masse critique·roman ado

Push (2021)

Auteure: Annelise Heurtier

Editeur: Casterman

Pages: 288

C’est aujourd’hui que sort le nouveau roman d’Annelise Heurtier, un roman d’actualité puisqu’il dénonce les abus sexuels dans le milieu du sport. En avant propos, l’auteure nous raconte la place qu’a eu la sport dans sa vie d’enfant et d’adolescente et combien elle a était bouleversée par l’histoire de Sarah Abitbol lorsqu’elle a révélé avoir été violée et agressée sexuellement par son entraineur entre quinze et dix-sept ans. Depuis les témoignages se sont succédés, un véritable mouvement a pris forme pour briser l’omerta.

Tessa a quinze ans. Alors qu’elle entre au lycée, elle se lance dans l’écriture d’un journal intime d’abord par « défi » puis très pour le plaisir de venir poser ses émotions et son regard sur les évènements qui rythment son quotidien. Dans sa famille, la gymnastique est au cœur de la vie de tous. Tessa nous raconte combien cette passion prend de temps et d’énergie : les entrainements, le dépassement de soi, les relations entre les différentes sportives, les sélections, les compétitions… Et puis l’arrivée d’une entraineur professionnel et ce que cela change pour elles toutes, les relations particulières qui s’installent entre le sportif et son coach. A côté de ça, ces jeunes filles pleines de rêves et de détermination restent des adolescentes comme les autres : séduction, rivalité, jalousie, les garçons, le lycée… Lorsque le drame survient, Tessa refuse d’y croire. Comment un jeune homme si prévenant pourrait-il « toucher » une des filles? Faut-il parler? Doit-elle dire ce qu’elle a vu? Quelles seront les conséquences pour lui? Pour elles toutes? Pour sa famille? Pour le sport?

Récit épistolaire, Push met l’accent sur le sport et le quotidien des jeunes sportives, ici des gymnastes, leurs journées rythmées par les études et le sport. A travers Tessa, on découvre les espoirs et rêves de ces jeunes filles. L’adolescente vivant dans une famille gymnaste, décrit avec émotion les doutes et les difficultés d’un quotidien intense qui laisse peu de place aux loisirs. Les abus sexuels apparaissent en toile de fond, abordés comme des faits divers révélés dans les médias mais qui semblent si loin de ce qu’elle et ses camarades connaissent. Si elles ont conscience de cette réalité glaçante, elles prennent ces révélations avec une certaine distance, refusant de croire que cela pourrait leur arriver. Cela semble bien loin de leur préoccupation, de leurs inquiétudes. Il faut attendre le dernier quart du roman pour que ce tabou devienne réel. On suit alors le cheminement des réflexions de Tessa entre déni et acceptation. Aveuglée par la colère, elle refuse d’accepter que son monde soit éclaboussé par un scandale qui pourrait avoir des répercussions sur son univers entier. En tant que lectrice, j’ai eu très envie de la secouer, de la gifler même. Heureusement, l’acceptation fait rapidement son chemin et c’est main dans la main que les jeunes filles vont oser briser le silence de cet acte innommable.

J’ai vraiment aimé la façon dont le sujet est abordé. L’auteure dénonce l’abus et insiste sur l’importance de parler. La victime a beau se sentir fautive et minimiser les choses, parler d’erreur, cela ne justifie pas le passage à l’acte. Ce n’est pas de sa faute! Le consentement doit être mutuel et verbalisé. L’adulte est responsable de ses actes et doit savoir rester à sa place. Le viol, les attouchements ou toute autre forme de harcèlement doivent être dénoncés et punis. Les émotions sont multiples et rythment le récit, lui donnant plus d’épaisseur. Je m’attendais à une lecture plus difficile, plus proche d’un témoignage mais j’ai aimé cette approche plus pudique qui met vraiment l’accent sur les relations complexes entre tous les personnages, les sentiments multiples, parfois confus qui se tissent entre eux. Cela révèle la fragilité émotionnelle chez ces jeunes personnes encore en construction placées sous la responsabilité d’adultes qui exercent une influence et un pouvoir complet sur elles.

Je remercie Babelio et les éditions Casterman qui m’ont permis de découvrir ce titre en avant première dans le cadre de Masse Critique privilège.

À 15 ans, Tessa suit son chemin de gymnaste, guidée par la passion. Et cette année s’annonce prometteuse : sa mère, la présidente du club, a enfin réussi à recruter un entraîneur professionnel. Raphaël a vingt-huit ans, une présence intense et une devise pour motiver ses élèves, « Persist Until Something Happens ». Il a aussi, malgré lui, le pouvoir de créer des tensions… À quelques semaines des championnats de France, une coéquipière de Tessa craque et abandonne le groupe. Trop de pression ? De mésentente entre les filles ? À moins qu’il y ait eu autre chose. Quelque chose qu’on n’a peut-être pas envie de dire.

2 réflexions au sujet de « Push (2021) »

    1. Seule mais j’ai donné le feu vert pour qu’elles le lise. C’est un sujet dont on a parlé au sens plus large (les agressions sexuelles faites aux filles/femmes) et je trouve bien qu’elles s’intéressent assez à la question pour avoir envie de lire sur le sujet. Le texte est tout en retenu donc tout à fait accessible à leur âge.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s