rendez-vous hebdomadaire

Premières lignes #22

Sur une idée originale de Ma LecturothèquePremières lignes met en avant un roman au travers des lignes qui ouvrent le récit. Cette semaine je reviens avec la suite des aventures d’Anne Shirley. Cette introduction fait vraiment le lien entre le volume précédent et celui-ci, revenant sur la mariage de Madame Lavendar et Monsieur Irving et annonçant les grands changements à venir : les fiançailles de Diana, le départ de Gilbert Blythe et Anne à l’université, et l’installation de Madame Lynde à Green Gables…

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1.L’OMBRE DU CHANGEMENT

« La récolte est passée et l’été s’achève », déclara Anne Shirley en observant les champs ras d’un œil rêveur. Diana Barry et elle étaient allées cueillir des pommes dans le verger de Green Gables mais se reposaient désormais de leur labeur dans un coin ensoleillé du Bois hanté où une flotte aérienne de duvets de chardon se laissait porter par les ailes d’un vent encore chargé du parfum estival et sucré des fougères. Pourtant, tout dans le paysage autour d’elles évoquait l’automne. La mer s’ébrouait au loin en rugissements caverneux, les champs nus et desséchés s’ourlaient de bouquets de gerbes d’or, le vallon rayonnait d’asters d’un violet éthéré et le Lac scintillant était bleu, bleu, bleu ; pas le bleu indécis du printemps ni l’azur pâle de l’été, mais un bleu limpide, ferme et serein, comme si l’eau avait triomphé de toutes ses émotions et ses humeurs pour se glisser dans une tranquillité délestée de l’inconstance des rêves.

« Ce fut un bel été, dit Diana avec un sourire tout en faisant tourner la nouvelle bague à sa main gauche. Et le mariage de Mademoiselle Lavendar l’a comme couronné. Monsieur et Madame Irving doivent être sur la côte pacifique, à présent.

_ J’ai l’impression qu’ils sont partis depuis suffisamment longtemps pour avoir fait le tour du monde, soupira Anne. Je n’arrive pas à croire qu’ils se soient mariés il y a à peine une semaine. Tout a changé. Mademoiselle Lavendar, Monsieur et Madame Allan… ils sont tous paris. Le presbytère paraît si triste avec ses volets fermés ! Je suis passée devant hier soir, et c’était comme si ses occupants étaient morts.

_ Nous n’aurons jamais un pasteur aussi gentil que Monsieur Allan, prédit sombrement Diana. J’imagine que nous allons voir passer bon nombre de remplaçants cet hiver, et qu’un dimanche sur deux, nous n’aurons même pas de sermon. Et puis, une fois que vous serez loin, Gilbert et toi… ça va devenir terriblement ennuyeux ici.

_ Fred sera là, glissa malicieusement Anne.

_ Quand est-ce que Madame Lynde va emménager ? demanda Diana comme si elle n’avait pas entendu la remarque d’Anne.

Anne de Redmond de Lucy Maud Montgomery, Monsieur Toussaint Louverture, 2021.
Classiques·Lecture à voix haute·roman jeunesse

Anne de Green Gables (1908/2020)

Anne of Green Gables

Auteure : Lucy Maud Montgomery

Traductrice : Hélène Charrier

Editeur : Monsieur Toussaint Louverture

Pages : 382

Chronique du 20 Février 2021

Anne Shirley est une héroïne pleine de vie et d’imagination. Intelligente et pétillante, elle a tôt fait de se faire une place dans la communauté d’Avonlea. Au fil des saisons et des rencontres, Anne nous fait découvrir la vie insulaire sur l’île-du-Prince-Edouard, province de l’est du Canada, d’une communauté au début du vingtième siècle. Féministe involontaire, Anne est à l’image de la jeune femme moderne de son époque, une jeune fille résolument optimiste et tournée vers l’avenir, un avenir qu’elle se dessine grâce à sa persévérance et son imagination illimitée.

Écrite en 1908, l’histoire est un magnifique témoignage de vie qui reste indémodable de part les thématiques abordées et la personnalité pétillante et attachante de sa jeune héroïne. Les éditions Monsieur Toussaint Louverture nous propose une réédition de qualité avec une couverture cartonnée magnifiquement illustrée par Paul Blow. Recouverte d’un papier irisé, elle reflète magnifiquement les couleurs du couchant. Par ailleurs, le choix du papier et les pages cousues en font un ouvrage de qualité fait pour durer. On attend la suite avec impatience.


MISE À JOUR – Mars 2022

Avant d’attaquer la lecture du deuxième tome, je me suis lancée dans une lecture à voix haute de ce premier volume afin de faire découvrir à Gabrielle ce texte si cher à mon cœur. Un texte que je prends toujours autant de plaisir à relire au fil des années, plaisir rendu encore plus grand par la qualité de cette édition dont la couverture suscite toujours autant d’admiration. Comme je le disais récemment dans le billet Premières lignes #19, Gabrielle aime beaucoup ce genre de textes classiques mais elle n’apprécie pas souvent de les lire de son côté car, si la beauté du texte et des mots est au rendez-vous, elle trouve malgré tout assez lourd le côté désuet et le langage qui ne reflète plus notre époque.

Trop bavarde, Anne est pleine de cette exubérance que Gabrielle apprécie peu chez les gens en général, des gens trop bruyants à son goûts et qui prennent trop de place au détriment des personnes plus réservées. Très romantique, Anne Shirley a pourtant su toucher son cœur, même si ses dialogues interminables lui ont souvent fait lever les yeux au ciel. Elle a su reconnaître les qualités de cœur de l’héroïne, sa bonté et sa volonté à s’améliorer sans pour autant taire celle qu’elle est. Je peux affirmer que Gabrielle a su se retrouver en Anne sur bien des aspects notamment sur son amour des « grands » mots, sa maladresse, son besoin d’être aimée et cette façon de réagir de façon colérique.

Son désir de m’écouter lire la suite dans la foulée prouve qu’elle a vraiment apprécié Anne de Green Gables, un roman qui l’aura touché et bien fait rire.

Âme de feu et de rosée, elle ressentait les plaisirs et les peines de la vie avec une intensité décuplée.

Documentaires /Livres jeux·masse critique

Arsène Lupin Décrypté (2021)

Auteur : Philippe Durant

Editeur : LettMotif

Pages : 194

L’arrivée sur Netflix de la série française Lupin, avec Omar Sy est un succès qui a remis le Gentleman Cambrioleur sur le devant de la scène. Les éditeurs se sont emparés du phénomène pour rééditer les différentes aventures d’Arsène Lupin dans des écrins différents, du roman poche au grand format, en passant par les illustrés. J’ai pour ma part profité de ce retour pour faire découvrir les textes de Maurice Leblanc à Gabrielle, désormais grande fan du personnage (Arsène Lupin Gentleman Cambrioleur, Arsène Lupin contre Herlock Sholmès).

Philippe Durant choisit plutôt de décrypter Arsène Lupin au travers d’anecdotes sur le personnage, son univers et son auteur, sans oublier de parler des adaptations. Si certaines sembleront assez connus aux fans les plus férus, d’autres ne manqueront pas de surprendre. Le néophyte y trouvera pour sa part de nombreuses informations qui ne pourront que nourrir sa curiosité et compléter ses connaissances.

J’ai, en premier lieu, regretté que le texte s’intéresse principalement à l’adaptation Netflix mais cela est compréhensible car c’est elle qui à motiver l’écriture de ce livre, et je me suis rendue compte que cela n’enlève rien à l’intérêt général des informations transmises. J’ai appris beaucoup de choses et, ai pris plaisir à lire le texte dont le format est intéressant puisque chaque entrée part d’un mot : certains m’ont d’ailleurs surprises comme PORRIDGE ou NIKE alors que beaucoup semblaient plus évidents, ÉTRETAT ou AIGUILLE par exemple.

Arsène Lupin décrypté est un ouvrage qui ravira tous les amateurs, qu’ils le soient de longue date ou non. Ceux qui n’ont pas encore eu la chance de lire Maurice Leblanc apprécieront que l’ouvrage se termine sur la première nouvelle, L’arrestation d’Arsène Lupin.

Je remercie Babelio et les éditions LettMotif pour cette lecture faite dans le cadre de Masse Critique.

En 1905 paraît la première aventure d’Arsène Lupin, qui connaît un énorme succès immédiat…
En 2021 surgit la série Lupin, dans l’ombre d’Arsène qui pulvérise les records d’audience…
Entre ces deux dates il y eut des romans, des films, des séries, des pièces de théâtre, des produits dérivés, des hommages, des lieux… qui tous ont contribué à la renommée internationale du plus célèbre des gentlemen-cambrioleurs.
Mais Arsène n’a pas dévoilé toutes ses cartes.

Pour la première fois un livre revient sur les faits importants ou méconnus de l’univers d’Arsène Lupin, héros audacieux inventé par Maurice Leblanc.
Entre anecdotes et révélations, voici les mystères de Lupin enfin décryptés.
Il y est question de diamants et de tableaux, de gros coup et de bonneteau, de Jean-Paul Belmondo et d’Omar Sy, de savate et de camouflage, de la Normandie et du Japon, de 11.6 et de 813, de James Bond et de Tarzan, de jeu vidéo et de deep fake, d’Étretat et du Sénégal, de Stavisky et de Sherlock Holmes…

135 rubriques plus étonnantes les unes que les autres qui aident à mieux connaître le roi des voleurs, mais aussi à mieux apprécier les deux parties de la série Lupin.
Un voyage plaisant et instructif, une redécouverte d’un monde aussi fascinant qu’original, une plongée dans les exploits d’un expert de haut vol et de ses héritiers.
Désormais, Arsène Lupin n’a plus de secrets…

rendez-vous hebdomadaire

Premières lignes #21

Sur une idée originale de Ma LecturothèquePremières lignes met en avant un roman au travers des lignes qui ouvrent le récit. 

A défaut de publier des billets de mes lectures, je continue de découvrir des récits et je prends le temps de remplir ce rendez-vous hebdomadaire qui permet de faire vivre un minimum le blog, pour lequel je n’ai malheureusement pas beaucoup de temps à consacrer ces dernières semaines.

Cette semaine, j’ai commencé une nouvelle lecture, en littérature contemporaine. C’est un titre que ma offert mon mari qui a pensé que ce titre pourrait me plaire puisqu’il est question d’un libraire, de livres et que l’histoire prend place en Ecosse, pays que je rêve de visiter. Ce n’est pas un roman, plutôt un journal dans lequel un libraire raconte son quotidien, ses ventes, ses trouvailles et nous livre quelques anecdotes sur son métier, passionnant certes mais pas toujours facile. Ce n’est pas une fiction puisque l’auteur, Shaun Bythell est vraiment libraire en Ecosse et que ce livre est réellement son journal.

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FÉVRIER

Me plairait-il d’être libraire de métier? En fin de compte, malgré l’amabilité dont mon patron a fait montre à mon égard et malgré les quelques jours heureux que j’ai passés dans cette boutique, ma réponse en non.

George ORWELL

« Quand j’étais libraire ».

La réticence d’Orwell à s’engager dans le métier de libraire n’a rien d’étonnant. Le stéréotype du propriétaire impatient, intolérant et asocial – incarné avec tant de justesse par Dylan Moran dans la série Black Books – paraît (dans l’ensemble) conforme à la réalité. Bien sûr, il y a des exceptions, et nombre de libraires sont loin de ce cliché. Malheureusement, pas moi. Cela n’a pas toujours été le cas, cependant, et j’ai souvenir d’avoir été, avant d’acheter la boutique, quelqu’un de plutôt souple et chaleureux. La pluie de questions assommantes dont on m’accable, la situation financière alarmante de mon commerce, mes continuelles prises de bec avec le personnel et les incessants et épuisants marchandages des clients ont fini par me rendre tel. Y changerais-je quoi que ce soit ? Pas le moins du monde.

La première fois que j’ai vu la librairie The Book Shop, j’avais dix-huit ans, je vivais encore dans ma ville natale, Wigtown, et j’étais sur le point d’entrer à l’université. Je me souviens nettement d’être passé devant avec un ami et d’avoir parié qu’elle fermerait avant la fin de l’année. Douze ans plus tard, alors que j’étais revenu fêter Noël chez mes parents, je suis entré dans la boutique pour voir s’ils avaient Trois Fièvres de Leo Walmsley et, tout en papotant avec le propriétaire, je lui ai avoué que j’avais du mal à trouver un travail qui me plaisait. Il m’a proposé de racheter son commerce, m’expliquant qu’il avait hâte de prendre sa retraite. Quand je lui ai dit que je n’avais pas un sou en poche, il m’a répliqué : « Vous n’avez pas besoin d’argent – à votre avis, les banques, ça sert à quoi ? » Moins d’un an plus tard, le 1er novembre 2001, un mois (jour pour jour) après mon trente-et-unième anniversaire, je suis devenu propriétaire des lieux. Avant de prendre la relève, j’aurais peut-être mieux fait de lire « Quand j’étais libraire », un texte de George Orwell publié en 1936. […]

Le libraire de Wigtown de Shaun Bythell, J’ai Lu, 2021.
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Premières lignes #20

Sur une idée originale de Ma LecturothèquePremières lignes met en avant un roman au travers des lignes qui ouvrent le récit. Après avoir dévoré en quelques jours le premier volume de la série de Lucy Maud Montgomery, Anne de Green Gables, j’ai commencé la lecture à voix haute de sa suite et c’est donc tout naturellement que j’ai choisi de mettre ce titre en avant cette semaine.

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I. UN VOISIN EN COLÈRE

Une grande et mince jeune fille de seize ans et demi, aux yeux gris sérieux et à la chevelure que ses amis qualifiaient d’auburn, était assise par une belle fin d’après-midi d’août sur le large seuil de grès rouge d’une ferme de l’Île-du-Prince-Édouard, bien décidée à traduire quelques vers de Virgile.

Mais une après-midi d’août, avec les brumes bleutées voilant les pentes à moissonner, les murmures d’elfes du vent léger dans les peupliers et la splendeur dansante des coquelicots enflammés devant le sombre bosquet de jeunes pins au coin du verger, incitait plus à la rêverie qu’à la pratique des langues mortes. Le volume de Virgile glissa au sol, et Anne, le menton calé sur ses doigts croisés, les yeux fixés sur la splendide masse duveteuse des nuages qui s’amoncelaient au-dessus de la maison de Monsieur Harrison, était loin, dans un monde délicieux, où une certaine institutrice faisait un travail merveilleux, façonnant le destin de futurs hommes d’État et insufflant de hautes et nobles ambitions dans le cœur et l’esprit des jeunes gens.

Il est vrai que, si on regardait la réalité en face – ce qu’Anne, il faut l’avouer, faisait rarement à moins d’y être obligée -, il semblait peu probable que l’école d’Avonlea recèle vraiment de futurs talents ; mais qui sait ce qui peut arriver lorsqu’une institutrice use de son influence pour faire le bien ? Anne avait certains grands idéaux sur ce qu’une enseignante pouvait accomplir, à condition de bien s’y prendre ; et elle était au beau milieu d’une scène délectable où, quarante ans plus tard, une personnalité – les raisons de sa célébrité restaient floues, mais Anne se serait bien plu à la voir présider à l’Université ou Premier Ministre du Canada – se courbait sur sa vieille main fripée, et lui affirmait que c’était elle qui avait en tout premier éveillé ses ambitions, et que tous les succès de son existence étaient dus aux leçons qu’Anne lui avait dispensées il y a si longtemps à l’école à l’école d’Avonlea. Mais cette plaisante vision vola en éclat de la plus déplaisante façon.

Une vachette de race jersiaise descendit le chemin au petit trot, et cinq secondes plus tard, Monsieur Harrison arriva – si tant est qu’arriver puisse s’appliquer à sa manière de faire irruption dans la cour.

Anne d’Avonlea de Lucy Maud Montgomery, Monsieur Toussaint Louverture, 2021.
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Premières Lignes #19

Sur une idée originale de Ma LecturothèquePremières lignes met en avant un roman au travers des lignes qui ouvrent le récit. Cette semaine je reviens sur un roman déjà lu à plusieurs reprises et déjà chroniqué mais qui fait son retour dans notre foyer dans une lecture à voix haute très enthousiaste auprès de Gabrielle, avide de ce genre de texte qu’elle n’aime pourtant pas lire d’elle-même. Anne Shirley n’est pas une héroïne ordinaire, elle a su la séduire dès les premières lignes par son optimisme, sa verve et son imagination.

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I. MADAME RACHEL LYNDE EST ÉTONNÉE

Madame Rachel Lynde habitait à l’endroit précis où la route principale d’Avonlea plongeait dans un petit vallon planté d’aulnes et de fuchsias, et traversé d’un ruisseau qui prenait sa source dans les bosquets de le vieille propriété des Cuthbert ; il était connu pour ses méandres impétueux au début de sa course à travers bous, et ses sombres secrets de trous d’eau et de cascades ; mais, une fois arrivé au vallon des Lynde, ce n’était plus qu’un ruisselet paisible et parfaitement discipliné, car même un cours d’eau n’aurait pu passer devant la porte de Madame Rachel Lynde sans égard pour la bienséance et les bonnes manières ; sans doute avait-il conscience qu’elle était là, assise derrière sa fenêtre, l’œil attentif à tout ce qui défilait, enfants et ruisseaux, et que si elle remarquait la moindre chose étrange ou déplacée, elle ne trouverait pas le repos avant d’avoir découvert le pourquoi et le comment.

Bien des gens sont capables, à Avonlea comme ailleurs, de surveiller de près les affaires de leurs voisins à force de négliger les leurs. Mais Madame Lynde était de ces habiles créatures capables de s’occuper de leurs propres affaires sans négliger celles des autres. Remarquable maîtresse de maison, elle s’acquittait toujours de ses tâches à la perfection. Elle « dirigeait » le cercle de couture, participait à l’organisation du catéchisme et était le pilier du Comité d’Entraide de son église et de la collecte pour les Missions Étrangères. Et pourtant, malgré tout ça, Madame Rachel trouvait le temps de s’asseoir pendant des heures derrière la fenêtre de sa cuisine pour tricoter des dessus-de-lit en « fil de coton » – elle en avait déjà confectionné seize, ainsi que le répétaient avec admiration les ménagères du village – et de surveiller la route qui, au-delà du vallon, remontait la colline rouge et escarpée. Comme Avonlea formait une petite péninsule triangulaire pointant dans le golfe du Saint-Laurent, quiconque y pénétrait ou en sortait devait emprunter cette route et y passer sous l’empire invisible de l’œil inquisiteur de Rachel Lynde.

Anne de Green Gables de Lucy Maud Montgomery, Mousieur Toussaint Louverture, 2020.
album·conte

Contes d’amour – Histoires du Monde Entier (2021)

Auteures : Caroline & Martine Laffon

Illustratrice : Aline Bureau

Editeur : La Martinière jeunesse

Pages : 56

Pour la Saint-Valentin, j’avais envie d’une lecture autour de l’amour et j’ai arrêté mon choix sur ce titre, publié aux éditions La Martinière Jeunesse, qui prend la forme d’un recueil de dix contes illustrés et rassemblés dans un album grand format aux couleurs éclatantes.

Caroline et Martine Laffon ont fait le choix de proposer des contes traditionnels qui s’inscrivent dans la culture du monde. Chaque texte est une histoire d’amour qui transcende le temps et l’espace pour venir jusqu’à nous. Ces contes amérindiens, japonais, comorien, chinois, libanais, lacandon, grec, tibétain et cheyenne sont à l’image des croyances et des traditions de ces peuples. Emprunt de magie, de poésie ou d’humour, chaque conte a son image propre mais chacun met en avant la valeur éternelle de l’amour, celui qui voit au-delà des apparences et dure plus que le temps d’une vie.

Les illustrations picturales d’Aline Bureau viennent sublimer le texte et lui donner vie. Ses personnages sont multiples et toujours à l’image de leur peuple. Ses paysages sont une invitation au voyage : des forêts de pin montagneuses de l’Amérique à la steppe aride tibétaine en passant par la luxuriante jungle amazonienne, le choix des couleurs nous rappellent combien la nature est magnifique où que l’on soit sur la planète.

Gabrielle et moi avons chacune notre préférence : pour elle c’est l’histoire d’amour interdit du Bouvier et de la Tisserande, alors que j’ai préféré la poésie du conte cheyenne dans lequel un coyote s’éprend d’une étoile. Contes d’amour – Histoires du monde entier est un très bel album à découvrir et partager en famille.

Ames sœurs, amis de cœur, amants passionnés ou contrariés… Avec ces histoires traditionnelles du monde entier, explore la richesse du sentiments amoureux. Dix histoires magnifiquement illustrées : La première histoire d’amour, L’amour des neiges, Mon serpent chéri, Le rendez-vous des amoureux, Le plus beau des cadeaux, La femme du jaguar, Un mariage bruyant, Les fruits de la passion, L’amour plus fort que la mort, Un coyote épris d’une étoile.

Lecture à voix haute·roman ado

La cité des brumes oubliées (1980/2021)

Kiri no mukou no fushigina machi

Auteure : Sachiko Kashiwaba

Traducteur : Nesrine Mezouane

Editeur : Ynnis

Pages : 144

Depuis quelques temps maintenant, les éditions Ynnis étoffe leur catalogue de titres rendus célèbres par leur adaptation pour le cinéma par le studio Ghibli. A l’origine du film d’Hayao Miyazaki, Le Voyage de Chihiro, il existe ce petit roman de moins de cent cinquante pages, La cité des brumes oubliées. Ce roman fantastique est le premier récit d’une auteure qui aura par la suite publiée plus de soixante-dix ouvrages. A ce jour, elle n’avait jamais été traduite en français. Ce qui est assez surprenant car son récit s’inspire clairement de récits occidentaux dont l’auteure explique avoir été influencée dès l’enfance.

Alors qu’elle passe habituellement les vacances d’été à Nagano, Lina est envoyée dans la Vallée des brumes où une connaissance de son père l’attend. Accueillie par une vieille femme au caractère épouvantable, Lina comprend rapidement qu’elle ne passera pas l’été à s’amuser. Grand-mère Picotto entend bien la faire travailler pour gagner sa pitance. Au fil des jours et des lieux où elle est envoyée travailler, Lina découvre que la Rue Extravagante n’abrite que quelques résidents permanents, descendants de sorciers qui, tous, vivent sous l’adage :

Qui ne travaille pas ne mange pas !

La cité des brumes oubliées et Le Voyage de Chihiro sont clairement deux œuvres différentes qui n’ont que peu de choses en commun : un univers magique, une fillette pleurnicheuse, un grand-mère acariâtre, une pièce surchauffée, un florilège de personnages aussi divers qu’attachants. Là où Miyazaki inscrit son film dans le folklore japonais tout en incluant de nombreuses références occidentales, Sachiko Kashiwaba encre son récit dans la culture occidentale dont la littérature a accompagné son enfance, développé son imaginaire et donné le goût de la lecture et de l’écriture.

L’écriture intemporelle et le lexique rendent la lecture accessible dès que l’enfant est capable de lire seul de façon fluide. Alors que le film, lui, ne passe pas toujours facilement auprès des plus jeunes : les esprits et divers créatures pouvant paraître effrayantes. Après la lecture, Gabrielle et moi avons pris le temps de regarder le film. Ce film est vraiment très beau mais je n’arrive jamais à être complètement séduite par l’ambiance parfois horrifique. Par contre Gabrielle, qui ne l’avait vu qu’une seule fois, et n’en gardait aucun autre souvenirs que celui d’avoir eu peur – sans doute était elle trop jeune – a vraiment apprécié même si elle n’aime pas Kaonashi, le sans-visage, dont le comportement est assez déroutant et dégoutant.

La cité des brumes oubliées est au final un roman fantastique où la magie prend une place importante mais laisse s’exprimer de belles valeurs plus humaines : récit initiatique, il fait appelle à la sensibilité et à la générosité pour venir en aide à son prochain. Lina apprend de son expérience et de ses rencontres qui lui permettent d’acquérir la maturité et l’autonomie qui lui faisaient défaut. C’est une lecture qui séduira toute la famille pour peu que l’on prend le texte comme une œuvre à part entière. Il est dommage que le récit soit si court car, comme Lina, on aurait aimé que ce moment dure un peu plus longtemps.

Si vous aimez l’univers de Miyazaki, je vous conseille fortement cette série de podcast en huit épisodes : Philosopher avec Miyazaki, réalisée par FranceCulture.


L’avis de Gabrielle

J’ai bien aimé. On pourrait penser que le livre serait pareil au Voyage de Chihiro de Miyazaki, mais pas du tout ! C’est dans un univers assez différent que ma mère m’a plongée lors de cette lecture à voix haute. Amusant, le livre nous a apportées beaucoup de fous rires à ma sœur, qui écoutait un chapitre de temps en temps, et moi. C’était trop bien !

Partie seule dans un lieu reculé pour les vacances, Lina se perd dans un épais brouillard. Lorsque la brume se dissipe enfin, la jeune fille découvre au cœur de celle-ci un village incongru… peuplé de personnages mystérieux et hauts en couleur. Coincée dans la pension d’une vieille mégère à la tête bien trop grosse, Lina va alors travailler dans des boutiques plus extravagantes les unes que les autres pour regagner sa liberté au cours d’un voyage d’apprentissage rythmé par des rencontres inoubliables.

Bilan·Le coin de Ju

Bilan d’une lectrice de 12 ans – Février 2022

Voici le deuxième bilan des lectures de Juliette, toujours plus complet que celui de sa sœur qui ne met que les lectures qui l’ont vraiment marqué.

Lectures de février – Juliette (12 ans 8 mois)

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La Troisième Vengeance de Robert Poutifard, Jean-Claude Mourlevat, folio junio, 2009.

Comment occuper sa retraite quand on a été toute sa vie instituteur en CM1? Robert Poutifard n’a qu’une idée en tête : se venger de ses anciens élèves. Leur faire enfin payer ces années de chahut et d’humiliation! La vengeance est un plat qui se mange froid, et Robert Poutifard leur prépare une vraie surprise du chef. Ces sales mômes vont vraiment déguster! Et si le maître d’école détestait les enfants? Une histoire méchamment drôle pour savourer les coups les plus tordus et les situations les plus atroces!

Note : 5 sur 5.

Le chagrin du Roi Mort, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard jeunesse, 2009.

«C’est une petite île froide, quelque part dans le nord. Le vieux roi est mort. Son corps repose sur un lit de pierre, sur la Grand-Place. Il neige. Il sera question de séparation, de guerre, de trois ciels différents, d’un premier amour. Il y aura une prophétie, des êtres qui se perdent dans l’immensité, une sorcière qui mange des têtes de rat…»

ABANDONNE (elle n’a pas accroché à l’univers plutôt sombre de ce roman)

Le livre des étoiles, tome 1. Qadehar le Sorcier, Erik L’Homme, folio junior, 2017.

Guillemot est un garçon du pays d’Ys, situé à mi-chemin entre le monde réel et le Monde Incertain. Mais d’où lui viennent ses dons pour la sorcellerie que lui enseigne Maître Qadehar ? Et qu’est devenu Le Livre des Etoiles, qui renferme le secret de puissants sortilèges ? Dans sa quête de vérité, Guillemot franchira la Porte qui conduit dans le Monde Incertain, peuplé de monstres et d’étranges tribus…

Note : 5 sur 5.

Journal d’un dégonflé, Jeff Kinney, Seuil, 2009 à 2010 – Tomes 1 à 3

Greg a 12 ans, un grand frère musicien qui lui fait des blagues, un petit frère qui le colle, un copain qu’il supporte histoire de ne pas être seul, des problèmes avec les filles qui pouffent à longueur de journée, des parents qui ne comprennent jamais rien à ce qu’il demande… Un jour sa mère lui offre un journal intime, que Greg rebaptise en carnet de bord.

Note : 5 sur 5.

La guerre des Clans Cycle VI, Erin Hunter, PKJ, 2020-2021 – Tomes 1 et 2

Les quatre clans vivent aujourd’hui en paix, loin des conflits passés. Mais quand Nuage d’Aulne, le fils du chef du Clan du Tonnerre, est nommé apprenti guérisseur, d’étranges rêves viennent troubler ses nuits. En réalité : des visions envoyées par le Clan des Etoiles. Commence alors pour le jeune chat un voyage dont l’issue déterminera l’avenir de tous les clans.

Note : 5 sur 5.

La guerre des Clans, HS 6, Erin Hunter, PKJ, 2019

Avant qu’il ne devienne le chef du Clan du Vent, Étoile Filante s’appelait Plume Filante. Alors qu’il n’est encore qu’un jeune apprenti loyal et dévoué, la mort de son père fait naître en lui une terrible soif de vengeance que même son nouveau statut de guerrier ne semble pouvoir apaiser. Dès lors commence une périlleuse quête de justice, bien au-delà des limites du code du guerrier…

Note : 4.5 sur 5.
BD/manga·Bilan·Le coin de Gaby

Lectures de Février

Bilan (incomplet) de mes lectures – Gabrielle (12 ans 8 mois)

Sherlock, Lupin et moi tome 1 et 2 sont des livres que j’ai lu pour la continuité de mon cheminant en littérature autour de Sherlock Holmes. Les livres parlent de l’enfance de Irene Adler, Arsène Lupin et Sherlock Holmes. Ils résolvent des enquêtes qu’eux seuls arrivent à déjouer.

Note : 5 sur 5.

Sherlock, Lupin et moi tome 1 (2017) et tome 2 (2018), Irene Adler, Edition Albin Michel

Red Queen est mon roman coup de cœur du mois. C’est une dystopie. L’histoire prend place dans un monde où les gens sont classés par sang : les Argents ont les sang argent et des pouvoir magiques alors que les Rouges ont le sang rouge et aucun pouvoir. Mare, est une rouge un peu spéciale car elle a un pouvoir magique ( je ne dirais pas lequel) et va devoir vivre chez le roi. Intrigant et addictif, je l’ai dévoré.

Note : 5 sur 5.

Red Queen, Victoria Aveyard, Livre de Poche, 2016

Les géants est ma BD coup de cœur du mois, Erin, Siegfried, Bora et Leap sont des enfants ayant un pouvoirs : parler avec des géants venus sur Terre pour battre le puissant géant Alyphar.

Note : 5 sur 5.

Les géants, tome 1, 2 et 3, Lylian Drouin Lorien et Russo, 2020,2020,2021, Glénat