(auto)biographie·roman graphique

Le Passage intérieur – Voyage essentiel en Alaska (2022)

Auteur : Maxime de Lisle

Illustrateur : Bach Mai

Editeur : Delcourt

Pages: 80

A ce moment de son existence où il sent qu’il a besoin d’un changement, Maxime de Lisle organise avec ses amis une expédition en kayak à la découverte du Passage Intérieur, qui s’étend au-delà de l’Alaska jusqu’en Colombie Britannique, au Canada. Si leur objectif avoué est de voir des baleines et des ours, les trois hommes vont pourtant aller à la rencontre de leur moi intérieur et revenir transformés. Par ailleurs, ce voyage va bien au-delà de la découverte d’un espace sauvage ; en quittant la France, Maxime et ses amis vont aussi faire le constat du dérèglement climatique, ce qui va engendrer une réflexion et un besoin d’action.

Avant tout autobiographique, Le Passage Intérieur – Voyage essentiel en Alsaka est aussi un guide pratique à destination de tous ceux qui souhaiteraient entreprendre l’aventure. Avec ses pages informatives, la bande dessinée prend aussi la forme d’un carnet de voyage superbement illustré. Bach Mai a un trait réaliste qui semble poser sur le papier visages expressifs et paysages à couper le souffle comme s’il captait l’instant présent et le photographiait. Le choix d’utiliser le noir et blanc ponctué de couleurs renforce l’impression de journal intime tenu au jour le jour, illustré d’aquarelles à l’image de la faune et de la flore locale, de photographies et agrémenté de notes pratiques et de citations d’auteurs. Cela procure un sentiment d’intimité qui captive et entraîne dans l’immensité des paysages, desquels l’illustrateur retranscrit toute la beauté dans ces pages. Les planches en double pages sont carrément époustouflantes – celle de la danse des baleines m’a littéralement mise les larmes aux yeux.

Ce voyage au bout du monde civilisé amène une réflexion écologique forte lorsque les comparses découvrent que la main de l’homme se tend aussi loin que possible, dénaturant les grandes forêts dans les coins les plus reculés et provoquant inévitablement un bouleversement des écosystèmes. Le réchauffement climatique, visible dans des lieux encore sauvage, interroge les hommes qui, soucieux de sauver ce qui peut encore l’être, en oublieraient presque le froid, la fin et la fatigue auxquels ils s’exposent par ce voyage aux limites du monde et d’eux-mêmes.

Premier livre des deux auteurs, Le Passage intérieur se présente comme un guide pour celles et ceux qui rêvent de se lancer dans l’aventure. C’est surtout le journal intime d’un moment essentiel, la prise de conscience de l’extrême fragilité de notre planète bleue.

BD/manga·roman graphique

Seizième Printemps (2022)

Auteure : YunBo

Editeur : Delcourt

Pages : 120

Yeowoo n’a que cinq ans lorsque ses parents divorcent. Laissée derrière par une mère dont elle ignore tout, elle est bientôt abandonnée et déracinée par son père qui la confie à son père et sa sœur qui vivent à la campagne. Blessée et incomprise, Yeowoo est en colère. Sa rencontre avec sa nouvelle voisine, Paulette, va venir changer sa vie, apaiser son cœur et rompre son isolement.

La solitude suinte par tous les pores de cette histoire écrite avec grande sensibilité. Yeowoo ne voit pas la douleur des autres car elle étouffe sous la sienne. Elle ne voit pas la solitude de son grand-père, veuf et soucieux de l’avenir de sa fille qui vit encore sous son toit. Elle ne voit pas non plus la solitude de sa tante, qui vit dans un monde peuplé de poupées, attendant que le grand amour se présente à sa porte. Et elle ne voit certainement pas celle de Paulette, poule rejetée des siens pour ne pas avoir fondé de famille. Pourtant, en grandissant, l’amour maternelle que lui donne Paulette, l’aide à s’apaiser et à se construire. Ensemble, elles comblent l’absence et la manque au travers du temps passé à discuter, à veiller l’une sur l’autre, à s’aimer.

L’histoire se divise en seize chapitres qui prennent la forme d’une petite histoire ; chacune permet de voir grandir Yeowoo de ses cinq ans à ses seize ans. Cette construction en chapitres est particulièrement intéressante pour jouer avec le temps. Certaines anecdotes sont assez dures, on ne comprend pas toujours très bien pourquoi Yeowoo a été abandonnée par ses parents, pourquoi son père ne lui rend visite qu’une ou deux fois en dix ans, la laissant toujours derrière. C’est d’autant plus terrible qu’il vient présenter sa nouvelle compagne et son nouvel enfant, sans lui accorder un sourire ou un geste tendre. Mais cela contribue à l’évolution de Yeowoo et à nous la rendre plus sympathique.

Les illustrations sont de toute beauté. YunBo joue avec les couleurs et les formes pour différencier la campagne et sa nature luxuriante à la ville froide et rigide avec ses immeubles. Elle n’hésite pas à sortir des cases pour dynamiser son récit et offre un panel de personnages très divers : bien qu’essentiellement renards, ils prennent des teintes différentes et leurs visages se distinguent les uns des autres par la forme d’un museau ou la tenue des oreilles. L’ensemble donne une bande dessinée de qualité avec une identité graphique propre et une narration toute en poésie.

 » Tu es une jeune plante qui doit encore grandir, s’épanouir et dévoiler la fleur qu’elle a à l’intérieur.  »

A cinq ans, alors que ses parents se séparent, la jeune renarde Yeowoo part vivre à la campagne chez son grand-père et sa tante. Elle va y croise Paulette, une poule rejetée par les siennes qui a décidé de changer de vie…

roman graphique

La longue marche des dindes – La BD (2022)

Auteure : Léonie Bischoff

Adaptée du roman de : Kathleen Karr

Editeur : Rue de Sèvres

Pages : 144

Adaptant le roman éponyme de Kathleen Karr, Léonie Bischoff propose de (re)découvrir les aventures de Simon, un adolescent considéré comme l’idiot du village, dans le convoyage à pieds d’un millier de dindes entre l’Etat de Missouri et la ville de Denver dans le Colorado.

Nous avions adoré le roman, nous avons aimé la bande dessinée. Il faut dire que le trait de Léonie Bischoff est soigné et a su parfaitement s’adapté à l’univers sauvage des grandes plaines américaines. Si j’aurais aimé retrouver une mise en couleurs plus réaliste et le trait d’Anaïs Nin, je ne peux nier que ses illustrations s’accordent parfaitement avec le ton générale du récit et son public cible, à savoir les enfants.

La mise en page sort des cases, offrant des plans larges sur les paysages qui subliment vraiment l’ensemble. Le chapitrage en « étape de voyage » dynamise un peu plus le récit, rythmant l’avancée des héros dans leur aventure. Si l’ensemble est parfaitement réussi et maitrisé, le changement de sexe du personnage de l’esclave Jabeth, devenue une Jo(séphine) me laisse perplexe. En effet, cela soulève un questionnement sur la place des femmes dans cette société machiste qui répond d’avantage à notre époque qu’à celle dans laquelle évolue les personnages.

Je vous invite à lire l’avis d’Isabelle et celui de Lucie.

Missouri, été 1860. Après avoir quadruplé son CE1 à 15 ans, Simon diplômé d’office par Miss Rogers se voit refuser l’entrée en CE2 et doit gentiment déployer ses ailes. Aussi, le soir même de cette mauvaise nouvelle, lorsqu’il apprend que les dindes sur pattes valent 20 fois plus à Denver que chez lui, il décide d’acquérir 1000 têtes pour les convoyer sur 1000 kilomètres et prouver ainsi qu’il a le sens des affaires. Il recrute pour l’escorter une équipe improbable avec laquelle il va devoir traverser le désert, affronter les rocheuses et négocier avec les Indiens ! Ces derniers accepteront ils de laisser passer cette étrange caravane qui doit atteindre Denver pour y faire fortune ?

anglais·roman graphique

Anne of Green Gables – a graphic novel (2017)

Adaptation : Mariah Marsden

Illustratrice : Brenna Thummler

Editeur : Andrews McMeel Publishing

Pages : 230

Après le succès du roman de Lucy Maud Montgomery auprès de Gabrielle, je cherchais une façon de prolonger le plaisir en se détournant de la série sans vraiment m’en éloigner. Alors qu’elle me demandait une nouvelle lecture en anglais, j’ai trouvé cette adaptation graphique dont la couverture pleine de promesses n’a laissé aucune place à l’hésitation.

Quand nous avons ouvert cette bande dessinée, je crois que nous avons eu la même réaction, le même mouvement de recul face à des personnages aux traits particuliers : le rouge du nez, la forme des yeux, la taille de la bouche leur donnent un aspect articulé assez étrange. Pourtant, Gabrielle et moi sommes d’accord pour dire que cela ne dure pas et que finalement cela fonctionne même plutôt bien, notamment sur Anne qui est décrite comme assez banale voir peu jolie dans son enfance ; les changements s’opèrent avec le temps et Anne embellit grâce à l’amour et à la vie plus saine que lui offre son nouveau foyer.

Par contre nous avons été séduites par les paysages aux couleurs tantôt pastelles, tantôt vives qui marquent le changement des saisons, donnant le rythme au récit parfois un peu rapide dans l’enchaînement des situations. Des couleurs qui jouent aussi sur les émotions en passant du chaud ou froid. Et c’est avec plaisir que nous avons retrouvé, chacune de notre côté, les personnages qui peuplent le monde de l’unique et attachante Anne Shirley. Nous avons immédiatement retrouvé notre héroïne au grand cœur et à l’imagination fertile. L’adaptation est très fidèle, reprenant les faits majeurs du récit original, respectant le ton général, l’humour et l’émotion que Montgomery a mis dans son texte.

Anne of Green Gables – a graphic novel est un format qui se prête à la découverte d’une héroïne et d’un texte classique. Les jeunes lecteurs, qui pourraient avoir peur de s’attaquer au roman, se laisseront plus facilement séduire par se format qui ravira également les fans de la série. Ils devraient, tout comme nous, retrouver Anne sur son Ile-du-Prince-Edouard et ne plus avoir envie de partir tant la magie opère dès les premières pages, prolongeant avec délice la lecture du roman dans une envolée poétique et sensible. Le format se prête aussi très bien aux jeunes apprenant l’anglais et pour ceux qui préfèreraient lire dans la langue de Molière, sachez qu’il existe une version française aux éditions Scholastic.

When Matthew and Marilla Cuthbert decide to adopt an orphan to help manage their family farm, they have no idea what delightful trouble awaits them. With flame-red hair and an unstoppable imagination, 11-year-old Anne Shirley takes Green Gables by storm.

L.M. Montgomery’s classic story finds whimsical new ewpression in this graphic novel – perfect for newcomers and kindred spirits alike.

BD/manga·roman graphique

Terre Ferme (2021)

Auteure : Aurélie Castex

Illustratrice : Elise Gruau

Editeur : Marabout

Collection : Marabulles

Pages : 176

Pour sauver l’exploitation agricole familiale, Xavier et sa sœur Emmanuelle, n’ont d’autres choix que de se convertir au bio, ils ont tout à apprendre… et à désapprendre. Accompagnés dans leur transition, ils doivent réapprendre leur métier pour que la productivité se mettent en place efficacement et durablement. Ils se confrontent aux difficultés d’un métier déjà pas facile mais aussi à des croyances encrées dans leur esprits comme des vérités universelles alors qu’elles ne sont souvent que le résultat d’une agriculture dirigée pour la production de masse.

De la prise de conscience aux premiers résultats, Aurélie Castex et Elise Gruau signent un roman graphique sur la transition écologique d’une ferme d’élevage de vaches laitières. Ce récit est né de leur intention d’offrir un témoignage sur le passage au bio d’agriculteurs passionnés par leur travail ayant la volonté de sauver l’exploitation familiale en offrant à leurs bêtes de meilleurs conditions de vie. L’histoire est tirée de leur nombreuses rencontres et des discussions et offre un regard réaliste sur un mode de vie méconnu avec ses difficultés et ses victoires. Le texte est concis et laisse beaucoup de place aux illustrations aux couleurs chatoyantes.

J’ai aimé suivre les aventures de ses deux personnes, aidés de leurs amis/voisins exploitants, leur détermination, leurs espoirs et aussi leurs inquiétudes sur un avenir qu’ils ne métrisent pas. Au fil des pages on prend conscience que la transition au bio n’est pas qu’un changement de direction dans leur travail. Car finalement c’est en eux que s’opèrent les changements majeurs qui les poussent à réfléchir à d’autres alternatives pour accompagner leurs vaches au-delà de ce qu’elles ont à leur offrir en lait car la relation homme/animal prend une tournure différente en plaçant le respect en son centre. C’est un vrai coup de cœur !

Je remercie les éditions Marabout et Babelio pour cette excellente lecture faite dans le cadre de Masse Critique.

« Et si c’était la révolution qu’on n’espérait plus ? » Xavier et sa sœur Emmanuelle, enfants et petits-enfants d’éleveurs laitiers racontent l’aventure du passage en bio de leur ferme. Mais comment garder la mesure dans un monde qui pousse à la démesure ?

BD/manga·roman graphique

Radium Girls (2020)

Auteure/Illustratrice : Cy

Editeur : Glénat

Collection : Karma

Pages : 136

Edna Bolz vient de se faire engager par la prestigieuse entreprise United States Radium Corporation sur les bancs de laquelle elle rejoint un groupe de jeunes femmes qui peignent de la peinture Undark sur des cadrans de montres. Fière de son nouvel emploi, elle s’imprègne de la technique en trois temps : « Lip. Dip. Paint. » qui consiste à lécher le pinceau pour le lisser avant de le tremper dans la peinture et de l’appliquer. Sans le savoir, elle vient d’entrer dans le cercle des Radium Girls, toutes condamnées à une mort par empoisonnement au radium. Des années plus tard, certaines se lancent dans une bataille juridique pour laver l’honneur de camarades mortes sous de faux prétextes (la syphilis était souvent attribuée) et des conditions de travail qui ne prenaient en compte que l’intérêt de l’employeur sans se soucier de la santé des employées.

Premier roman graphique de la collection Karma, Radium Girls frappe fort en mettant en avant le destin de ces jeunes femmes sacrifiées au nom de progrès. Avec cette nouvelle collection, les éditions Glénat souhaitent mettre en avant des anonymes, souvent oubliés, qui « ont fait changer la société dans ses fondements et ses acquis« . La dessinatrice Cy a choisi de raconter le destin des Radiums Girls dont le combat judiciaire a conduit à améliorer les normes de sécurité industrielle.

Mais plutôt que de s’attarder sur l’aspect scientifique, Cy choisit de mettre en avant les liens qui unissent ces jeunes femmes, leur façon de vivre, de s’amuser et d’exister en dehors de cette usine. Nous sommes dans les années 20 aux Etats-Unis, la prohibition pose des interdits, la mode évolue mais la censure continue d’enfermer les corps sous le tissu. Si elles ont accès au travail, leur travail reste précaire et permet à peine de sortir de la pauvreté. Pourtant, loin de se rendre compte des dangers auxquels elles s’exposent quotidiennement, elles profitent de la vie.

Ce qui frappe dès les premières pages est l’utilisation du radium qui se retrouve partout : dans la peinture bien sûr mais aussi dans des crèmes pour la peau, dans la laine et même dans certains médicaments pris comme nous avalerions de la Vitamine C. Un véritable commerce s’est mis en place autour de cette nouvelle substance dont la science ignore encore tant de choses. De fait, visuellement la couleur verte utilisée pour le radium se retrouve sur toutes les nuances de blanc, de la blouse des jeunes femmes aux panneaux publicitaires en passant par l’eau de la mer. Cette couleur contrebalance la palette de violets utilisée pour tout le reste donnant du peps au dessin.

Avec les connaissances, la lecture n’en est que plus terrifiante lorsque l’on voit que les employées utilisent la peinture pour se teinter les dents ou les ongles, une façon de s’amuser en effrayant leurs petits-amis. Le lecteur ne peut que trembler d’effroi lorsqu’il comprend que les premiers symptômes touchent certaines filles et constater l’évolution plus ou moins rapide du mal qui les ronge: de la douleur articulaire à la perte des dents, en passant par les fausses-couches ou la mort.

Radium Girls est un roman graphique terrible qui lève le voile sur un pan méconnu de l’histoire du travail américain et de l’exploitation des femmes par une société patriarcale qui donnait peu de valeur à leur vie. Bouleversant!

La découverte du radium fait une entrée fracassante dans les Etats-Unis des années 1920. L’élément miracle, découvert par Marie Curie, baigne l’Amérique de son aura phosphorescente.

1918, Edna Bolz s’installe aux côtés de Grace, Katherine, Mollie, Albina et Quinta devant les établis d’USRC. Elles vont y peindre minutieusement leur quota de cadrans de montres, avec cette peinture si spéciale qu’elle permet de lire l’heure dans le noir. Lip. Dip. Paint. Trois mots, trois gestes qui les mèneront à leur perte.

BD/manga·roman graphique

Alicia, prima ballerina assoluta (2021)

Scénario: Eileen Hofer

Dessin et couleurs: Mayalen Goust

Editeur: Rue de Sèvres

Pages: 144

New York, 1943. Alicia Alonso s’apprête à monter sur scène. Elle ne le sait pas encore mais ce remplacement à bras levé va lui apporter le succès et la gloire dans le monde de la danse classique.

La Havane, 2011. Amanda Maestra intègre le Ballet nacional de Cuba. Elle porte, comme de nombreuses jeunes cubaines, l’espoir de marcher dans les pas d’Alicia Alonso, la prima ballerina assoluta.

En fond de toile, la révolution cubaine et ses conséquences. Alors qu’Alicia devient l’une des plus ferventes partisanes de la révolution, elle fait du ballet cubain un outil de propagande. Pour Amanda et ses proches l’héritage de cette révolution est un poids qui pèse lourdement sur les épaules et des rêves d’un avenir meilleur qui leur permettrait de quitter la misère dans laquelle ils vivent.

Repéré dès sa sortie, ce roman graphique m’avait attiré par sa couverture aux couleurs pastels et la promesse d’une histoire pour les amateurs de ballet et d’Histoire. Dès les premières pages, j’ai été happé par la mise en scène et le style graphique. Les illustrations autour de la danse sont magnifiques, le trait délicat de Mayalen Goust et le choix des couleurs apportent du réalisme et du naturel aux mouvements et aux expressions. Le cadrage est toujours pertinent et donne l’impression de suivre un film.

L’histoire parle bien entendu de danse et de ballet mais ce n’est pas le seul fil rouge puisque la révolution cubaine et la politique de Fidel Castro servent aussi l’histoire dans les deux époques mises en place. C’est d’ailleurs cette double temporalité qui fait la force du récit. L’une montrant comment une danseuse devenue quasiment aveugle a pu monter une école de danse et maintenir sa renommée tout en s’attirant le soutient d’un dictateur qui aura utiliser l’art comme outil de propagande comme personne d’autres. L’autre nous montrant combien l’héritage de la ballerine et celui de la révolution ont marqué une emprunte indélébile sur les générations futures.

S’il est particulièrement intéressant de suivre l’évolution d’Alicia Alonso et la création de son école, c’est le quotidien d’Amanda qui m’a le plus séduite, principalement parce qu’on peut suivre des adultes proches d’elle qui mettent en avant la misère à laquelle ils sont confrontés au quotidien et les moyens qu’ils doivent mettre en place pour mettre « un peu de beurre dans les épinards ».

Alicia Prima Ballerina Assoluta est un roman graphique à découvrir pour en savoir plus sur ce personnage artistique devenu un visage politique et pour découvrir un pan majeur de l’Histoire cubaine. C’est beau, c’est fort, c’est puissant!

A lire aussi, l’avis de Blandine et celui de Tachan.

A travers ce portrait de l’intrigante danseuse étoile Alicia Alonzo, Eileen Hofer et Mayalen Goust revisient la période post-révolution Cuba, où la dictature a fait du ballet national, son meilleur instrument de propagande.

BD/manga·roman graphique

Le Baron perché – BD (2021)

D’après Italo Calvino

Auteure/Illustratrice : Claire Martin

Editeur: Jungle

Pages : 136

Adaptation du roman éponyme d’Italo Calvino, Le Baron perché est une bande dessinée agréable à lire et qui rend le texte d’origine accessible à tous. En effet, là où l’auteur italien utilisait un vocabulaire riche et des phrases d’une longueur étourdissante, Claire Martin a su adapter le texte pour le rendre plus facile sans pour autant perdre le sens général ni tomber dans la facilité.

Mes filles avaient parfois du mal avec le sens du texte de Calvino et ce nouveau format leur a vraiment permis d’aller plus en avant dans la compréhension des évènements politiques et philosophiques. J’ai trouvé pour ma part que l’auteure n’avait abordé ces thématiques que trop légèrement mais avec le recul je me dis que pour le lecteur cible, c’est sans aucun doute préférable ainsi.

Les illustrations s’accordent bien à l’ambiance de l’histoire et à l’époque dans laquelle se déroule le récit. L’illustratrice marque bien le temps qui passe au travers des paysages et des personnages qui prennent de l’âge en changeant de traits. J’ai aimé la richesse du trait qui donne vraiment une apparence différente à chaque personnage et l’utilisation du sépia pour relater les évènements passés.

Au final je pense que cette adaptation est vraiment très bonne et permettra aux plus jeunes d’aborder un texte classique parfois complexe qu’ils auront toujours le loisir de redécouvrir quand ils seront prêts.

Italie, milieu du XVIIIe siècle. Dans un manoir niché au milieu d’une vaste forêt, un jeune baron du nom de Côme est en conflit avec ses parents. Pour échapper à leur autoritarisme ainsi qu’aux traditions étouffantes de cette classe sociale, il va décider de vivre dans les arbres. En circulant de branche en branche, il s’adapte à cet environnement sensoriel et dangereux, et apprend à subvenir à ses besoins. Bien loin de le couper du reste de l’humanité, ce mode de vie atypique le guide vers des rencontres auxquelles il renouvelle sa promesse: il ne mettra plus jamais un pied sur le sol.

BD/manga·roman graphique

Sacrées Sorcières – BD (2020)

D’après Roald Dahl

Adaptation: Pénélope Bagieu

Editeur: Gallimard

Pages: 300

Alors qu’il vient de perdre ses parents, le petit garçon est confié à la garde de sa grand-mère, une femme fantasque et extravagante qui le fait entrer par ses histoires dans le monde des sorcières. Rendue malade par l’abus de tabac, la grand-mère prend des vacances sur les conseils de son médecin et se retrouve avec le petit garçon dans un hôtel sur la côte. Un hôtel plein de charme qui se trouve être la scène d’un congrès de sorcières venues mettre en place leur grand projet d’extermination des enfants.

Je partais sans aprioris pour la lecture de cette bande dessinée n’ayant pas encore lu le roman de Roald Dahl mais pleine d’espérance au vu des nombreuses lectures qu’en ont faite mes filles. Et je dois dire que je n’ai pas été déçu par cette adaptation pleine de cynisme et d’humour noir qui met en avant deux enfants sympathiques, un grand-mère loufoque – son look est désopilant – et des sorcières originales dont la Grandissime Sorcière est saisissante d’horreur.

Le trait singulier de Pénélope Bagieu offre au lecteur un ouvrage de qualité qui ne manque ni de charme ni de rythme. L’humour de Roald Dahl associé à celui de l’illustratrice donne naissance à une BD de trois cents pages absolument délectables qui ravira les fans de l’auteur anglais et tous les autres. En tout cas ici, nous en redemandons!

Je vous invite à lire les avis d’Isabelle, de VivreLivre et de Bouma.

Les enfants sont répugnants!
Ils puent! Ils empestent!
Ils sentent le caca de chien!
Rien que d’y penser, j’ai envie de vomir!
Il faut les écrabouiller!
Les pulvériser!
Écoutez le plan que j’ai élaboré pour nettoyer l’Angleterre de toute cette vermine…

BD/manga·roman graphique

Napoléon doit mourir (2020)

Auteur/Illustrateur: Jean-Baptiste Bourgois

Editeur: Sarbacane

Pages: 168

En ce 5 mai 2021, nous fêtons le bicentenaire de la mort de l’Empereur Napoléon Ier. Quelle meilleure occasion pour découvrir le roman graphique de Jean-Baptiste Bourgois? Paru aux éditions Sarbacane en octobre 2020, j’ai eu la chance d’en gagner un exemplaire dédicacé sur leur page Facebook en janvier dernier. Et c’est avec plaisir que j’ai enfin pris le temps de lire cette énorme bande dessinée de 168 pages.

Napoléon doit mourir est en réalité la biographie d’Armand Augustin Louis de Caulaincourt, l’homme de confiance de Napoléon, surnommé l’Intouchable par ses pairs car il semblait fuit des balles et par la maladie. L’auteur/illustrateur revient plus précisément sur les évènements qui survinrent lors de la Campagne de Russie.

Réécriture fantastique d’un fait historique, l’histoire prend des allures de conte et devient une uchronie familiale déjantée dans laquelle des créatures fantastiques deviennent l’espoir d’un homme qui tente de rentrer chez lui glorieusement tout en ayant perdu sa Grande Armée. Le style graphique d’apparence simpliste fourmille de détails que l’on prend plaisir à regarder. L’univers historique se marie parfaitement à la fantasy, amenant une touche d’humour toujours appréciable pour parler d’Histoire.

Un grand merci aux éditions Sarbacane pour ce magnifique cadeau (l’objet-livre est splendide) et à Jean-Baptiste Bourgois pour la dédicace.

Armand Augustin Louis de Caulaincourt fut d’abord un enfant charmant, plein de santé et d’entrain, avant de devenir le général napoléonien que l’Histoire a retenu. Ce qu’on sait moins, c’est qu’au cours de sa vie emmaillée d’aventures, il en a connu une, dans les lointaines forêts de Russie, plus folle et merveilleuse que les autres…
Réécriture fantastique d’un épisode historique précisément contextualisé , uchronie enchanteresse, conte funambule, Napoléon doit mourir est un roman graphique familial au charme unique. Porté par le trait de plume joueur et délicat de Jean-Baptiste Bourgois, il emporte son lecteur vers des contrées inexplorées, où l’Histoire danse avec la fantasy sous les yeux émerveillés du lecteur…