rendez-vous hebdomadaire

Premières Lignes #29

Sur une idée originale de Ma LecturothèquePremières lignes met en avant un roman au travers des lignes qui ouvrent le récit. En ce jour de Fête des Mères, je vous partage les premières lignes d’un roman offert.

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LADY FORTESCUE A LA RESCOUSSE

I

« C’est une triste vérité que même les grands hommes ont leurs parents pauvres.« 

CHARLES DICKENS

A l’époque du Prince Régent, en ce début de dix-neuvième siècle où la passion des jeux d’argent avait atteint des sommets insensés et où l’aristocratie dépensait et gaspillait sans compter, il y avait à Londres beaucoup de pauvres, des êtres pitoyables, affamés et en haillons.

Et c’était sans compter les pauvres invisibles et bien nés, victimes d’une misère refusant de dire son nom, des infortunés qui cachaient leur situation aux yeux de la bonne société en usant de mille stratagèmes.

Ceux d’entre eux qui vivaient à Londres y menaient une existence morne et solitaire, subsistant grâce à la charité de leurs nobles parents ou à une maigre rente issue d’une fiducie familiale. Une fois par an, on les sortait, on les dépoussiérait et on les transportait vers une prestigieuse demeure de campagne où ils observaient la plus grande discrétion dans l’espoir de ne pas se faire remarquer et de profiter le plus longtemps possible des repas réguliers et du chauffage. Mais venait toujours le moment où ils étaient réexpédiés avec armes et bagages à Londres, où ils recommençaient à grelotter avec dignité, le ventre vide. Ce qui les empêchait de se rapprocher et de s’entraider, c’était leur fierté.

Une petite fraction de cette horde misérable aurait rejoint les rangs de ses semblables, voués à mourir seuls et oubliés, sans ce mémorable jour de mai 1815 où la vieille lady Fortescue rencontra le colonel Sandhurst à Hyde Park.

Les Chroniques de Bond Street, tome 1 de M.C. Beaton, Albin Michel, 2022.
Prix littéraire

Prix littéraire « libre2lire » – Les Lauréats 2022 et la sélection 2023

En juin de l’année dernière, je présentais ce Prix littéraire organisé par la Métropole de Lille, en partenariat avec les bibliothèques et librairies du territoire. Gabrielle ayant lu tous les titres, et moi une bonne partie, nous nous sommes rendues à la cérémonie des récompenses qui se tenait le Samedi 21 mai à la Médiathèque de la Madeleine.

Catégorie ADOS

Catégorie ADOS +

Et les lauréats sont…

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La cérémonie a été ponctuée de remises de récompenses divers, notamment pour le prix à l’expression auquel de nombreuses personnes ont participé. Il y avait de superbes projets de différentes formes : magazine, booktubes, cartes postales sonores, maquette… Ainsi qu’un tirage au sort parmi les adolescents présents ce jour-là.

Mais c’est la présence de Valentine Goby qui fut un enchantement. Accompagnée du musicien Xavier Llamas, l’auteure nous a enchantée d’une lecture de l’Anguille sous la forme d’un petit spectacle musical. Après quoi, elle a pris le temps de répondre aux questions du public. J’ai trouvé que Valentine Goby est une personne généreuse. On sent combien elle aime rencontrer le public, les lecteurs, et échanger avec eux. Une personne chaleureuse et agréable qu’on aime à écouter.

(Photos prises pendant que les artistes se préparaient)


Sélections 2023

Et c’est reparti pour un tour avec une nouvelle double sélection qui promet de beaux moments de lecture.

ADOS

Aliénor fille de Merlin de Séverine Gauthier, Ecole des Loisirs, 2021.

Balto, le dernier des Valets de cœur de Jean-Michel Payet, Ecole des loisirs, 2020.

Beurre breton et Sucre afghan de Anne Rehbinder, Actes Sud junior, 2021.

J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle de Jo Witek, Actes Sud junior, 2021.

ADOS +

L’odeur de la pluie de Gwendoline Verver, Scrineo, 2021.

Devine de quand je t’appelle ? de Nadia et Pauline Coste, Seuil jeunesse, 2021.

Comme ton père de Gilles Abier, Les éditions IN8, 2021.

Red Man de Jean-François Chabas, Au diable Vauvert, 2021.

masse critique·roman ado

Amande (2017/2022)

아몬드 

Auteure : Won Pyung Sohn

Traductrices : Sandy Joosun Lee (coréen) & Juliette Lê (anglais)

Editeur : PKJ

Pages : 336

Yunjae est un adolescent qui aborde le monde d’un regard inexpressif et cartésien. Il ne comprend pas les codes sociaux et ne sait jamais quelle réponse est attendue quand il se confronte à une situation du quotidien. Sa mère a toujours veillé à lui donner des conseils, qu’il apprenait par cœur dans son enfance, pour l’aider à être le plus « normal » possible. Mais pour Yunjae, la normalité n’a pas de définition, il a juste compris très tôt qu’il n’entrait pas dans la même case que les autres. Yunjae souffre d’alexithymie, un grand mot pour dire qu’il ne ressent aucune émotion. La cause est due à son amygdale cérébrale qui ne s’est pas développée.

Gon a passé treize ans dans la rue. Il avait littéralement disparu et personne n’arrivait à le retrouver. A son retour, il va vivre auprès de son père. Mais après les violences de la rue et le manque affectif créé par les multiples rejets (familles d’accueil, foyer…), il n’est pas prêt à laisser quiconque franchir l’armure qu’il s’est forgé. Froid, brutal, il emploie un langage cru et fait preuve d’une grande agressivité. Provocateur, il expulse sa colère en étant violent verbalement et physiquement avec les autres. Il envie à Yunjae son manque d’émotions, il aimerait lui aussi être sans peur. Mais comprend-il vraiment les implications et les dangers auxquels se confrontent son camarade ?

On comprend vite que leur rencontre sera aussi explosive que leur amitié est improbable, mais que chacun va y trouver ce qu’il cherche, ce dont il a besoin pour grandir. Car trouver le chemin qui mène à l’âge adulte n’est jamais de tout repos et, dans le cas de ces deux jeunes, le parcours est semé d’embuches et de dangers. L’amitié ne sera pas de trop pour les affronter et se relever plus fort et plus riche.

Won Pyung Sohn est une cinéaste sud-coréenne qui signe avec Amande, l’écriture d’un premier roman qui lui a valu le Prix Changbi for Young Adult Fiction. Acclamé par la critique, le texte aborde le passage à l’âge adulte par l’exploration du sens de l’existence et l’utilisation de personnages singuliers qui s’opposent et se complètent. Alors que Yunjae ne ressent aucune émotions, Gon lui est submergé par les siennes. Chacun est curieux de comprendre comment l’autre fonctionne, cherchant à combler un manque ou un trop plein émotionnel. Il est d’ailleurs intéressant de voir que celui qui est considéré comme « anormal » comprend avec plus de justesse ce qui se cache derrière la violence de son camarade.

L’histoire étant racontée par Yunjae, l’écriture est concise. L’absence d’émotions est flagrante et surprend dès les premières lignes. Impossible de se mettre à la place de ce personnage qui ne réagit à aucun stimuli là où nous serions effrayés ou bouleversés. Pourtant, on s’attache malgré tout à ce jeune homme qui tente de vivre sa vie le plus simplement possible. L’arrivée de Gon change la donne, le vocabulaire s’enrichit d’un florilège d’insultes qui révèle le tourbillon émotionnel qu’il affronte. A la lecture, on ressent toute la détresse de ce jeune en souffrance qui tente désespérément de comprendre où est sa place et pourquoi il a eu une existence si terrible.

La lecture, en fin d’ouvrage, des Notes de la traductrice du coréen vers l’anglais, montre toute la difficulté à traduire ce texte sans dénaturer le message de l’auteure. De la même manière que cette dernière a eu du mal à écrire de façon si froide, Sandy Joosun Lee n’a pas eu la tâche facile pour trouver les mots justes. On ne peut qu’imaginer qu’il en fut de même pour Juliette Lê qui a fait la traduction de l’anglais vers le français.

Si je ne serais pas spontanément aller vers ce titre, qui convient d’avantage à ma fille qu’à moi, j’ai été agréablement surprise par cette lecture. Le texte se lit très rapidement et ne manque jamais d’intérêt, invitant à poursuivre la lecture d’un chapitre à l’autre sans s’arrêter. Véritable page-turner, Amande est un roman poignant qui rappelle que l’empathie et la compassion se gagnent aussi dans l’effort.

Je remercie Babelio et les éditions Pocket Jeunesse pour l’envoi de ce roman dans le cadre de Masse Critique privilège.

아몬드 de Won Pyung Sohn, Changbi Publishers, 2017.

Yunjae, 15 ans, n’arrive pas à ressentir les émotions. Son amygdale cérébrale, son « amande », ne fonctionne pas bien. Alors, pour se fondre dans la masse, il doit retenir les codes de la société comme les tables de multiplication : imiter les autres quand ils rient, dire bonjour, s’il te plaît, merci quand il faut… Paraître « normal », en somme. Quand une tragédie bouleverse sa vie, il se retrouve seul face à l’adversité. Contre toute attente, Gon, un garçon de son âge rebelle, colérique et violent, s’intéresse à lui. Entre eux naîtra une amitié improbable qui permettra à Yunjae d’expérimenter ses premières émotions. Mais devenir plus humain et s’ouvrir aux autres a un prix…

album

Même les crocodiles n’ont pas sommeil (2022)

Auteure : Stéphanie Demasse-Pottier

Illustratrice : Clarisse Lochmann

Editeur : Cépages

Pages : 32

Après la magnifique et nostalgique Fin d’été, Stéphanie Demasse-Pottier et Clarisse Lochmann reforment leur duo pour nous offrir un nouvel album singulier et onirique : Même les crocodiles n’ont pas sommeil ! Derrière ce titre surprenant, se cache l’histoire d’une rencontre improbable lors une nuit orageuse.

Après une bien belle et longue journée en famille, deux petits garçons se sont endormis dans la voiture. La nuit est tombée et la pluie s’est mise à tomber. C’est l’orage qui réveille le grand-frère ; il peine à retrouver le sommeil et s’amuse à regarder au loin tout en se décrivant ce qu’il voit dans sa tête. C’est alors qu’apparaît une famille de crocodiles dont le petit n’arrive pas à trouver le sommeil…

L’histoire fait la part belle au pouvoir de l’imagination et joue sur la temporalité sommeil-éveil pour laisser planer le doute quant à cette rencontre. A-t-elle réellement lieu ? L’enfant imagine-t-il ce moment lors de son jeu d’observation/imagination ? Est-ce un rêve ? Stéphanie Demasse-Pottier laisse planer le doute et c’est au lecteur de se faire sa propre interprétation… Mais il est évidant que le rêve et l’imaginaire de l’enfant sont eu cœur du récit.

Les illustrations aux contours flous de Clarisse Lochmann jouent d’ailleurs parfaitement sur cette interrogation, laissant à chacun la place de laisser s’exprimer son imagination. L’imprécision des traits renforcent le trouble du lecteur quand à la réalité du moment, le plongeant un peu plus dans les limbes de l’imaginaire des rêves.

Une fois de plus, l’association de ces deux artistes fonctionne et nous transporte dans la richesse de leur univers qui semble jouer sur le temps et l’imaginaire enfantin.

C’est arrivé alors que nous rentrions chez nous en voiture sous un orage. Dans la nuit, quelque chose de grand et d’assez gros s’est approché… J’étais tétanisé. A bien y regarder, c’était une famille, mais une très étrange famille !

album·Documentaires /Livres jeux

Je suis au monde – Habiter autrement la Planète (2021)

Auteurs : Julieta Cánepa & Pierre Ducrozet

Illustrateur : Stéphane Kiehl

Editeur : Actes Sud Junior

Pages : 58

Je suis au monde est un album documentaire qui ouvre les yeux à la diversité de notre monde. En proposant cinq immersions, Julieta Cánepa et Pierre Ducrozet invitent les lecteurs à observer la richesse offerte par la biodiversité et à prendre conscience des liens et connections qui se sont créés depuis la nuit des temps entre toutes les espèces, tous les milieux.

De la Grande Barrière de corail à l’Arctique, en passant par la jungle d’Amazonie, la ville de Barcelone et la campagne française, on s’émerveille de la beauté des paysages décris par un texte poétique enrichi de donnés informatives qui remettent l’homme à sa juste place. L’être humain est bien jeune par rapport à la planète et pourtant, il est le principal acteur des changements majeurs qui s’opèrent et impactent le destin de chacun.

Pourtant, le texte maintient un cap optimiste et, s’il met l’accent sur le poids qui repose sur nos épaules pour ralentir les perturbations écologiques en cours, des perturbations qui touchent toutes les espèces et s’observent dans tous les milieux, des perturbations qui peuvent encore être contrôlées pour offrir des perspectives d’avenir plus optimistes.

J’ai apprécié la poésie du texte qui, comme par magie, nous transporte dans les univers présentés. Des univers qui prennent vie dans les illustrations de Stéphane Kiehl, artiste singulier qui utilise la superposition des motifs donnant un effet plongeon immédiat vers des univers multiples aux couleurs plurielles.

Après Ces jeunes qui changent le Monde, Julieta Cánepa et Pierre Ducrozet signent un titre immersif sur notre monde, nous rappelant les liens et connexions qui existent entre toutes les créatures. Sans jugement ni culpabilisation, ils proposent une réflexion sur l’impact de nos actions sur les autres espèces et sur la planète. Un album qui séduira tout autant l’adulte que l’enfant dès 9/10 ans.

Parfois on oublie. On s’habitue aux choses qui sont devant nous. On finit par ne plus les voir. Qu’ont-elles à nous apprendre ? Comment tous ces éléments si différents s’allient-ils pour former un tout qu’on appelle Terre ? Quelle est notre place dans cet ensemble et quelle pourrait-elle être ? Pourquoi cette Terre est-elle menacée et que pouvons-nous y faire ? Approchons-nous de ces animaux, de ces forêts et de ces océans pour écouter ce qu’ils ont à nous dire de l’état de la planète et de ses habitants.

rendez-vous hebdomadaire

Première Lignes #28

Sur une idée originale de Ma LecturothèquePremières lignes met en avant un roman au travers des lignes qui ouvrent le récit. Après une petite pause blog, je continue à piocher dans ma PAL pour ce rendez-vous hebdomadaire qui rythme la vie du blog. J’espère trouver le temps de travailler un peu plus sur le blog dans les jours à venir.

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PREMIERE PARTIE

1

Il y a six morts et un blessé ce jour-là. D’abord, Maman et Mamie. Puis un étudiant qui s’est précipité pour arrêter l’assaillant. Puis deux hommes d’une cinquantaine d’années qui se tenaient dans les premiers rangs de la parade de l’Armée du Salut, suivis d’une policier. Et enfin, l’assaillant lui-même. Il avait décidé d’être la dernière victime de son massacre maniaque. Il s’est poignardé en pleine poitrine avec force et, comme les autres victimes, il est mort avant l’arrivée des secours. J’ai observé toute la scène.

Debout, immobile, le regard impassible, comme d’habitude.

Amande, Won-Pyung Sohn, PKJ, 2022.
Bilan·Le coin de Ju

Bilan d’une lectrice de 12 ans – Avril 2022

Beaucoup moins de lectures ce mois-ci à présenter car Juliette a repris le sixième cycle de la Guerre des Clans déjà présenté. Elle a voulu s’essayé à la lecture de Racine pour découvrir l’auteur préféré de sa prof de français mais Phèdre, le seul qu’elle ait trouvé à la maison, était trop complexe et elle a eu du mal à tout comprendre. Je sais qu’elle en a discuté avec sa prof qui l’a aidé à la compréhension mais de fait le plaisir était moins présent à la lecture.

Lectures d’avril – Juliette (12 ans 10 mois)

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La guerre des clans Hors-série 4 : La promesse de l’élu de Erin Hunter, 12-21, 2014.

L’avenir sourit à Petite Tempête, le dernier né du Clan de la Rivière, jusqu’au terrible accident qui le laisse défiguré. Devenu Nuage Balafré, l’apprenti cherche par tous les moyens à prouver sa valeur. C’est alors qu’une mystérieuse chatte lui apparaît en rêve. Elle lui prédit un destin glorieux s’il jure de toujours faire passer son clan avant ses propres intérêts. Le jeune Elu accepte avec enthousiasme. Il ignore encore le prix à payer pour un pacte trop vite scellé..

Note : 5 sur 5.

Phèdre de Jean Racine, Belin/Gallimard (classico Lycée), 2015.

Victime d’une malédiction des dieux, Phèdre tombe amoureuse de son beau-fils Hippolyte. L’aveu de cette passion incestueuse conduira les personnages de la pièce à leur perte.

Note : 3 sur 5.

Journal d’un dégonflé, tomes 4 à 16 (fini) de Jeff Kinney, Seuil, 2012 à 2021.

L’intégrale des journaux de Greg qui y raconte son quotidien.

Note : 4 sur 5.
rendez-vous hebdomadaire

Premières lignes #27

Sur une idée originale de Ma LecturothèquePremières lignes met en avant un roman au travers des lignes qui ouvrent le récit. Je continue à piocher dans ma PAL pour ce rendez-vous hebdomadaire qui rythme la vie du blog.

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PREMIERE PARTIE

1

Nous étions à l’étude, quand le proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans on travail.

Le proviseur nous fit signe de nous rasseoir : puis, se tournant vers le maître d’études :

_ Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l’appelle son âge.

Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucune de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d’un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.

Madame, Bovary de Gustave Flaubert, illustré par Korrig’Anne, Tibert éditions, 2022.