roman jeunesse

Les Pointes Noires à l’Opéra

 

Auteure: Sophie Noël

Editeur: Magnard Jeunesse

Collection: Roman 8-12 ans

Pages: 176 pages

 

Il y a un an, Gabrielle et moi avions eu un coup de cœur pour Les Pointes Noires de Sophie Noël et pour sa jeune héroïne pétillante, perfectionniste et sensible.

Quel plaisir de retrouver Ève, élève pour la deuxième année consécutive à l’Opéra de Paris ! Bien que préparée aux difficultés, à la rigueur de la formation et à la rivalité, l’adolescente doit aussi gérer un quotidien souvent rendu difficile par les entraînement qui s’éternisent, les blessures qu’il faut souffrir en silence, et surtout la solitude profonde. Ève reste prête à tous les sacrifices pour réaliser son rêve et ouvrir la voie aux futures danseuses qui comme elle, ont la peaux noires et l’ambition de devenir danseuse étoile. Pour tromper sa solitude elle se rapproche d’élèves plus âgés et pour remplir le vide dans son cœur, elle entame des recherches pour retrouver son amie de l’orphelinat, Hawa. Entre préparations et participations à des ballets, voyage et difficulté à trouver sa place dans un monde uniformisé, Ève entre de plein fouet dans l’adolescence et va devoir faire des choix pour avancer en gardant son intégrité sans pour autant renoncer à ses rêves. 

Les Pointes Noires à l’Opéra est un récit à la hauteur du premier tome qui met en avant les difficultés rencontrées par les élèves des grandes écoles de danse dont on attend une attitude exemplaire et un engagement total de sa personne. Mais Sophie Noël y dénonce surtout la rigidité d’un système éducatif désuet et une uniformité physique qui ferme des portes à des danseuses talentueuses pour seul motif que la couleur de leur peau est plus foncée que celle des autres. Avec toujours autant de justesse, l’auteure signe un titre intelligent sur le monde de la danse classique et de ses valeurs qui ne demandent qu’à être modernisées. On y retrouve les sujets déjà abordés dans le précédent tome: le racisme, la tolérance, le dépassement de soi; mais aussi l’importance de maintenir des liens entre des enfants qui, avant d’être adoptés, étaient comme frères et sœurs, l’accès à des activités pour les plus démunis et la nécessité de faire évoluer les mentalités pour donner les mêmes chances à tous. 

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Ève entame sa deuxième année dans la prestigieuse et exigeante école de danse de l’Opéra de Paris. Au-delà de la rude concurrence et de la solitude, elle se demande si sa couleur de peau ne l’empêchera pas d’accéder aux rôles qui la font rêver… Elle cherche alors à retrouver Hawa, avec qui elle a tout partagé dans l’orphelinat malien qui les a vues grandir. « Le monde n’est pas si grand », lui avait dit sa mère, et Ève veut croire que son amie l’attend toujours quelque part. Des ballets féeriques aux costumes chatoyants, en passant par un lointain voyage et les turbulences de l’adolescence, Ève vit à cent à l’heure tous les bouleversements de sa vie de ballerine. Parviendra-t-elle à s’élever vers les étoiles tout en renouant avec les racines de son enfance ?

Lecture à voix haute·masse critique·roman jeunesse

Drôles d’Espions, tome 1. Une énigme Bleu Saphir

Gli Intrigue – Un enigma blu zaffiro

Auteurs: Pierdomenico Boccalario & Alessandro Gatti

Illustrateur: Tommaso Ronda

Traductrice:  Catherine Tron-Mulder

Editeur: Hachette

Pages: 149

Dans la famille Intrigue, on est espion de génération en génération. Laszlo et Veena habitent à Amsterdam avec leurs trois enfants: Imogen (16 ans), Zelda (11 ans) et Marcus (10 ans), leur chien Orville et Thibaut le majordome. Lorsqu’arrive une enveloppe jaune marquée d’un point d’interrogation, tous savent que c’est le début de l’aventure, une nouvelle mission. Et pour Zelda et Marcus, c’est la toute première fois qu’ils sont autorisés à participer. L’excitation est à son comble lorsque la famille prend la route de Paris pour venir en aide à un bijoutier chez qui un bijou extraordinaire a été subtilisé.

Une énigme Bleu Saphir est le premier tome d’une série coécrite par Pierdomenico Boccalario (Ulysse Moore, La boutique Vif-Argent…) et Alessandro Gatti qui ont déjà collaboré sur Sherlock, Lupin & MoiPorté par une famille aux talents particuliers, Drôles d’espions s’annonce comme une série policière pour les jeunes lecteurs dès 9/10 ans. Dans ce premier volet, le récit s’articule de façon à ce que chaque membre de la famille puisse utiliser son talent et ainsi aider à faire avancer l’enquête qui les entraînera jusque dans un micro-état au cœur des Alpes. La famille Intrigue semble avoir un pied dans deux époques, l’une faite de traditions et l’autre remplit de gadgets modernes et sophistiqués, le tout se mêlant étrangement mais efficacement. L’écriture est fluide, il y a peu de temps mort, les auteurs tentent de créer des situations amusantes qui ne prennent pas toujours, entre snobisme parental et querelles fraternelles, mais l’ensemble donne un petit roman sympathique qui a bien plu à mes filles (11 ans). Le ton est léger et l’investissement des enfants dans l’enquête est clairement un plus pour gagner l’approbation du lecteur cible. Je suis plus sceptique sur l’intérêt d’une série, mais je suis curieuse de voir comment les auteurs vont se renouveler dans le volume suivant.

Je remercie Babelio et les Editions Hachette pour cette lecture.

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Zelda (11ans) : analytique comme une micropuce, silencieuse comme un papillon. Marcus (10 ans) : n’aime pas la technologie et la technologie ne l’aime pas. Imogen (16 ans) : un visage de marbre qui lui permet de faire semblant et de mentir en toutes circonstances. Laszlo (le père) : bon vivant, gentiment moqueur. Veena (la mère) : d’une grande agilité et très sensible à la bonne éducation.
Voilà une famille en apparence ordinaire.
Pourtant, tous sont des espions de talent. Une authentique famille d’espions ! Ce soir, ils sont réunis au grand complet. Zelda et Marcus font enfin partie de l’équipe d’espions de la famille. Leur première mission les conduit à Paris où un célèbre joaillier s’est fait voler, sous son nez, un saphir de la plus grande valeur.

Lecture à voix haute·roman jeunesse

Kid au 1er Sommet des animaux

Auteur: Gwenaël David

Illustrateur: Simon Bailly

Editeur:  Hélium

Collection: fictions jeunesse

Pages: 176

 

Paris, 2030. Kid représente l’espère Homo Sapiens lors du 1er Sommet des Animaux qui se tient pour aborder le partage des ressources naturelles. La tension est à son comble lorsque débute cette rencontre où chacun vient exprimer ses attentes et ses craintes pour l’avenir de son espèce. Une extinction de masse a déjà commencé et fait craindre le pire. La chaîne alimentaire se maintient sur un équilibre fragile que l’humain ne cesse d’affaiblir en puisant plus que nécessaire. Lorsqu’une catastrophe a lieu dans la salle même où se tient le Sommet, la panique cède bientôt la place à la solidarité. Tous luttent pour la même chose: vivre!

Gwenaël David signe un titre écologique accessible aux jeunes lecteurs, mettant en avant la solidarité et l’amitié interespèce, le courage et l’espoir d’un monde meilleur où chacun aurait une place égale dans un écosystème bancal et fragilisé par l’espèce humaine. Entre enjeux écologiques et éveil des consciences collectives, l’auteur rappelle que nous sommes tous des animaux et que l’être humain est le seul à pouvoir agir pour que cessent les inégalités. Chacun à notre échelle nous pouvons faire quelque chose!

Commencé en lecture à voix haute, je suis allée au bout du roman seule car nous avons eu du mal à entrer dans l’histoire et les filles ont vite décroché La mise en place du récit souffre de quelques longueurs qui ne s’estompent que dans la deuxième moitié du roman, après l’événement qui vient chambouler l’histoire. Je pense que ce roman n’est surtout pas adapté à une lecture à voix haute même si son sujet est une porte ouverte à des discussions et des débats riches et passionnants. Cependant, je ne doute pas que Kid au 1er Sommet des animaux, petit roman sympathique, plaira aux jeunes lecteurs dès 9/10 ans, sensibilisés à la protection des animaux et à l’avenir de leur planète.

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Paris, 2030: Alors que des orages magnétiques et d’autres catastrophes climatiques sont désormais monnaie courante, le tout premier Sommet des Espèces est organisé dans la capitale. Il s’agit de réunir tous les habitants de la Planète, humains et animaux, pour qu’ils se mettent d’accord sur le respect de chacun et un partage équitable des ressources naturelles devenu vital! Kid, élève en 6è, est choisie pour réaliser un reportage sur cet événement historique. Mais, le jour J, la petite fille se sent bien seule face au monde animal qui l’entoure dans la salle… Cependant, un événement inattendu viendra chambouler l’organisation de ce Sommet et les participants devront alors faire preuve d’entraide pour se sortir de ce mauvais pas… En seront-ils tous capables? Et cette expérience inédite insufflera-t-elle un nouvel espoir?

Lecture à voix haute·roman jeunesse

L’incroyable voyage de Coyote Sunrise

The Remarkable Journey of Coyote Sunrise

 

Auteur: Dan Gemeinhart

Traductrice: Catherine Nabokov

Editeur: Pocket Jeunesse

Pages: 406

 

Lors de mon premier passage en librairie au moment du déconfinement, j’ai été comme happé par la couverture de ce roman qui m’a tendu les bras. La quatrième de couverture et la promesse d’un voyage à travers les Etas-Unis m’ont convaincu qu’il me le fallait absolument. Lu à voix haute à mes deux filles très enthousiastes, L’incroyable voyage de Coyote Sunrise est un énorme coup de cœur pour nous trois. 

Coyote, douze ans, parcourt les Etats-Unis avec son père, Rodéo, hippie baroudeur, à bord d’un vieux bus scolaire qui leur sert de maison. Au cours de leur voyage ils ramassent des passagers de tous horizons qui, comme eux, sont cabossés par la vie. Cette palette de personnages permet d’aborder des sujets multiples tels que la violence conjugale, l’homosexualité, le sacrifice de soi et surtout le deuil. Le plus incroyable est que Dan Gemeinhart réussit à rendre tous ses personnages aussi attachants les uns que les autres: de l’amoureux Lester à la chèvre Gladys en passant par la fougueuse Val et Salvador – le meilleur ami dont on puisse rêver – et sa mère qui veillent tendrement l’un sur l’autre, sans oublier l’adorable chaton Ivan. Mais c’est sa jeune héroïne, Coyote, qui gagne l’affection du lecteur par son optimisme, sa générosité et son ouverture sur le monde. Sa relation avec son père, sa détermination et son courage la rendent particulièrement fascinante.

L’incroyable voyage de Coyote Sunrise est un road-trip inoubliable, fait de rencontres et de situations improbables, remplis d’émotions d’une justesse touchante, d’amitié et de liens familiaux puissants, un voyage initiatique vers l’acceptation, la résilience. L’écriture est belle et sincère, les mots sont parfaitement choisis pour décrire les émotions, les blessures mais aussi ce qui rend la vie si belle et agréable: les souvenirs, l’amitié, l’amour et l’attachement, le soutien indéfectible d’êtres qui s’aiment et se comprennent. 

Nous avons beaucoup ri, j’ai versé quelques larmes. Les filles ont aimé l’originalité offerte par le moyen de transport qui sert aussi de maison, l’humour et la bonne humeur qui se dégagent de cette histoire qui aurait pu être tellement plus triste, la gentillesse, la bienveillance qui se dégagent des relations entre tous ces personnages. Juliette donne une mention spéciale à Gladys, alors que Gabrielle a surtout aimé l’idée d’un voyage à travers tout un pays avec toutes les rencontres et les nouvelles amitiés qu’il peut engendrer. 

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Coyote, douze ans, vit avec Rodeo, son père, dans un bus scolaire. Ensemble, ils sillonnent les Etats-Unis au gré de leurs envies, embarquant parfois quelques auto-stoppeurs à l’âme en peine. Quand Coyote apprend que le parc de son enfance va être détruit, elle décide de tenter l’impossible: traverser le pays en moins de quatre jours pour arriver avant les bulldozers. Un défi de taille, puisque Rodeo a juré de ne jamais retourner sur les lieux qui abritent leurs plus précieux souvenirs. Mais le voyage est parfois plus important que la destination.

Lecture à voix haute·roman jeunesse

Le secret d’Iona

Sky Hawk

Auteure: Gill Lewis

Traductrice: Bee Formentelli

Editeur: Gallimard Jeunesse

Collection:  Folio Junior

Pages: 276

 

Alors qu’il parcourt ses terres avec ses amis, Callum rencontre Iona, une jeune fille étrange, petite fille du vieux fou du village, McNair. Rapidement Iona lui confie un secret: un balbuzard construit son aire sur les terres de la famille du garçon. C’est le début d’une belle amitié qui se tisse au grès des balades et des observations, une amitié dont le cœur tient dans la protection du balbuzard et de sa famille. Lorsqu’il perd son amie, Callum se jette tête baissée dans la protection d’Iris, la femelle balbuzard équipée d’un émetteur GPS. Lorsque le signal disparaît, il lance un appel à l’aide sur internet et rencontre ainsi Jeneba, une jeune africaine qui va apporter son aide à Iris. C’est le début d’une très belle amitié entre ces deux enfants dont le destin, et celui de leurs villages, va être bouleversé.

Gill Lewis a été vétérinaire et a voyagé à travers le monde pour soigner différents animaux. Passionnée par les animaux depuis sa plus tendre enfance, elle livre un récit sensible et touchant sur la sauvegarde d’une espèce menacée, le balbuzard pêcheur. Mais Le secret d’Iona est avant tout une histoire d’amitié qui met en avant le courage et la solidarité. De l’Ecosse à la Gambie, l’auteure nous fait découvrir des paysages dont la beauté est à couper le souffle. Si ses choix scénaristiques nous ont parfois surprises, l’histoire reste cohérente et le personnage de Callum est particulièrement attachant. On sent naître en lui la passion de l’ornithologie mais il n’en reste pas moins sensible à ses amies pour qui il est prêt à soulever des montagnes pour leur venir en aide.

Le secret d’Iona est un roman jeunesse vibrant d’émotions qui plaira aux amoureux de la nature. Il a été récompensé par de nombreux prix lors de sa sortie en 2012.

On notera que l’auteure s’est engagée auprès de la Fondation des Highlands dans un projet de sauvegarde des balbuzards pour poursuivre l’aventure commencée par l’écriture de ce roman.

Quand Callum surprend Iona, la sauvage, l’étrange petite-fille du vieux fou McNair, en train de pêcher dans sa rivière, sur les hautes terres d’Ecosse, ses copains tentent de la chasser. Mais Iona lui révèle bientôt un secret: après plus d’un siècle d’absence, un balbuzard, cet aigle des rivières, est revenu sur l’île au-delà du loch… Les deux enfants échangent une promesse qui changera leur vie à jamais.

album·Lecture à 2 Voix·Lecture à voix haute·roman jeunesse

Le Petit Prince

Auteur/Illustrateur: Antoine de Saint-Exupéry

Editeur: Gallimard

Collection: Album Junior

Pages: 96

 

Lu à deux voix avec Gabrielle 10 ans 11 mois.

Roman arrivé chez nous pendant le confinement, emprunté à une voisine pour une lecture à deux voix. Gabrielle voulait depuis longtemps lire ce grand classique mais ses amis lui en avaient fait de mauvais retours et elle appréhendait de se lancer. Et comme je ne l’avais jamais lu (honte sur moi), la lecture à deux voix s’est présentée comme une évidence. A deux on est plus fortes!

Il est difficile d’écrire une critique sur un roman aussi connu que Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Conte philosophique et poétique, ce récit pour enfants parait bien plus complexe qu’il n’y parait quand on s’y penche à l’âge adulte. Le texte est simple et dépouillé, à l’image des illustrations, compréhensible par les plus jeunes et pourtant si riche en symboliques. C’est probablement ces différents niveaux de lectures qui en font un récit universel; à moins que ce ne soit la quête de l’enfance perdue, oubliée qui nous pousse à lire (et relire) cet ouvrage si singulier une fois adulte, alors que l’enfant se contentera d’une lecture plus linéaire dans laquelle il retrouvera un imaginaire qu’il connait bien, des questions qu’il se pose… J’imagine qu’il existe de nombreuses interprétations de l’histoire, et que chaque lecteur y trouve son compte d’une manière ou d’une autre. J’aime pour ma part la dualité qui émerge des thématiques: enfant/adulte, amour/amitié, la vie/la mort… et les met en résonance comme pour mieux nous rappeler que nous avons tous connus, ou connaîtrons, les deux parts de ces paires.

Ce qui est certain est que Le Petit Prince ne laisse pas indifférent. A lire et à relire.

Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée. J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait: « S’il te plait… dessine-moi un mouton! »

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La fameuse invasion de la Sicile par les ours

La famosa invasione degli orsi in Sicilia

Auteur/Illustrateur: Dino Buzzati

Traductrice:  Hélène Paquier

Editeur:  Gallimard Jeunesse

Collection:  Folio Junior

Pages: 167

Après avoir découvert l’adaptation animée de Lorenzo Mattotti, l’envie de découvrir l’oeuvre originale était très grande. Conseillé dès 10 ans, le film d’animation me semble n’avoir pas rencontré le succès qu’il méritait. Peut-être la date de diffusion n’était-elle pas la meilleure; peut-être est-ce à cause des choix artistiques qui, s’ils sont originaux, sont loin de ce qui se fait en ce moment. C’est pourtant cette singularité dans le dessin et la narration qui fait l’originalité et l’intérêt du film. Car l’histoire de Dino Buzzati est parfaite telle quelle a été écrite et l’animation n’offre qu’un changement de support et de regard sur une histoire qui fait déjà partie des classiques de la littérature jeunesse. Si vous aimez l’animation et que vous cherchez un film original, je vous recommande chaudement de découvrir La fameuse invasion de la Sicile par les ours.

Lors d’un hiver particulièrement rude, les ours meurent de faim dans leurs montagnes. Ils décident de descendre dans la vallée où ils espèrent trouver un accueil chaleureux de la part des hommes et surtout de quoi se nourrir. Pour Léonce, roi des ours, c’est aussi l’occasion de retrouver son fils enlevé quelques années plus tôt. Longue est la route, semée d’embûches et d’ennemis à affronter. Mais les ours comptent bien montrer aux hommes les valeurs d’une vie simple et en harmonie avec la nature, la force de la solidarité et du partage. Ce sont pourtant les ours qui se laissent corrompre par l’oisiveté et l’argent facile, Léonce prend conscience de son erreur.

La fameuse invasion de la Sicile par les ours se situe entre le conte et le récit philosophique qui prend la forme d’une aventure épique avec son lot de magie et de créatures fantastiques. Entre sangliers qui se transforment en ballons de baudruche, fantômes et Croquemitaine, Dino Buzzati nous entraîne dans une véritable épopée durant laquelle le Roi devra apprendre à gouverner sans préjugés et à bien choisir ses conseillers. Récits en prose et en vers se succèdent avec pertinence et humour. Cette alternance dynamise la narration enrichie des illustrations de l’auteur. Le texte soulève par ailleurs une réflexion sur la place de l’homme dans son environnement et dénonce les travers de notre société moderne qui offre bien des facilités.

A noté la présence d’un carnet de lecture en fin d’ouvrage qui apporte des informations sur l’auteur et son roman. J’ai trouvé original que les illustrations aient vu le jour bien avant le texte et que celui-ci soit venu s’ajouter lorsqu’on demanda à Buzzati d’écrire une histoire en épisodes pour les enfants. Écrite en 1945, l’histoire n’a pas pris une ride. Et pour mes filles et moi, c’est un énorme coup de cœur.

Quand son fils Tonin est enlevé par des chasseurs, le roi des ours rassemble son armée et descend des montagnes. Aidé par le professeur De Ambrosiis, un étrange magicien, il parvient à triompher des hommes. Mais, lorsqu’il retrouve Tonin, le roi des ours découvre combien les richesses, n’est pas fait pour ses semblables…

Lecture à voix haute·roman jeunesse

Rascal

Rascal: a memoir of a better era

Auteur: Sterling North

Traductrice: Michèle Poslaniec

Illustratrice:  Isabelle Simler

Editeur: l’école des loisirs

Pages: 271

 

Rascal est le récit autobiographique de Sterling North qui, à l’âge adulte, se souvient avec tendresse de l’année de ses onze ans et de son amitié avec un raton laveur baptisé Rascal qu’il recueille alors qu’il n’est pas encore sevré. Une année et surtout, un été, particulièrement riche pour cet enfant qui grandit dans le Wisconsin dont il parcourt la nature au contact de laquelle il apprend beaucoup.

Mes filles et moi-même avons eu un gros coup de cœur pour ce récit, véritable plongé dans le temps à la découverte des paysages d’un état du nord des Etats-Unis, sa faune, sa flore et sa culture. En cette année 1918, l’histoire de Sterling se joue sur fond de Première Guerre Mondiale. Il pense à un frère parti pour le front en France, à un père trop souvent absent, une mère qui n’est plus et des sœurs qui vivent loin de lui. C’est tout naturellement que Rascal devient un compagnon de tous les jours, un membre à part entière de sa famille, un ami qui restera à jamais dans son cœur. Et ne nous y trompons pas, c’est vraiment ce lien entre Sterling et Rascal qui est au cœur du roman car l’auteur en parle avec passion, retraçant leurs aventures avec toute la vivacité de ses souvenirs et avec tout l’amour que l’on a pour un meilleur ami.

Rascal est un récit touchant qui permettra aussi d’en apprendre beaucoup sur cet animal à la bouille trognonne. Un récit qui reste un best seller depuis sa publication en 1963.

Sterling, onze ans, a trouvé Rascal, jeune raton laveur malicieux et attachant, au creux d’une souche des bois. Dans sa nouvelle famille qui compte un père distant, quatre mouffettes, des marmottes, une corneille surnommée Poe la Corneille et un canoë dans la salle de séjour, Rascal devient l’inséparable compagnon de Sterling. Au cours d’une année fertile en aventures, Rascal et Sterling nagent, pêchent et explorent la campagne – jusqu’au jour où le printemps revient, et où tout change brusquement.

Lecture à voix haute·roman jeunesse

Le club des crottes

 

Auteure: Susie Morgenstern

Editeur: L’école des loisirs

Collection:  Neuf

Pages: 126

 

Alors qu’ils s’ennuient, Jacques propose à son ami Octave de créer un club. Oui mais un club de quoi? Ils décident d’y réfléchir chacun de leur côté. En rentrant chez lui, Jacques bousille ses baskets neuves en marchant dans une crotte de chien. L’idée du club est toute trouvée: le club des crottes aura pour mission de nettoyer la ville des excréments de chiens! Une idée qui va attirer bien des sympathies mais aussi quelques conflits entre les enfants propriétaires de chien et les autres. Lorsque Jacques se retrouve entre les deux, il comprend que l’éducation du chien passe par l’éducation de son maître.

Susie Morgenstern, auteure jeunesse incontournable, nous offre ici un petit roman citoyen rempli de bonnes idées. Les enfants sont les instigateurs d’un grand projet dont la finalité a pour objectif de rendre leur ville propre. Ensemble ils mènent des actions visant à sensibiliser les maîtres de chiens et les adultes en général. Actions qui se voient récompenser par une rencontre avec le Maire et la promesse de la mise en place d’actions concrètes. C’est drôle, plein de bon sens et l’histoire rappel que l’éducation à la citoyenneté est l’affaire de tous!

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Il paraît que ça porte bonheur de marcher dedans. En tout cas, c’est comme ça que Jacques a eu son idée géniale, sur le trottoir, en sortant de chez son copain Octave après un après-midi d’ennui. Fonder un club pour éliminer les crottes de chiens, et par conséquent sauver la planète. Tout le monde est cerné et concerné! Tout le monde en a été victime un jour ou l’autre. Comment faire? Jacques et Octave réfléchissent, recrutent, organisent, se documentent, apprennent, argumentent, militent, arpentent, affichent… jusqu’au jour où la mamie de Jacques débarque avec un cadeau plus original que jamais. Un cadeau empoisonné. A cause de lui, Jacques a l’impression de passer d’un seul coup du côté de l’ennemi…

album·Lecture à voix haute·roman jeunesse

Peter Pan

  Peter Pan and Wendy

Auteur: James Matthew Barrie

Traducteur: Michel Laporte

Illustrateur: Régis Lejonc

Editeur: Gautier – Languereau

Je ne connaissais de Peter Pan que quelques adaptations cinématographiques de qualité divers. L’occasion d’en lire le roman ne s’était jamais présentée et ce n’est que récemment, dans un besoin de lire des classiques, que je me suis procurée cette superbe édition illustrée. Après Pinocchio, la lecture à voix haute de Peter Pan fut un nouveau moment de partage, d’échanges et de comparaisons avec l’adaptation des studios Disney.

Dès les premières pages, Peter nous est présenté comme un garçon égoïste, prétentieux et sans cœur . Avec son amie Clochette, jalouse comme un pou, ils enlèvent Wendy, John et Michael et les emmènent au Pays Imaginaire.

« La seconde à droite […] et puis tout droit jusqu’au matin. »

Wendy est certainement charmante mais elle est aussi extrêmement naïve. Son amour pour Peter la pousse à le suivre. Elle se laisse complètement manipuler par le jeune héros qui veut bien jouer à être le père de famille à ses côtés mais qui lui rappelle cependant qu’il préfère qu’elle soit sa maman, comme pour les garçons perdus. Pendant que les garçons jouent, s’amusent et vivent des aventures palpitantes, Wendy reste à la maison. En tant que « mère » elle se doit de tenir le logis, nourrir ses enfants et raccommoder leurs vêtements troués. On comprend qu’elle soit la seule à se souvenir de ses parents, de sa mère surtout qui, elle en est certaine, laisse la fenêtre ouverte en attendant son retour.

« […] il pouvait se passer une semaine entière sans qu’elle sorte au grand air, sauf, peut-être, avec une chaussette à repriser à la main. »

Et que serait Peter sans le Capitaine Crochet? Un pirate sanguinaire qui nous apparaît pourtant bien plus humain que les enfants, notamment quand ses faiblesses sont révélées par l’apparition du crocodile.

James Matthew Barrie signe un roman sur l’enfance, ses rêves et son imaginaire tout en brossant un portrait idéale de la mère de famille, la fameuse « mère parfaite ». Un roman aux valeurs complètement désuètes donc mais qui pourtant a su nous plaire et nous faire rire. Car l’auteur a su y retranscrire avec beaucoup de réalisme l’imaginaire de l’enfance, ses jeux mais aussi ses peurs, la peur de grandir notamment mais aussi la peur de mourir. Régis Lejonc illustre avec brio les personnages et quelques scènes choisies, ses dessins sont de véritables oeuvres d’art. Il explique, dans une double page placée en fin de volume, quels défis et quels choix se sont posés à lui pour illustrer une histoire aussi célèbre que celle de Peter et Wendy. C’est d’autant plus intéressant qu’à la lecture on constate que son interprétation s’éloigne de la vision qu’en avaient les studios Disney et s’imprègnent complètement de l’histoire de Barrie et de l’époque à laquelle elle fut écrite, il y a plus d’un siècle.

Peter Pan est un petit garçon qui refuse de grandir. Un jour, il rend visite à Wendy dans le coeur de Londres et la convainc de venir, avec ses frères, dans le pays imaginaire. C’est là-bas que vivent les enfants perdus, la fée clochette et le redoutable Capitaine Crochet, l’ennemi juré de Peter ! Tous ensemble, ils vont vivre des aventures extraordinaires !