roman graphique

Le Baron perché – BD (2021)

D’après Italo Calvino

Auteure/Illustratrice : Claire Martin

Editeur: Jungle

Pages : 136

Adaptation du roman éponyme d’Italo Calvino, Le Baron perché est une bande dessinée agréable à lire et qui rend le texte d’origine accessible à tous. En effet, là où l’auteur italien utilisait un vocabulaire riche et des phrases d’une longueur étourdissante, Claire Martin a su adapter le texte pour le rendre plus facile sans pour autant perdre le sens général ni tomber dans la facilité.

Mes filles avaient parfois du mal avec le sens du texte de Calvino et ce nouveau format leur a vraiment permis d’aller plus en avant dans la compréhension des évènements politiques et philosophiques. J’ai trouvé pour ma part que l’auteure n’avait abordé ces thématiques que trop légèrement mais avec le recul je me dis que pour le lecteur cible, c’est sans aucun doute préférable ainsi.

Les illustrations s’accordent bien à l’ambiance de l’histoire et à l’époque dans laquelle se déroule le récit. L’illustratrice marque bien le temps qui passe au travers des paysages et des personnages qui prennent de l’âge en changeant de traits. J’ai aimé la richesse du trait qui donne vraiment une apparence différente à chaque personnage et l’utilisation du sépia pour relater les évènements passés.

Au final je pense que cette adaptation est vraiment très bonne et permettra aux plus jeunes d’aborder un texte classique parfois complexe qu’ils auront toujours le loisir de redécouvrir quand ils seront prêts.

Italie, milieu du XVIIIe siècle. Dans un manoir niché au milieu d’une vaste forêt, un jeune baron du nom de Côme est en conflit avec ses parents. Pour échapper à leur autoritarisme ainsi qu’aux traditions étouffantes de cette classe sociale, il va décider de vivre dans les arbres. En circulant de branche en branche, il s’adapte à cet environnement sensoriel et dangereux, et apprend à subvenir à ses besoins. Bien loin de le couper du reste de l’humanité, ce mode de vie atypique le guide vers des rencontres auxquelles il renouvelle sa promesse: il ne mettra plus jamais un pied sur le sol.

album

La Passoire (2020)

Auteure/Illustratrice : Clarisse Lochmann

Editeur : L’atelier du poisson soluble

Pages : 56

Alors qu’elle sort du sommeil, une enfant tente de se remémorer son rêve de la nuit. Les souvenirs sont divers mais impossible de les fixer dans sa mémoire, tout est flou, sans début ni fin, il n’y a aucune logique pour rattacher les évènements entre eux. Il reste pourtant quelques réminiscences de la nuit: des couleurs, des visages, des sensations mais peu à peu l’enfant se rend compte que les contours s’effacent et que, comme de l’eau qui s’égoutte à travers les trous d’une passoire, les rêves s’écoulent de la mémoire.

Clarisse Lochmann signe un titre onirique qui permet d’aborder le rêve et son aspect éphémère dès le plus jeune âge. Le texte montre combien il est difficile de fixer les images qui nous sont apparues en songe. Et même, plus nous tentons de les fixer, plus elles nous échappent. A l’image du rêve, les illustrations sont parfaitement adaptées avec leurs contours flous et ces formes dont il est parfois difficile de les saisir tant elles sont imprécises. L’ensemble donne vie à un album particulièrement poétique et évocateur du monde des rêves dans lequel nous nous perdons tous régulièrement.

Pour moi, c’est un gros coup de .

L’avis de LivresdAvril.

Une petite fille joue à se remémorer son rêve qui aussitôt lui échappe. Les détails deviennent  soudainement incertains, ne surnagent que quelques bribes, amplifiant l’étrangeté des situations : la mémoire est une passoire !

album

Forêt des frères (2020)

Auteure/Illustratrice : Yukiko Noritake

Editeur : Actes Sud junior

Pages : 32

Deux frères se partagent un grand espace réparti sur des doubles-pages. Un espace commun ou deux espaces qui se ressemblent? Ce qui est sûr est que leurs choix s’opposent et apportent une réflexion sur la place de l’homme dans la nature. En effet, si le frère de gauche choisit de s’adapter au milieu, de s’y fondre pour une vie au cœur de la forêt en parfaite harmonie avec les végétaux et les animaux, le frère de droite va s’implanter complètement, choisir une vie consumériste forte d’un désir de « toujours plus » dans laquelle l’urbanisation va prendre le dessus.

Yukiko Noritake, artiste japonaise vivant en France, sensibilise le lecteur au poids que nos choix et nos actions font peser sur le monde qui nous entoure. Cet album très grand format offre un regard croisé sur des choix de vie diamétralement opposés. Le personnage féminin se dessine comme une personnification de la nature qui accepterait celui des frères qui la respecterait. Elle interroge sur la place de l’homme dans l’immensité de notre monde, sur le rôle de l’éducation et les croyances individuelles sur les choix de chacun.

Les illustrations sont élégantes et poétiques à la fois, elles dégagent une grande sensibilité. Chaque plan est en contre plongé, permettant aux lecteurs de visualiser les changements qui s’effectuent sur le quotidien de chaque frère mais également les répercussions engendrées sur leur environnement plus ou moins proche. Forêt des frères est un très bel album qui sensibilise en opposant deux modes de vies radicalement différents. Le message écologique est clair, il passe avec objectivité et sans jugement et ça fait toute la différence.

L’avis de LivresdAvril.

Deux frères ont hérité chacun de la moitié d’une même forêt. Le premier s’installe simplement, il aime la nature comme elle est. Le second a de grands projets, il n’a pas peur de faire de la place, quitte à modifier considérablement le paysage… Une métaphore magnifique de la façon dont nos actions modèlent la nature qui nous entoure. Un album contemplatif, qui porte une réflexion sans jugement, presque sans paroles, tout en délicatesse.

album·BD/manga

Cachée ou pas j’arrive ! (2020)

Auteure: Lolita Séchan

Illustratrice: Camille Jourdy

Editeur: Actes Sud BD

Pages: 34

Lolita Séchan et Camille Jourdy s’associent pour réaliser une album tendre et drôle dont le format bande dessinée élargit le champ de vision sur une partie de cache cache pas tout à fait comme les autres. Au fil des pages, le décompte s’égraine pendant que la petite Nouk cherche la meilleure cachette possible. La multitude de petits détails et les nombreuses références dissimulés dans les illustrations attirent le regard du lecteur. Ils permettent aussi de voir le temps défiler lorsque Bartok part à la recherche de son amie.

Cachée ou pas j’arrive! est une invitation dans l’enfance et ses jeux, le lecteur de tout âge prendra plaisir à se remémorer les joies d’une partie de jeu entre amis et à voir défiler, aux files des pages, un tourbillon de personnages fantasques, des héros de fables ou d’autres livres jeunesses. Les filles et moi sommes sous le charme de la douceur qui se dégage de l’ambiance générale et de l’univers enfantin créé par la fusion de deux mondes qui ont beaucoup en commun. Nous sommes littéralement séduites.

Par ici, l’avis d‘Isabelle.

Chère Nouk, je t’invite à jouer chez moi mercredi. Ton ami, Bartok.

rendez-vous hebdomadaire

Premières Lignes #1

Sur une idée originale découverte sur Ma Lecturothèque, je profite des vacances pour me lancer sur un rendez-vous hebdomadaire qui permet de faire découvrir un roman sur ses Premières Lignes. Celles-ci sont importantes puisqu’elles introduisent l’histoire et permettent de découvrir le type de récit dans lequel le lecteur se lance.

Pour ouvrir ce rendez-vous, j’ai choisi de citer un roman pour adolescents sélectionné pour le Prix littéraire libre2lire, un roman que Gabrielle a emprunté en médiathèque et que je suis très heureuse de pouvoir lire en parallèle de sa lecture.

❤ ❤ ❤

1

J’attends que la porte se referme. Puis je compte jusqu’à cent, au cas où ma mère aurait oublié son portable et déciderait de faire demi-tour.

A cent, je sors de ma chambre et jette un oeil par la fenêtre. C’est bon, la voiture n’est plus là. J’enfile mon blouson. Mes yeux accrochent comme à chaque fois la Bible des risques, posée sur une console dans l’entrée. Impossible de la manquer. C’est sûrement la raison pour laquelle ma mère la laisse si souvent traîner ici. Pour que jamais on ne l’oublie.

_ Où tu vas?

Vivre ses vies de Véronique Petit, Rageot, 2020.
Lecture à voix haute·roman jeunesse

L’incroyable histoire du mouton qui sauva une école (2018)

Auteur : Thomas Gerbeaux

Illustratrice : Pauline Kerleroux

Editeur : La joie de Lire

Collection : Hibouk

Pages : 91

Bien avant d’aider les homards à quitter leur vivier pour regagner leur liberté, Jeanne, la fille du « vétérimaire » (contraction de vétérinaire et maire) de l’île aux moutons, s’était engagée auprès de son père à sauver l’école d’une fermeture. Car il fut une époque où le Ministre de l’éducation décréta qu’il fallait réduire le budget en fermant les classes de moins de trente élèves. Il aura fallu une idée saugrenue et une bonne dose de culot pour inscrire Vincent, un mouton qui a bien plus que sa laine à offrir.

Une fois de plus l’écriture immersive et humoristique de Thomas Gerbeaux m’a littéralement transporté sur l’île aux moutons. A l’heure où un projet de loi menace la liberté du choix d’instruction, j’ai trouvé ce regard sur la restriction de budget d’un ministère entier et la réduction du nombre de classe particulièrement intéressante. L’histoire prenant place sur une île cela prend une dimension importante puisque la fermeture de classe rime avec fermeture définitive de l’école avec les conséquences que cela entraineraient pour les familles qui seraient contraintes d’envoyer leurs enfants dès l’âge de trois ans, sur le continent et à l’internat.

Thomas Gerbeaux n’a pas son pareil pour pousser la réflexion avec ironie. Les illustrations stylisées de Pauline Kerleroux complètent le texte en toute simplicité. Ce duo n’a pas fini de nous séduire avec ses histoires engagées au ton léger en faveur d’une société plus juste.

Le ministre de l’Education nationale a décidé de fermer les classes de moins de trente élèves. Pour sauver l’école de l’île aux Moutons, à laquelle il manque un écolier, le maire et sa fille Jeanne ont l’idée d’y inscrire Vincent… un mouton ! Mais le ministre ne compte pas se laisser berner : la loi, c’est la loi.

Documentaires /Livres jeux

Je suis qui ? Je suis quoi ? (2019)

Textes et scénarios: Jean-Michel Billioud

BD et portraits : Terkel Risbjerg

Illustrations : Zelda Zonk

Editeur : Casterman

Pages : 80

Voici un petit ouvrage bienveillant pour parler d’identité sexuelle en répondant aux questions qui peuvent être source d’inquiétude quand le jeune en pleine construction identitaire prend conscience qu’il n’entre pas dans les normes sociales imposées et établies par l’église… durant le Moyen-Age.

De témoignages au lexique en passant par les stéréotypes dans les médias, des figures historiques ou encore les insultes et agressions, Je suis qui ? Je suis quoi? rappelle que notre identité n’est pas définie par ce que la nature nous a donné ou par le sexe de la personne qui nous attire. Nous sommes qui nous sommes, qui nous voulons être. Nous avons tous des droits et des lois pour nous protéger.

Le format multiple de ce documentaire prend tantôt la forme de questions-réponses, tantôt celle d’une liste de mots ou de noms d’associations mais devient aussi une bande dessinée pour présenter des personnalités ou encore de cartes. Ce choix rend la lecture vivante et contextualisée par de nombreux témoignages qui mettent en lumière une communauté encore trop souvent discriminée au regard d’une norme dépassée. Le ton tend vers la sensibilisation au travers de textes avisés engagés et d’illustrations qui viennent dédramatiser le sujet avec légèreté et humour.

Je suis qui ? Je suis quoi ? est un petit guide pratique à faire lire à nos jeunes qu’ils soient ou non LGBT+ pour s’ouvrir aux autres et à eux-mêmes.

Tu aimes les filles ? tu aimes les garçons ? Tu ne sais pas trop ? Ton genre, ton corps ne te conviennent pas ? Tu te poses des questions sur ta vie, tes envies… et tu n’oses pas en parler autour du toi ? Ou bien un ou une amie vit cela ?

Ce livre peut t’apporter des réponses. Notre identité n’est pas définie par la personne que l’on aime, ni par son genre. Tu peux être qui tu veux. Et personne ne peut te l’interdire.

BD/manga

Olive, Tome 2/4. Allô la Terre ? (2021)

Auteure: Véro Cazot

Illustratrice: Lucy Mazel

Editeur: Dupuis

Pages: 56

Deuxième volume de la série, Allô la Terre ? entraîne le lecteur un peu plus loin dans les limbes de la pensée d’Olive. Alors qu’elle pense être la seule personne de ce monde dans lequel elle aime tant se réfugier, elle découvre que l’astronaute rencontré en fin de premier volume, Lenny, semble lui-aussi interagir avec cet univers. On parle beaucoup de ce dernier dans la presse avec inquiétude et Olive se rend compte que Lenny n’est pas en grande forme et qu’il faut rapidement le retrouver pour lui venir en aide. Avec Charlie, sa colocataire, elles se lancent à se recherche en tentant de faire correspondre le monde d’Olive et la réalité…

L’auteure poursuit son récit fantastique entre les deux mondes qu’elle a créée pour son héroïne. Des connections se mettent en place qui vont conduire Olive à se questionner sur ses origines. Peu à peu le voile se lève et les réponses arrivent. Il est encore trop tôt pour tout comprendre mais la lecture est vraiment rendue intéressante par le lien qui semble unir les personnages d’Olive et Lenny et le monde « imaginaire » à la réalité. La construction du récit est pertinente et pousse le lecteur à toujours se demander où commence le fantastique et où se finit le réel alors que ce volume s’encre d’avantage dans la réalité.

Illustration de Lucy Mazel, Dupuis, 2021.

Olive, 17 ans, a une vie intérieure très intense. Elle s’est créé un monde imaginaire qu’elle visite a volonté. Mais son quotidien terrestre est bousculé par l’arrivée de Charlie, une fille extravertie avec qui elle doit partager sa chambre à l’internat. Plus grave encore : un mystérieux spationaute débarque par surprise dans son monde imaginaire!

album·Prix littéraire

Bienvenue Tristesse (2019)

Auteure/Illustratrice : Eva Eland

Editeur : Les éléphants

Pages : 28

Sélection officielle du Prix UNICEF Littérature jeunesse 2021 catégorie 3-5 ans.

Cette année les émotions sont au cœur de la sélection du Prix UNICEF de Littérature jeunesse. Avec Bienvenue Tristesse, on peut dire qu’on tombe parfaitement dans le vif du sujet.

Emotion fréquente même pour un tout petit, il n’est pas toujours facile de comprendre la tristesse qui nous tombe parfois dessus sans que l’on sache vraiment pourquoi. Eva Eland invite son petit lecteur à accueillir cette émotion comme une amie et propose des idées pour aider à l’apaiser tout en encourageant à chercher la méthode qui fonctionnera le mieux pour soi.

Très sensible aux illustrations, j’ai tout particulièrement aimé la douceur et la bienveillance qui se dégagent du trait tout en rondeurs de l’auteure. Tristesse prend une place importante sans limites réellement définies et va peu à peu s’estomper pour devenir presque invisible, se fondant peu à peu dans le décor au même titre que sa couleur très pâle, proche de l’invisible.

Bienvenue Tristesse est un album sensible et bienveillant qui met en avant une émotion peu représentée en littérature jeunesse. Les mots sont doux et l’album est emprunt d’une grande sensibilité. Pour moi c’est un gros coup de .

Parfois, Tristesse s’invite sans prévenir. Laisse-la entrer : elle mérite qu’on lui consacre un peu de temps…