masse critique·roman jeunesse

Le secret de Léonard

Auteure: Mireille Calmel

Illustrateur: Romain Mennetrier

Editeurs: XO éditions & Belin Jeunesse

Pages: 155

 

J’ai eu le plaisir de découvrir Le secret de Léonard en avant première dans le cadre d’une offre Masse Critique et j’en remercie les éditions XO et Belin Jeunesse, ainsi que Babelio.

Flore, Raphaël, Pierre et Louis vivent à Amboise, château des Rois de France. Leurs parents travaillent au château qui est un lieu merveilleux pour les jeux des enfants. Ils en connaissent tout les endroits et secrets, ils aiment particulièrement se promener dans les souterrains pour espionner les conversations. C’est en allant jusqu’au Clos Lucé par les passages secrets que Flore apprend la mort de Léonard de Vinci. Avec ses trois amis, ils savent que l’un de ses plus précieux dessins a été volé. Ils doivent retrouver « l’aile volante » avant que le roi François Ier ne s’apperçoive de sa disparition.

Mireille Calmel n’a pas son pareil pour écrire des romans historiques aux personnages féminins forts et déterminés. Pour son premier roman jeunesse, elle conserve ces éléments qu’elle maitrise à merveille et signe un titre riche en aventure avec juste ce qu’il faut de dangers et de suspens pour attiser la curiosité des jeunes lecteurs et maintenir leur intérêt jusqu’au bout du récit. Si le texte est court et illustré, il ne manque pas de richesses. L’auteure emploie un lexique historique riche – définitions en bas de page – et ponctue son récit de faits et d’anecdotes historiques qui viennent l’enrichir un peu plus. Ses jeunes héros sont attachants et attirent rapidement la sympathie. On saluera la place importante donnée à Flore qui apporte un petit message féministe bienvenue dans une époque qui laissait peu de place aux filles/femmes en dehors de la maison. Le secret de Léonard est un roman parfait pour initier les jeunes lecteurs au roman historique.

Au château d’Amboise, le temps s’est arrêté: Léonard de Vinci vient de mourir. Mais pour Flore, Raphaël, Pierre et Louis, il n’y a plus une minute à perdre. Ils doivent retrouver le dessin de l’aile volante, l’une des plus célèbres inventions du maître. Qui l’a dérobé et pourquoi? Le compte à rebours est lancé, car le roi François Ier ne soit pas s’apercevoir de sa disparition…

album

Sur mon île

Auteure: Myung-Ae Lee

Traducteurs: Eun-Joo & Flore Carré

Editeur:  De La Martinière Jeunesse

Pages: 40

Sur mon île aurait pu être une invitation au voyage mais ne nous y trompons pas, dès la couverture le ton est donné: la pollution plastique s’en prend aux animaux marins.

Le texte prend peu de place, les illustrations se suffisent à elles-mêmes. Partant de la ville et des hommes, l’auteur dénonce notre société de consommation et ce que cela engendre comme déchets plastiques. Du plastique qui apparait d’abord en points de couleurs qui font comme des constellations, avant de prendre des formes plus concrètes et de se retrouver dans l’océan, amoncelés en tas.  Le huitième continent… Le macareux moine, avec son visage mignon, attire la sympathie du lecteur. Bien que très loin de son habitat naturel, il représente ici les espèces en voie d’extinction (lui est plutôt victime de la surpêche). Narrateur, il est l’hôte impuissant qui de son regard triste voit mourir ses amis.

Avec sincérité, Myung-Ae Lee propose un regard critique et réaliste sur un problème écologique majeur de notre époque. Elle soulève la question de la surconsommation et des effets qu’engendrent nos achats sur la biodiversité et sur nos paysages. Percutant, l’album s’adresse à un jeune public qui est ici pris au sérieux et responsabilisé. La protection des océans est l’affaire de tous et il n’est jamais trop tôt pour sensibiliser nos enfants. Sur mon île est un album au message écologique fort, au graphisme soigné qui nous a beaucoup touché et que nous avons pris le temps de lire plusieurs fois.

Je vous invite à lire l’avis d’Isabelle ICI.

Ce album fait parti de la sélection du Prix UNICEF de littérature jeunesse 2020 sélection 3-5 ans.

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J’habite une petite île qui flotte au beau milieu de la mer…

album·conte/nouvelle/biographie·Lecture à voix haute

Et parfois ils reviennent…

 

Auteurs: Collectif

Illustrateur: Maurizio A.C. Quarello

Editeur: Sarbacane

Pages: 76

Recueil de nouvelles, Et parfois ils reviennent… nous entraîne à la découverte de huit récits fantastiques sélectionnés dans la bibliographie de maîtres du genre. Huit auteurs classiques du monde entier font ici figure de représentants d’un même genre mais décliné en différents registres. Le tout formant un ouvrage qui tour à tour fera frissonner ou rire le lecteur. Chez nous c’est un coup de cœur.

Lues à voix haute, ces nouvelles ont su captiver mes filles de onze ans qui ont pris beaucoup de plaisir à découvrir des textes de qualité, des auteurs qu’elles ne connaissaient pas pour la plupart et des histoires qui font froid dans le dos. Leur préférence va pourtant à la moins effrayante des nouvelles, Le Fantôme de Canterville d’Oscar Wilde, un classique mené par un fantôme grotesque et pathétique. Même si Gabrielle a également fort apprécié L’Etui merveilleux de Tcheng Ki-Tong qu’elle a trouvé plus poétique – elle adore la Chine et tout ce qui s’y rattache. Pour ma part, j’ai apprécié plusieurs de ces histoires, même si La Morte de Guy de Maupassant m’a semblé particulièrement terrifiante. Mais je donnerais ma préférence à La montagne des revenants de Gustavo Adolfo Bécquer, que j’ai trouvé belle et terrible à la fois.

Enfin je ne peux conclure sans parler des illustrations de talentueux Maurizio A.C. Quarello, qui déploie tout son art dans des aquarelles somptueuses. Une fois de plus il sublime les textes en les mettant en images avec un réalisme glaçant.

Maurizio A.C. Quarello sur le blog: L’appel de la foret, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde.

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Guy de Maupassant (La Morte), Sheridan Le Fanu (Le Fantôme et le Rebouteux), Jerome K. Jerome (Le Fantôme de la chambre bleue), Gustavo Adolfo Bécquer (La Montagne des revenants), Robert E. Howard (Le Marécage), Oscar Wilde (Le Fantôme de Canterville), Tcheng Ki-Tong (L’Étui merveilleux), Edgar Allan Poe (Le Roi Peste) : huit maîtres du fantastique du monde entier sont ici réunis dans des registres différents – humour, grotesque, horreur ou épouvante pure –, pour un plaisir de lecture inégalé ! Avec à la clé le talent et l’appétit du grand illustrateur …

roman jeunesse

Le Trésor des O’Brien

Twist of Gold

Auteur: Michael Morpurgo

Illustrateur: William Geldart

Traducteur: Noël Chasseriau

Editeur: Gallimard Jeunesse

Pages: 251

 

Irlande, 1847. La famine fait rage, décimant la population. Lorsque la peste menace les rares survivants, les O’Brien se tournent vers l’Amérique où le père est parti quelques années plus tôt pour trouver une terre d’accueil. C’est plein d’espoir que Sean et Annie embarquent à bord d’un bateau d’immigrants, laissant derrière eux leur mère malade, avec pour seul bagage, le trésor de leur famille: une torque d’or. Le voyage est d’autant plus périlleux qu’ils ne sont que deux enfants. Mais grâce à la protection de leur bijou, ils font des rencontres bienveillantes et peuvent compter sur leurs nouveaux amis pour les accompagner et les guider au travers les dangers qui ponctuent leur périple.

Morpurgo signe un récit culturellement et historiquement très riche et détaillé. Avec le talent qu’on lui connait, il revient sur un pan majeur de l’Histoire de l’Irlande dont la population n’a eu d’autres choix que d’immigrer vers une terre pleine de promesses alors qu’il leur restait si peu d’espoir de survie. Mais cette terre d’accueil n’était pas la paradis espéré et beaucoup perdirent la vie au cours du long voyage. En plus d’être une richesse culturelle, le texte est une véritable aventure jonchée de périples, de rencontres et de rebondissement qui en font un récit initiatique à faire lire à nos jeunes adolescents.

1847… Cette année-là, en Irlande, un terrible fléau anéantit la récolte de pommes de terre, condamnant le peuple à la famine. Sean et Annie, les deux enfants survivants du clan O’Brien n’ont qu’un seul espoir de salut: ils doivent partir retrouver leur père en Amérique. Ils s’embarquent à bord d’un navire d’émigrants. Commence alors la plus incroyable des épopées.

album·Lecture à voix haute

La traversée des animaux

Auteur: Vincent Cuvelier

Illustrateur: Brice Postma Uzel

Editeur: Gallimard jeunesse

Collection: Giboulées

Pages: 32

L’histoire prend place dans l’Union Soviétique Stalinienne. C’est l’hiver, il neige, et derrière les grilles du zoo de Moscou, une évasion se prépare. Une étrange meute d’animaux se concerte avant de franchir la porte, menée par l’ours. Plus ils avancent dans les paysages rudes de la toundra, certains redeviennent sauvages alors que d’autres semblent plutôt s’humaniser.

Vincent Cuvelier propose un conte philosophique qui soulève la question du pouvoir et de la liberté. Avec humour et subtilité, il invite son lecteur à se demander où sont les limites et jusqu’où les repousser. Le texte est sublimé par les illustrations très graphiques de Brice Postma Uzel qui semble s’être inspiré de l’art soviétique de l’époque. Je salue la fin ouverte qui laisse place à l’imagination et aux questionnements.

Au milieu du siècle dernier, des animaux s’évadent du zoo de Moscou. C’est l’hiver, il neige. L’ours mène la drôle de meute, composée de trois loups, d’un échassier, d’un porc-épic, d’un pingouin et d’autres animaux. Ils marchent, volent, trottent, et plus ils marchent, volent, trottent, plus ils redeviennent ce qu’ils ont toujours été: des animaux sauvages…

roman ado

L’Âge des possibles

 

Auteure: Marie Chartres

Editeur: L’école des loisirs

Collection: Medium +

Pages: 234

 

Trois voix, une destination et de multiples possibilités. Pour Saul et Rachel, élevés dans une communauté amish, Rumspringa est l’occasion de découvrir le monde moderne et de choisir de vivre leur vie avec leur communauté ou pas. Pour Temple, jeune fille timide et peu sûre d’elle, rendre visite à sa sœur est une véritable aventure. Pour tous les trois, Chicago est une épreuve qui ne va s’adoucir qu’après leur rencontre improbable et celle d’un jeune garçon de la ville, Frederik. Entre ouverture sur le monde et passage à l’âge adulte, L’âge des possibles est un roman plein de promesses au cours duquel les personnages auront à affronter leurs craintes et leur destin.

Si Saul a pris l’initiative de leur Rumspringa, sera-t-il celui qui en reviendra le plus changé? Leur rencontre avec Temple, qui leur apparaît aussi perdue qu’ils ne le sont dans la grandeur de cette ville, va venir soulever des questions et entraîner des décisions auxquelles ils ne s’attendaient pas. Cette dernière n’avait jamais quitté son village et l’épicerie familiale, ce voyage est l’occasion pour elle de s’ouvrir à l’inconnu d’un monde qui l’effraie. Mais il faut parfois de l’aide et une main tendue pour oser affronter ses plus grandes craintes.

Marie Chartres signe un titre poétique et doux comme une caresse sur le délicat passage à l’âge adulte. Sa plume légère et envoutante nous entraîne dans les pas hésitants de trois jeunes qui ont des choix à faire, des décisions à prendre. On peut saluer le choix de choisir des héros issus de la communauté amish qui poussera les plus curieux à s’intéresser à ce sujet que l’on rencontre peu en littérature jeunesse. De même la narration et la bienveillance qui se dégage des personnages apportent beaucoup à l’histoire et aux personnages que l’on prend plaisir à suivre. J’emets cependant quelques réserves sur le final un peu bancal par rapport au reste du récit.

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Saul et Rachel ont un avenir tout tracé: chez les amish, la vie est une ligne droite. Leur Rumspringa, cette parenthèse hors de la communauté, leur permettra de découvrir le monde moderne pour le rejeter en toute connaissance de cause. Temple doit quitter sa petite vie casanière pour rejoindre sa sœur à Chicago, mais la peur la paralyse. Dans l’immense ville, celle qui se pose trop de questions et ceux qui devraient ne pas s’en poser vont se perdre et se trouver. Mais ils vont aussi trouver des réponses qu’ils auraient peut-être préféré ignorer.

roman ado

Steam Sailors, tome 1. L’Héliotrope

Auteure: E.S. Green

Illustrateur: VADERETRO

Editeur: Gulf Stream

Collection: 13+

Pages: 384

 

Vous aimez les aventures fantastiques, les pirates et les chasses aux trésors? Steam Sailors est fait pour vous!

L’histoire prend place dans un monde divisé en deux: le Haut-Monde et le Bas-Monde, qui se vouent une haine farouche. Prudence, notre jeune héroïne, vit dans le Bas-Monde, traitée en paria par les villageois à cause d’étranges pouvoirs qui semblent la relier aux Alchimistes, ces savants exterminés des siècles plus tôt. Pourtant, douée par la médecine, elle officie dans l’ombre. Après une attaque de pirates du ciel, la jeune fille est enlevée et enrôlée comme médecin de bord de l’Héliotrope, le navire volant d’un groupe de pirates redoutables en quête de la mystérieuse cité des Alchimistes.

La couverture de ce titre m’attirait depuis des mois et j’avais vraiment hâte de découvrir ce qui se cachait dessous. Il faut dire que la publication était programmée pour mars et que la crise sanitaire a quelque peu changé les choses. Ce n’est donc qu’en juin qu’est finalement sorti L’héliotrope. Le travail éditorial sur la couverture est juste magnifique entre le relief et l’illustration qui en dévoile juste assez pour nous faire voyager. On retrouve aussi en page de garde un plan détaillé de l’Héliotrope très utile à la lecture.

Ellie Green est une jeune auteure, passionnée par la navigation et la piraterie du XVIIIe siècle; elle signe un premier roman riche en aventures et rebondissements. Sa plume immersive entraîne le lecteur dans un univers steampunk où les îles flottent et les bateaux volent. Prudence est une héroïne intelligente, vive, auréolée de mystères, elle s’intègre à l’équipage de l’Héliotrope avec facilité et apporte une touche féminine bienvenue dans ce monde très masculin. Mais les membres du navire sont tous passionnants et chacun apportent un petit quelque chose à l’histoire. Leur quête est une véritable chasse aux trésors faite d’énigmes à décoder et de pièges à déjouer. L’aventure est riche et drôle, et ne souffre d’aucun temps mort. Le seul point négatif est qu’il va falloir attendre avant de pouvoir lire la suite…

Je vous invite à lire également la critique de #Céline.

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Quatre siècles après la Grande-Fracture, les habitants du Bas-Monde traversent une ère obscure et rétrograde, tandis que le Haut-Monde, figé depuis l’extinction des Alchimistes, demeure inaccessible et fait l’objet de tous les fantasmes. Originaire du Bas-Monde, Prudence vit en paria car elle voit l’avenir en rêves. Une nuit, son village est attaqué par des pirates du ciel. Enlevée et enrôlée de force à bord de L’Héliotrope, un navire volant à la sinistre réputation, la jeune orpheline découvre un nouvel univers, celui du ciel et de ses pirates. Prudence fait la connaissance des membres de l’équipage, qui ne tardent pas à lui révéler leur secret : ils détiennent un indice, menant à une série de « clefs » disséminées dans le monde qui permettrait de retrouver la cité des Alchimistes…

roman ado

Midnight Sun

 

Auteure:  Stephenie Meyer

Traducteur: Luc Rigoureau

Editeur: Hachette

Pages:  810

 

Cela fait quinze ans que le premier volume de la saga Twilight est sorti, relu il n’y a pas si longtemps j’en avais donné un bref avis ICI. Pour finir les vacances je voulais une lecture légère et je suis tombée sur Midnight Sun sans en avoir même entendu parler. Pensant que cela ferait l’affaire je me suis lancée dans la lecture de ces plus de 800 pages pour rapidement déchanter: ce ne serait pas aussi facile que je l’espérais!

L’histoire est celle de Fascination racontée du point de vue d’Edward Cullen, vampire torturé qui tente de lutter contre ses instincts en se nourrissant du sang d’animaux. Un pis-aller qui va difficilement le sustenter lorsqu’il rencontre Bella dont le sang l’attire plus que tout autre. On prend rapidement conscience qu’Edward est amoureux de ce sang qui provoque en lui des tas de nouvelles émotions dont le désir qu’il n’avait jamais ressenti. Au lieu de s’abreuver, il va alors choisir d’apprendre à connaître Bella, créant un lien très fort, une sorte de dépendance à l’autre assez intense.

Si découvrir les émotions d’Edward, sa lutte et ses pensées est intéressant au premier abord, c’est rapidement devenu assez lourd. En effet, ses pensées partent parfois dans des directions inattendues, nous entraînant dans des souvenirs plus ou moins intéressants qui sont souvent sans lien logique avec la réflexion du départ. Cela permet d’en savoir plus sur le personnage et les membres de sa famille mais alourdit le récit, allant même jusqu’à rendre certains passages indigestes.

Midnight Sun reste un roman dans la lignée des autres tomes de la série bien que moins agréable à lire car sans surprise et un nombre de pages trop grand. A réserver aux fans inconditionnels de la série.

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La rencontre entre Edward Cullen et Bella Swan dans Fascination, le premier tome de la saga Twilight, a donné naissance à une histoire d’amour iconique. Mais jusqu’à présent, les fans n’avaient pu lire de cette histoire que la version de Bella. Ce conte inoubliable prend, à travers le regard d’Edward, un tour nouveau et résolument sombre. La rencontre de Bella constitue dans sa longue vie de vampire l’expérience la plus intrigante et la plus troublante qui soit. Plus nous apprenons de détails sur le passé d’Edward et la complexité de son monde intérieur, mieux nous comprenons que cet événement constitue le combat déterminant de son existence.

CHALLENGE PAVE 2020

 

roman ado

Âge Tendre

 

Auteure: Clémentine Beauvais

Editeur: Sarbacane

Collection: Exprim’

Pages: 378

 

Nous sommes en France. Une France qui ressemble à la notre si ce n’est qu’elle est dirigée par une Présidente, qu’on y roule en voiture électrique et que les jeunes qui quittent le collège doivent obligatoirement passer par une année de Service Civique (serci) avant d’entrer au lycée. Clémentine Beauvais part d’une idée originale et particulièrement intéressante, posant ainsi une bonne base pour son nouveau roman. Dès les premières pages le lecteur comprend que l’auteure l’entraîne dans un univers unique et différent, à l’image de son personnage principal, Valentin Lemonnier. Cet adolescent particulier a du mal à vivre dans un monde dans lequel il se sent particulièrement angoissé. Ses interactions sociales sont difficiles, s’il comprend ce qu’on lui dit, il interprète difficilement les codes sociaux, son vocabulaire est riche et précis, il a tendance à dire ce qui lui passe par la tête sans mesurer les conséquences de ses paroles. Valentin semble atteint du syndrome d’Asperger.

Alors qu’il avait pris le temps de sélectionner les domaines et lieux les moins anxiogènes pour lui, l’algorithme d’attribution des Serci l’envoie dans les Hauts-de-France, à Boulogne-sur-Mer – à l’autre bout du pays pour lui qui vit à Albi – dans un résidence pour personnages âgées atteintes de démence, une unité Mnémosyne qui ressemble à un quartier des années 60, années dans lesquelles les pensionnaires croient plus ou moins vivre. Sa première mission sera d’annoncer à une pensionnaire que Françoise Hardy ne pourra pas venir chanter dans leur ville mais Valentin, trouvant cela trop triste, lui annonce l’inverse… Il lui faut désormais trouver une solution.

Age tendre est le Journal de bord de Valentin, un journal qu’il tient durant son Serci et qui a pour but de l’aider à rédiger son rapport de fin de Service Civique. On découvre Valentin, son vécu, son ressenti, dans un quotidien. Au fil des pages et des rencontres on perçoit son évolution, sentiment renforcé par les « Note rétrospective » que Valentin distille ça et là au moment de sa relecture. Mais le jeune homme n’est pas seul à changer, il entraîne avec lui Sola, son maître de stage, une jeune femme sensible et dynamique qui dissimule une douloureuse blessure. Entre amitié et remise en questions, Valentin vit un véritable récit initiatique durant lequel il s’ouvre aux autres, au monde qui l’entoure, à sa famille et à lui-même.

Age tendre est un roman ultra optimiste, qui a un pied dans le passé et un autre tourné vers l’avenir. Clémentine Beauvais signe un titre touchant et drôle qui aborde l’adolescence et le passage à l’âge d’adulte avec tout ce que cela implique de bouleversements. Ce fut ma dernière lecture de vacances, une lecture qui aura réuni la famille de onze à soixante-sept ans. L’une posant des questions sur une époque qui lui paraît bien lointaine, un autre se remémorant l’émission de variétés qui a marqué sa jeunesse, Age tendre et Tête de Bois, nous faisant (re)découvrir des classiques d’une époque révolue durant laquelle les jeunes chanteuses avaient une frange et portaient des minis robes trapèzes aux couleurs psychédéliques ornées de grosses fleurs. Entre nostalgie et gaieté, Age tendre est un roman profond qui oscille entre passé et présent avec délice. Au final on ne peut qu’apprécier que Valentin ait dépassé les 30 pages demandées.

L’avis d’Isabelle est à lire ICI, celui de Sophie ICI.

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La Présidente de la République l’a décidé: tout élève doit faire, entre sa troisième et sa seconde, une année de service civique quelque part en France. Valentin Lemonnier n’a pas de chance: ses vœux ne sont pas respectés, et il est envoyé dans le Pas-de-Calais, dans un centre pour personnes âgées atteintes d’Alzheimer, minutieusement reconstitué pour ressembler à un village des années 60. Sa première mission semble assez simple: écrire une lettre à une pensionnaire qui a répondu à un concours dans un Salut les Copains de 1967, pour lui annoncer que, malheureusement, Françoise Hardy ne va pas pouvoir venir chanter dans leur ville. Sauf que c’est difficile d’annoncer une telle mauvaise nouvelle. Alors il annonce l’inverse. Françoise Hardy viendra! il s’y engage personnellement. Et pour ce faire, il va falloir trouver un sosie de la star, qui vienne chanter son tube La maison où j’ai grandi à tous les pensionnaire…

album

Yukio, l’enfant des vagues

Auteur: Jean-Baptiste Del Amo

Illustratrice: Karine Daisay

Editeur: Gallimard Jeunesse

Pages: 40

Alors qu’il passe quelques jours sur une île de l’archipel japonais, un écrivain en manque d’inspiration, rencontre une jeune femme qui passe ses journées assise face à l’immensité de la mer qu’elle contemple. Intrigué, il cherche à savoir qui elle est. La narration change alors pour prendre des airs de conte dans lequel Yukio, un jeune enfant, se couvre d’écailles à chacune de ses baignades jusqu’à n’en plus revenir.

C’est un bien bel album que nous propose Jean-Baptiste Del Amo et Karine Daisy. Le texte et les illustrations s’associent avec délicatesse et pudeur pour aborder un sujet lourd, celui de la perte d’un enfant et du deuil qui s’en suit. Inspiré d’un conte traditionnel japonais, l’histoire de Yukio, l’enfant des vagues est tendre et touchante, elle met en avant l’amour profond d’une mère pour son enfant et le long travail d’acceptation qui suit la plus douloureuse des séparations.

Au sud du Japon, un écrivain en manque d’inspiration séjourne dans une petite île sauvage. Matin et soir, il remarque sur la plage une femme qui fixe étrangement la mer. Elle s’appelle Mayumi. Son fils, Yukio, était si petit à la naissance qu’il tenait dans la paume d’une main…