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Premières lignes #7

Sur une idée originale de Ma LecturothèquePremières lignes met en avant un roman au travers des lignes qui ouvrent le récit. Cette semaine, j’ai choisi d’écrire les premières lignes de ma prochaine lecture, La ferme des animaux de George Orwell. Publié en 1945, ce court roman dénonce le régime soviétique de l’époque sous la forme d’une fable animalière.

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1

M. Jones, de la ferme du manoir, avait certes poussé le verrou des portes du poulailler pour la nuit mais il était trop saoul pour se rappeler qu’il fallait aussi fermer les trappes. Le halo de sa lanterne oscillant dans un sens puis dans l’autre, il traversa la cour en titubant, se débarrassa de ses bottes à coups de pied, dans l’entrée de l’arrière-cuisine, tira au tonneau un dernier verre de bière et trouva son chemin jusqu’au lit où Mme Jones ronflait déjà.

A peine la lumière de la chambre fut-elle éteinte qu’une agitation, des bruissements d’ailes, se répandirent dans les bâtiments de la ferme. Toute la journée, on s’était donné le mot : Major l’Ancien, un Middle White autrefois primé, avait fait, la nuit précédente, un rêve étrange dont il voulait informer les autres animaux. Il avait été convenu qu’ils se retrouveraient tous dans la vieille grange, dès que M. Jones aurait laissé la voie libre. Major l’Ancien – c’est comme ça comme l’appelait, bien qu’il eût concouru sous le nom de Willingdon Beauty – était si respecté dans la ferme que tout le monde acceptait volontiers de perdre une heure de sommeil pour entendre ce qu’il avait à dire.

A l’autre bout de la grande, sur une sorte de tribune surélevée, Major était prêt, confortablement installé sur son lit de paille qu’éclairait une lanterne accroché à une poutre. Il avait douze ans et, depuis peu, il avait pris de l’embonpoint, mais c’était un cochon qui avait encore l’air sage, noble et bienveillant, bien qu’on ne lui eut jamais limé les canines.

La ferme des animaux de George Orwell, Le livre de poche jeunesse, 2021.