Lecture à 2 Voix·roman jeunesse

Winnie et la Grande Guerre (2020)

Winnie’s Great War (2018)

Auteure: L. Mattick & J. Greenhut

Illustratrice: Sophie Blackall

Traductrice: Caroline Guilleminot

Editeur: l’école des loisirs

Pages: 335

Nous connaissons tous Winnie l’ourson, si ce n’est par la lecture – Winnie l’Ourson : Histoire d’un ours-comme-ça – tout du moins par les classiques Disney; cet ourson en peluche, ami de Christopher Robin, fils de l’auteur A.A. Milne fait parti du paysage enfantin. Ce que nous sommes moins nombreux à savoir, est que l’ours en peluche de Christopher Robin fut baptisé Winnie en référence à une ourse noire à qui il rendait visite au zoo de Londres. Winnipeg fut acheté par le lieutenant Harry Colebourn alors qu’il était en route vers l’Europe avec son régiment de cavalerie canadienne. Ainsi nommée en référence à la ville natale du jeune homme, Winnipeg devient la mascotte du régiment et fait la traversée de l’Atlantique jusqu’en Angleterre. Avant de partir pour la France, Harry laisse Winnie au zoo de Londres où il l’espére plus en sécurité.

Joli parallèle avec l’oeuvre de Milne, Lindsay Mattick raconte l’histoire de Winnie à son fils Cole. Plus qu’une histoire pour enfant, il s’agit avant tout d’une histoire de famille puisqu’Harry Colebourn est l’arrière-grand-père de l’auteure. Accompagnée dans l’écriture par Josh Greenhut, elle s’inspire de faits réels basés sur les journaux de Harry ainsi que les récits de sa famille. Les inconnues étant nombreuses, les auteurs laissent libre cours à leur imagination et signent un récit touchant sur fond de Première Guerre Mondiale. Des forêts canadienne au zoo de Londres, le voyage de Winnie ne se fait pas sans encombre mais partout où elle passe, la petite oursonne se fait des amis et attire la sympathie des humains. Les auteurs utilisent son regard pour dépeindre les émotions des soldats de qui elle partage le quotidien mais également, plus tard, celles des londoniens qui subissent les raids aériens.

Winnie et la Grande Guerre n’est pourtant pas un récit de guerre, c’est avant tout une histoire d’amitié, une histoire plein d’humanité dans laquelle un jeune homme, s’appretant à vivre une expérience terrible, choisit de sauver un animal sauvage pour qui il se prend d’affection en un regard. Lu à deux voix avec Gabrielle (11 ans 1/2), le texte nous a touché, parfois presque bouleversé, mais nous a aussi fait rire. Nous avons apprécié les anecdotes sur les animaux de guerre, les interventions de Cole qui s’interroge sur la véracité de certaines situations, l’amitié entre Harry et Winnie et le personnage de Harry dont les actions laissent à penser combien c’était un homme bon. Enfin, nous avons été charmé par les illustrations de Sophie Blackall qui viennent ponctuer le récit ainsi que « les archives de la famille Colebourn » situées en fin de volume qui permettent d’en savoir plus sur la naissance de ce roman et d’observer des photographies de Harry, Winnie et de toutes les personnes qui ont un rôle à jouer dans cet ouvrage.

Vous connaissez Winnie l’Ourson? Sûrement. Mais vous saviez qu’il avait vraiment existé? Et qu’il avait une histoire extraordinaire? Il y a un siècle, dans les forêts du Canada, une petite oursonne est séparée de sa mère et capturée par un trappeur. Un jeune lieutenant vétérinaire, Harry Colebourn, se prend d’affection pour elle et décide de l’adopter. Il l’appellera Winnie et en fera la mascotte de son régiment. A l’approche de la Grande Guerre en Europe, Winnie accompagne les soldats canadiens qui traversent l’océan. A Londres, où elle sera confiée au zoo. A l’endroit même où un petit garçon de cinq ans, A. A. Milne, fera sa connaissance et racontera ses aventures connues des enfants du monde entier.

album·Documentaires /Livres jeux

De la Démocratie & De la Dictature (1977)

De la Démocratie & De la Dictature de Equipo Plantel, illustrés par Marta Pina (démocratie) et Mikel Casal (dictature), Rue de l’échiquier jeunesse, 2020.

Alors que depuis un an nous subissons de plus en plus de restrictions liberticides, les enfants sont à même de se poser des questions sur la façon dont fonctionne la politique. Vit-on encore dans une démocratie lorsque notre quotidien se voit privé d’activités devenues « non-essentielles » au regard d’une crise sanitaire qui pèse lourdement sur nos vies? Tant l’enfant que l’adulte a tôt fait de croire que nos gouvernements démocratiques tombent peu à peu dans la dictature. Expliquer les différences de ces deux régimes politiques s’avère alors intéressant pour mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Exercice difficile pour nous adultes que d’expliquer sans imposer notre point de vue. Ces deux albums d’Equipo Plantel se sont imposés à nous comme une porte ouverte sur de belles discussions.

Publiés en 1977 en Espagne, ces deux albums-miroirs font suite à près de quarante années de régime franquiste et viennent présenter un nouveau régime qui s’installe d’un côté en soulignant les spécificités nocives et pernicieuses de celui qui s’achève de l’autre. L’auteur propose de découvrir ces deux régimes politiques qui s’opposent à hauteur d’enfant. La démocratie est ainsi comparée à un jeu que les enfants pourraient tenir dans la cour de l’école. De son côté, la dictature est comparée à un exercice que les enfants n’apprécient pas vraiment, la dictée. Très visuelles, ces analogies vont permettre à l’enfant de bien comprendre les subtilités de ces régimes en créant du lien avec des choses qu’ils connaissent très bien.

Pour cette réédition, les illustrations ont été modernisées et confiées à des artistes contemporains. Mikel Casal est illustrateur de livres pour enfants mais fait aussi des illustrations et des caricatures pour la presse. Il apporte un côté humoristique qui allège la lecture De la dictature sans pour autant banaliser le texte d’Equipo Plantel qui met en avant le pouvoir absolu, l’esprit de grandeur, le culte de la personnalité et les difficultés de résister, de s’opposer à un tel tyran. Critique satyrique, il s’impose comme un album de grande qualité. De son côté, Marta Pina illustre par un talentueux travail de collages vintages De la démocratie. Chaque double-page fourmille de détails et de symboles qui attirent le regard et suscitent la curiosité. Elle sublime le texte qui met l’accent sur le vote, le choix du peuple. Enfin, les deux titres se terminent sur un petit questionnaire qui interroge l’enfant sur sa perception des concepts propres à chaque régime.

De la démocratie et De la dictature sont deux très beaux albums de vulgarisation politique à portée des enfants et des familles.

Je vous renvoie aux billets d’Isabelle: De la démocratie, De la dictature.

De la Démocratie: Qui a dit que la politique était un sujet réservé aux adultes ? Avec simplicité et pédagogie, cet album met à la portée des enfants des notions d’actualité : les partis politiques, la représentativité, le vote, les élections. Il explique également les idées maîtresses des différentes familles idéologiques, progressistes ou conservatrices.

De la Dictature: Cet album explique de manière claire et percutante, à l’aide d’illustrations drôles et vives, les mécanismes d’un régime dictatorial. En démocratie, c’est le peuple qui décide. Malheureusement, ce n’est pas le cas partout. Dans certains pays, une seule personne concentre tous les pouvoirs et prend les décisions contre la majorité. Le dictateur gouverne par la peur : ceux qui ne lui obéissent pas sont punis. Il n’y a pas de liberté : il est interdit de penser autre chose que ce que pense le dictateur. Il n’y a pas davantage d’égalité : le dictateur défend les intérêts de quelques-uns, au détriment des autres.

IEF

Atelier Philo

Alors que les restrictions sont toujours d’actualité, l’instruction en famille se résume pour nous à un isolement presque complet. Nous sortons peu depuis mars dernier. La saison n’étant par ailleurs pas des plus sympathiques pour rester en extérieur des heures durant, nous limitons énormément nos rencontres dans les jardins et autres parcs dans lesquels les enfants peuvent s’amuser. Aussi lorsqu’une maman m’a proposé d’accueillir Gabrielle dans un groupe de pré-ados/ados pour un atelier philo j’ai été plus que partante. Ne restait qu’à voir avec ma fille si cela lui plairait. Hypersensible, elle peut vite se sentir mal à l’aise face à certains thèmes. Il s’agissait d’une séance « test » à l’issu de laquelle, tant les jeunes que l’animatrice sont invités à faire un retour d’expérience pour instaurer un rendez-vous mensuel.

Organisée dans les locaux d’un tier-lieu situé à Lille-Hellemmes, Les Saprophytes, cette première séance avait pour thème Le Questionnement. Après un rapide tour de table pour les présentations, l’animatrice propose de discuter des besoins de chacun pour le bon déroulement de l’atelier et de définir le sens de la philosophie. Enfin, elle propose de répartir des rôles:

  • le distributeur de parole: ceux qui souhaitent parler lèvent la main, le distributeur de parole précise l’ordre de prise de parole de chacun, en valorisant toujours ceux qui parlent le moins.
  • le synthétiseur est chargé de faire le bilan de ce qui a été dit à chaque fois que l’animatrice le lui demandera
  • le gardien du temps s’assure que chacun respecte un temps de parole raisonnable. Il est aussi chargé d’annoncer la fin du cour dix minutes avant.
  • le garant des besoins s’assure que les besoins listés en début de séance soient respectés pour le bien être de tous.
Je me demande de Jostein Gaarder, illustré par Akin Düzakin, édition La joie de lire, 2014

L’animatrice présente ce titre et invite les jeunes à en lire une page chacun leur tour. Comme le dit l’éditeur, le but de se livre n’est pas d’apporter des réponses mais de faire réfléchir sur de grandes questions existentielles: D’où vient le monde ? Sommes-nous les seuls habitants de l’univers ? Les anges et les fantômes existent-ils ? Quelqu’un d’autre que moi peut-il savoir à quoi je pense ? Pourquoi est-ce que je rêve ?

Une discussion s’en suit et il est demandé si certaines questions ont retenu leur attention plus que d’autres. C’est l’occasion de rebondir et de tenter d’y répondre. S’ouvre un débat au cours duquel chacun apporte une idée, une réponse liée à son propre vécu.

Enfin, chacun est invité à poser, s’il le souhaite, une ou plusieurs questions qu’il se pose et qui pourront être des pistes de réflexion et de nouveaux thèmes pour les ateliers suivants.

Durant les dix dernières minutes, l’animatrice propose un tour de table durant lequel chacun pourra donner son avis sur l’atelier, partager ses impressions ou faire des remarques. Globalement tous semblent satisfaits et espèrent bien remettre ça.

***

L’avis de Gaby:

J’ai beaucoup aimé cet atelier philo car le lieu était sympa, l’animatrice était gentille. Le livre est intéressant, un petit garçon se pose des questions philosophiques. L’ambiance était plutôt calme, ce qui est bien pour se concentrer. Le temps de paroles était respecté. Si on devait refaire ce genre d’atelier, j’y retournerais volontiers.

Lecture commune·roman jeunesse

Momo (1973)

 

Auteur: Michael Ende

Traductrice: Corinna Gepner

Editeur: Bayard Jeunesse

Pages: 431

 

Momo est une jeune orpheline qui a choisi de vivre dans les ruines de l’ancien amphithéâtre de la ville. Rapidement les habitants du quartier l’aident à s’intaller et lui apportent à manger. Adultes comme enfants s’attachent à cette enfant qui possède une qualité rare: l’écoute! Dans un monde où l’on parle beaucoup pour ne rien dire, où l’on se dispute pour des broutilles, être capable d’écouter son prochain est une richesse incroyable pour la personne elle-même mais surtout pour tout ceux qui la côtoient. Ainsi lorsqu’ils s’ennuient ou ont un problème, lorsqu’ils se disputent, les gens ont pris l’habitude de dire « Va voir Momo!« 

Mais voilà qu’un jour, les Messieurs Gris arrivent avec leur attaché-case, leurs cigares infectes et une sensation de froid terrible. A leur contact, les gens changent complètement, ils semblent ne plus jamais avoir le temps pour rien ni personne. Seule Momo reste hermétique à cette pression de l’urgence qui donne l’impression que le temps nous échappe. Elle seule pourra sauver les habitants de la ville et ses amis.

Michael Ende propose une critique de la société de par l’un de ses plus grands maux: le manque de temps. Phénomène ordinaire d’une vie passée à courir après le temps, l’adulte en oublie de vivre et entraîne dans sa fuite les enfants, dont les agendas remplis par les rythmes scolaires surchargés et les activités périscolaires, n’ont plus le temps de jouer. Le jeu est pourtant l’essence même de la vie d’un enfant ; c’est par ce biais que se forge l’imagination et la créativité mais également que se développent la pensée et la capacité à résoudre des problèmes. Si l’enfant ne joue plus, il passe à côté de sa vie. De même si l’adulte passe son temps à travailler, il passe à côté de tout le reste et oublie le plus important.

Il est intéressant de voir que ce phénomène n’est pas récent puisque ce texte fut écrit en 1973. Pourtant notre société semble avoir poursuivit sa fuite en avant, créant un monde anxiogène dans lequel il est devenu commun de souffrir de stress, de frustration ou d’irritabilité. La lecture de ce roman devrait être recommandé par les thérapeutes pour le message de l’auteur qui souligne l’importance de prendre son temps, profiter du peu de temps qui nous est alloué afin de profiter au mieux de notre existence, de la vie!

Je vous invite à lire la critique d’Isabelle, qui m’a donné envie de découvrir ce titre: ICI.

Momo, une petite orpheline vagabonde, s’installe dans un amphithéâtre en ruine, à l’écart de la ville. Elle se fait vite plein d’amis: Momo séduit les enfants, avec lesquels elle invente des jeux merveilleux, mais aussi les adultes, parce qu’elle sait les écouter et leur redonner confiance… Ses deux meilleurs amis sont Beppo, un vieux balayeur de rues, et Gigi, un jeune homme à la langue bien pendue. Tous vivent heureux dans ce petit coin éloigné de l’agitation de la ville quand apparaissent d’étranges messieurs gris. A leur approche, un courant d’air froid, mêlé à une infecte odeur de cigare, se fait sentir. Qui sont-ils, que veulent-ils? Momo découvrira leurs sinistres plans et la menace qui pèse sur tous ceux qu’elle aime.

album

Edison – La fascinante plongée d’une souris au fond de l’océan (2018)

Edison – Das Rätsel des verschollenen Mauseschatzes

 

Auteur: Torben Kuhlmann

Illustrateur: Torben Kuhlmann

Editeur: NordSud

Pages: 112

Nous continuons notre découverte des albums de Torben Kuhlmann après le succès de Armstrong, l’extraordinaire voyage d’une souris sur la Lune et Lindgberh, la fabuleuse aventure d’une souris volante.

Cette fois-ci, l’histoire nous entraîne en plein cœur de l’océan Atlantique à la recherche d’une épave enfermant un trésor. Cela permet à l’auteur de déployer son talent d’illustateur sur la faune aquatique et sur les détails d’un navire échoué dans les fonds marins. Et le lecteur en prend plein les yeux entre les bans de poissons, le passage d’une baleine ou une attaque de crabes. C’est étourdissant de réalisme!

Comme pour les autres titres de sa série sur les souris, Torben Kuhlmann mêle l’aventure à la découverte scientifique et met ainsi à porter de tous un évènement important de l’Histoire de l’homme. Cette fois-ci, il est question de l’électricité mais également d’étanchéité et d’immersion en eau profonde et c’est vraiment intéressant. Nous avons aussi apprécié retrouver une souris rencontrée dans une autre album, un clin d’oeil bienvenu qui crée un lien supplémentaire entre les différentes histoires.

Enfin, toujours fort apprécié, le petit livret d’informations scientifiques et historiques en fin de volume est un plus non négligeable qui renforce l’apport culturel de l’album.

L’avis d’Isabelle est à lire ICI.

Peter, le souriceau, construit avec l’aide de son professeur un engin capable de plonger dans les profondeurs marines. Ils feront ainsi une découverte étonnante et « lumineuse ».

essai·masse critique·roman

L’Evangile des Anguilles (2019)

Ålevangeliet

 

Auteur: Patrik Svensson

Traductrice: Anna Gibson

Editeur: Seuil

Pages: 280

 

Intriguée par ce titre proposé dans le cadre d’une masse critique, je me suis laissée séduire par la quatrième de couverture. Je m’attendais à un roman dans la même ligne que Et au milieu coule une rivière de Norman Maclean mais il n’en est rien.

Entre essai et roman biographique, Patrik Svensson réussit le pari fou de nous faire adhérer à son ouvrage, que l’on soit ou non intéressés par les anguilles. Le récit alterne les chapitres sur l’anguille d’un point de vie scientifique, historique, culturel et les chapitres plus personnels dans lesquels l’auteur se remémore sa découverte de l’animal et surtout de l’art de la pêcher en compagnie de son père. Mais ce roman est aussi un voyage en Scanie, cette province suédoise dans laquelle l’auteur a grandi et nous en décrit certains paysages avec un regard sincère sur la beauté qui s’anime devant ses yeux.

Je dois dire qu’aussi intéressants que soient les chapitres sur l’anguille, ce sont ceux sur l’enfance de Svensson qui m’ont le plus séduite. L’émotion palpable, l’amour d’un fils pour un père parti trop tôt nous font ressentir la douleur et la difficulté à faire son deuil. Il n’en reste que j’ai trouvé cette fascination pour l’anguille vraiment intéressante, d’autant plus que le deuil semble se faire au travers de cet écrit; qu’on nous parle de ses origines, de sa reproduction  ou encore de sa disparition probable, en passant par la meilleure façon de la cuisiner, les mystères qui entourent ce poisson sont multiples et l’étude ou les recherches menées pour en résoudre au moins certains sont passionnantes à lire. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi ce titre remporte un tel succès à travers le monde.

Je remercie Babelio et les éditions Seuil pour cette découverte originale.

C’est l’une des créatures les plus énigmatiques du règne animal. Omniprésente depuis la nuit des temps (dans toutes les mers du globe, dans la mythologie, la Bible, l’Égypte ancienne, la littérature et d’innombrables cultures de par le monde, du Japon à la Scandinavie en passant par le pays basque), l’anguille ne cesse pourtant de se dérober à notre compréhension. Comment se reproduit-elle ? Pourquoi retourne-t-elle à la fin de son existence à son lieu d’origine, la mer des Sargasses, au large des Bermudes – où nul être humain cependant n’a jamais réussi à la voir ? Aristote croyait qu’elle naissait spontanément de la vase ; Sigmund Freud commença sa carrière en disséquant des centaines d’anguilles afin de dénicher leurs organes reproducteurs – en vain. Et aujourd’hui encore, « la question de l’anguille » demeure en grande partie irrésolue.

album·Prix littéraire

Zarbi Enfant Zèbre (2018)

Auteure: Suzanne Galéa

Illustratrice: Floriane Ricard

Editeur:  Rue de l’échiquier jeunesse

Pages: 40

Sélection officielle du Prix UNICEF de littérature jeunesse 2021 catégorie 6-8 ans.

Zarbi est une enfant différente, elle a des difficultés à faire des choses simples pour les autres. Elle se pose des tas de questions en même temps, des questions parfois farfelues, souvent complexes, toujours importantes… à ses yeux. Solitaire, elle se sent incomprise mais pourtant soutenue. Ses parents, son enseignante, s’interrogent et cherchent des solutions à son mal être.

Zarbi Enfant Zèbre est un album sensible qui met en avant les particularités des enfants « zèbres », des enfants à haut potentiel intellectuel, et les questionnements et souffrances que cette différence peut engendrer. L’auteure réussit à nous faire ressentir la singularité de ces enfants dont la pensée en arborescence entraîne un questionnement sans limites et une hypersensibilité à soi et aux autres, qui leur permet de percevoir leur différence sans vraiment la comprendre, de sentir la détresse des adultes qui les entourent notamment, en première ligne, les parents. J’ai moins apprécié le graphisme même si je dois dire que le trait renforce l’aspect différent et bizarre.

Gabrielle et moi-même avons aimé cette histoire et la sensibilité des explications données avec beaucoup de justesse. Elle a fait écho à son parcours et ses émotions mais elle a désormais assez de recul pour s’en détacher et sourire à des situations qu’elle a reconnu comme étant du vécu. Je reste cependant peu convaincu que l’album attire un public large.

A lire, l’avis d’Isabelle.

Zarbi n’est pas tout à fait comme tout le monde. Beaucoup de choses simples pour les autres sont compliquées pour elle. Et les questions se bousculent sans arrêt dans sa tête à propos de tout et de rien. Mais pourquoi se sent-elle si différente?

album·poésie

Et si on redessinait le monde? (2013)

Auteur: Daniel Picouly

Illustratrice: Nathalie Novi

Editeur: Rue du Monde

Collection: Vaste monde !

Pages: 28

Recueil de poésies, Et si on redessinait le monde ? est un album très grand format qui invite à la création et à l’introspection, invitant le lecteur à repenser les limites de notre monde. Limites géographiques et culturelles mais également humaines, les textes de Daniel Picouly interrogent sur les inégalités de notre monde et encouragent le jeune lecteur à penser demain en gommant les imperfections. Comme s’il lançait une invitation, l’auteur se met à hauteur d’enfant pour imaginer un futur dans lequel personne n’aurait faim ou ne vivrait dans la guerre; mais il amène également une réflexion plus écologique, imaginant un monde dans lequel l’Homme, à l’image des autres espèces animales, vivrait en accord avec la nature.

Nathalie Novi vient magnifier la poésie de Picouly par de superbes peintures réalisées sur des atlas anciens apportant un côté vintage très appréciable et renforçant l’encrage de ses personnages dans un monde qui leur est propre avec ses références culturelles. C’est absolument magnifique! Son travail est immersif et nous emmène dans un véritable voyage autour du monde. 

Pour aller plus loin, je vous renvoie au site de l’illustratrice : Les voyages de Nathalie Novi : peinture sur Atlas du monde.

Je vous invite à lire l’avis de Pépita ICI.

« Moi, si je redessinais le monde, je le ferais s’éclore comme un livre… » Et toi, comment le dessineras-tu? Comment t’y prendras-tu pour gommer la faim, repeindre la haine ou crayonner de belles histoires d’amour entre l’air, les plantes ou tous les humains de la planète?

abonnement·Le coin de Gaby·roman jeunesse

Mission Mammouth – Histoires Naturelles (2020)

Mission Mammouth de Xavier-Laurent Petit, illustré par Amandine Delauney, l’école des loisirs, 2020

MaxiMax – Janvier 2021.

J’ai aimé ce livre pour les magnifiques dessins et sa belle histoire. Elle se passe dans l’hémisphère nord ce qui est, je trouve, vraiment original. Amouksa est une jeune sibérienne dont la vie va changer lorsque sa mère va mettre au monde une seconde fille. Son père, qui voulait un fils, va faire de Amouksa un vrai garçon et ils vont partir pour un long voyage vers Saint Pétersbourg pour exposer leur mammouth, celui qu’ils ont trouvé lors d’une de leur sortie.

Maman m’avait déjà lu deux autres histoires de cet auteur : Un temps de chien et Les Loups du Clair de Lune et je les avais beauocup aimé pour leurs belles histoires qui parlent de faits réels mais en les faisant vivre au travers d’un roman. L’auteur sait exploiter ses idées et les transmettre clairement en les rendant intéressantes pour les enfants.

Cette série de livres peut plaire à petits et grands mais le mieux, c’est d’avoir le plaisir de le lire à voix haute pour et avec son entourage. On y apprend plein de choses

Amouksan est la doyenne de l’humanité. Elle vit en Sibérie, au bord du monde, près du domaine des esprits. A présent, il ne lui reste que ses souvenirs, et trois objets précieux qu’on lui a offerts: un talisman en cuir, une pochette de photos, et une magnifique robe qu’elle n’a porté qu’une seule fois, il y a très, très, très longtemps. Dans un temps que les moins de cent ans ne peuvent pas connaître. Son père trappeur aurait voulu un garçon, pour lui apprendre à chasser le renne l’hiver, et le saumon l’été. Alors, il élèvera Amouksan comme un garçon. Mais cette année-là, c’est un géant revenu du fond des âges qu’ils vont découvrir ensemble. Un mammouth. Il va leur offrir la plus incroyable aventure de leur vie.

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Les îles – Le pays des Chintiens (2019)

Auteure/ Illustratrice: Anne Brouillard

Editeur: l’école des loisirs

Collection: Pastel

Pages: 80

MaxiMax – Novembre 2020

 

Il y a déjà plus de deux ans que je découvrais La Grande Forêt d’Anne Brouillard, premier volume de la série Le Pays des Chintiens. Et c’est avec un grand plaisir que j’ai embarqué à bord d’un bateau de croisière avec Killiok le chien noir et ses amis. Alors que le voyage s’annonce des plus agréables, les amis découvrent que d’anciennes connaissances se sont glissées parmi les passagers. Si les Bébés Mousses se contentent d’accaparer l’attention du groupe, les Nuisibles entendent bien créer quelques problèmes.

Anne Brouillard nous entraîne à la découverte de nouveaux paysages de cet univers qu’elle a créé avec notamment une ballade sous-marine dans le Pays Noyé et une excursion en ville dans le Pays Comici. L’imagination de l’auteure semble sans limite et c’est un véritable émerveillement pour le lecteur qui en prend plein les yeux à chaque page.

Une fois de plus Anne Brouillard enchante par la beauté de ses illustrations et notamment des paysages. On apprécie le format album qui alterne les illustrations double pages avec des planches de bandes dessinées ou des illustrations enchâssées. J’ai aussi aimé le clin d’oeil fait à notre monde au travers des habitants du pays Comici, dans lequel les animaux se déplacent à quatre pattes et où l’argent est indispensable pour se nourrir à la surprise des héros habitués à un mode de vie basé sur le partage et les dons de la Nature.

Après une aventure à travers la Grande Forêt, Killiok et ses amis embarquent à bord d’un bateau de croisière pour assister au spectacle de Vari Tchésou, le magicien rouge. Bien vite, ils découvrent que les Nuisibles se sont mêlés aux passagers et que des bébés Mousse se sont introduits clandestinement.
Ce voyage ne sera donc pas de tout repos et les conduira dans les abysses du Pays Noyé et sur le sol du Pays Comici. De l’eau à la ville, ils exploreront une Atlantide habitée et ils découvriront le quotidien des citadins du Comici qui paient pour manger et où les chiens marchent à quatre pattes, au grand étonnement de Killiok.