rendez-vous hebdomadaire

Premières lignes #4

Sur une idée originale de Ma LecturothèquePremières lignes met en avant un roman au travers des lignes qui ouvrent le récit. Cette semaine j’ai choisi de mettre en avant un récit que je lis dans le cadre du Prix UNICEF de littérature Jeunesse 2021 et dans la cadre du Prix des Ados libre2lire.

❤ ❤ ❤

LEVER DE RIDEAU

Le monde est petit.

Tout petit.

Il y a presque un siècle, un écrivain hongrois a imaginé dans l’une de ses nouvelles qu’une personne sur la planète peut-être reliée à n’importe quelle autre par une chaîne de six relations individuelles. La « théorie des six degrés de séparation », il a appelé ça. Imaginez un instant, imaginez-vous, en train de tenir la main d’un proche ou même d’une vague connaissance qui elle-même tient la main d’un de ses amis que vous n’avez jamais croisé, et ainsi de suite jusqu’à former une chaîne de six personnes. On pourrait relier l’humanité entière, comme ça, à partir de vous. Quels que soient la famille ou le pays dans lesquels on est né, quel que soit le métier que l’on exerce, quels que soient nos rêves, nos peurs, nos fantasmes, que l’on passe notre vie sans bouger de notre village natal ou que l’on parcoure le monde, chacun d’entre nous peut être connecté à n’importe qui en six petites étapes, de personne à personne.

Alors bien sûr, cet écrivain hongrois – Frigyes Karinthy, si vous voulez tout savoir – n’avait pas les moyens techniques de prouver sa jolie théorie en 1929. Et puis je ne suis pas sûr que ça l’intéressait. C’était un poète, comme moi, et les poètes préfèrent souvent le labyrinthe mouvant des rêveries à l’exactitude des données.

A quoi rêvent les étoiles de Manon Fargetton, Gallimard jeunesse, 2020.
rendez-vous hebdomadaire

Premières lignes #2

Sur une idée originale de Ma Lecturothèque, Premières lignes met en avant un roman au travers des lignes qui ouvrent le récit. Cette semaine j’ai choisi de mettre en avant un classique que je lis avec Gabrielle en lecture à deux voix.

Publié en 1954, Sa majesté des mouches de William Golding traite de l’organisation sociale, du pouvoir et de la loi au travers d’un groupe de garçons échoués sur une île déserte du Pacifique durant la Seconde Guerre Mondiale. Alors qu’ils tentent de survivre en reproduisant les schémas sociaux de leur vie en Angleterre, l’insécurité et les tensions fragilisent le groupe et laissent peu à peu place à la violence et la sauvagerie.

❤ ❤ ❤

1

L’appel de la conque

Le garçon blond descendit les derniers rochers et se dirigea vers la lagune en regardant où il posait les pieds. Il tenait à la main son tricot de collège qui traînait par terre; sa chemise grise adhérait à sa peau et ses cheveux lui collaient au front. Autour de lui, la profonde déchirure de la jungle formait comme un bain de vapeur. Il s’agrippait péniblement aux lianes et aux troncs brisés, quand un oiseau, éclair rouge et jaune, jaillit vers le ciel avec un cri funèbre ; aussitôt, un autre cri lui fit écho :

_ Hé ! attends une minute, dit une voix.

La végétation à la limite de la déchirure frémit et mille gouttes de pluie s’égrenèrent sur le sol.

_ Attends un peu, répéta la voix, je suis accroché.

Le garçon blond s’arrêta et se débarrassa de ses chaussettes d’un geste machinal. L’espace d’une seconde, son geste évoqua le cœur de l’Angleterre et la jungle fut oubliée.

Sa Majesté des Mouches de William Golding, Folio junior, 336 pages, édition 2020.

D’autres « premières lignes » sont à découvrir via le site organisateur.

rendez-vous hebdomadaire

Premières Lignes #1

Sur une idée originale découverte sur Ma Lecturothèque, je profite des vacances pour me lancer sur un rendez-vous hebdomadaire qui permet de faire découvrir un roman sur ses Premières Lignes. Celles-ci sont importantes puisqu’elles introduisent l’histoire et permettent de découvrir le type de récit dans lequel le lecteur se lance.

Pour ouvrir ce rendez-vous, j’ai choisi de citer un roman pour adolescents sélectionné pour le Prix littéraire libre2lire, un roman que Gabrielle a emprunté en médiathèque et que je suis très heureuse de pouvoir lire en parallèle de sa lecture.

❤ ❤ ❤

1

J’attends que la porte se referme. Puis je compte jusqu’à cent, au cas où ma mère aurait oublié son portable et déciderait de faire demi-tour.

A cent, je sors de ma chambre et jette un oeil par la fenêtre. C’est bon, la voiture n’est plus là. J’enfile mon blouson. Mes yeux accrochent comme à chaque fois la Bible des risques, posée sur une console dans l’entrée. Impossible de la manquer. C’est sûrement la raison pour laquelle ma mère la laisse si souvent traîner ici. Pour que jamais on ne l’oublie.

_ Où tu vas?

Vivre ses vies de Véronique Petit, Rageot, 2020.